Le film du jour à Cannes: «La Tête haute», d’Emmanuelle Bercot

Fabienne Bradfer, envoyée spéciale à Cannes, nous dit ce qu’il faut en penser.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 3 min

Pitch. Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

Ce qu’on attend. Issue de la Femis, Emmanuelle Bercot est dans le cinéma depuis plus de 20 ans mais c’est en 2011 en co-scénarisant « Polisse », de Maïwenn, où elle incarne aussi une policière de la brigade de protection des mineurs, que sa notoriété s’impose. Depuis, elle a réalisé « Elle s’en va » où elle offrait un rôle en or à Catherine Deneuve. Elle retrouve une nouvelle fois la star française dans un film issu de la même veine que « Polisse ».

Ce que j’en pense. Sans adopter le style documentaire, Emmanuelle Bercot nous plonge dans la réalité d’un gamin en révolte, abîmé par le manque d’amour, un père inconnu, une mère démissionnaire. On va le suivre de ses 6 à ses 18 ans, voyageant entre centres éducatifs et bureau du juge. Ici, pas question de pointer les dysfonctionnements du système. Emmanuelle Bercot filme les mains tendues, la patience, l’obstination du monde judiciaire et éducatifs. Multipliant les seconds rôles pour faire vivre de façon réaliste l’environnement de ses héros, elle rend hommage à cet essentiel travail de l’ombre qui tente coûte que coûte de redonner avenir et estime de soi à des enfants cassés par leur histoire familiale ou la société. Le message du film est clair : l’avenir de nos sociétés passe par l’éducation. A cela s’ajoute un « saisis ta chance » salvateur. Le film se regarde fatalement de manière plus appuyée en regard des attentats parisiens de janvier. Car, comme le dit la réalisatrice elle-même, ceux qui ont fomentés ces attentats avaient des histoires aussi douloureuses que les personnages de son film.

Côté casting, c’est parfait. Catherine Deneuve en juge pour enfants exprime magnifiquement cette autorité naturelle et ce sentiment maternel qui la rendent si humaine. Benoît Magimel a la force intranquille de l’éducateur au passé douloureux. Sara Forestier en mère à la fois enfantine, irresponsable, démissionnaire et aimante, est étonnante de justesse. Quant au jeune Rod Paradot, petit visage buté qui peut s’éclairer d’un sourire, il est aussi crédible à 12 qu’à 18 ans. On voit en lui le petit frère de Rosetta.

Petit Plus. Le film fait l’ouverture du 68e Festival de Cannes, présidé pour la première année par Pierre Lescure. C’est donc une montée des marches presque en famille puisque Catherine Deneuve a partagé la vie du Président pendant les années 80 (de 1983 à 1991). Catherine Deneuve qui fait polémique en ce moment pour avoir déclaré au magazine Elle à propos de Dunkerque où elle tourna « La tête haute » : « Ça m’a semblé d’une tristesse, cette ville ! C’est un port, certes, mais ce qui marche vraiment, ce sont les cigarettes et l’alcool. » De quoi s’attirer les foudres du maire de Dunkerque et de tous les Dunkerquois. Onde de choc sur les réseaux sociaux, de la création d’une page facebook « Boycott du film La tête haute » au compte twitter #VCMJDK (viens chez moi j’habite à Dunkerque).

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une