Que se passe-t-il dans un cerveau en méditation ?

Le Pr Steven Laureys, neurologue à l'ULg a scruté le cerveau, tant au repos qu'en méditation, du moine bouddhiste Matthieu Ricard. Le but ? Identifier les différences d'activités cérébrales entre les deux états.

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Que se passe-t-il dans un cerveau en méditation ? Pour y répondre, le moine bouddhiste Matthieu Ricard a accepté d'être le complice et le cobaye du Pr Steven Laureys, Directeur du Coma Science Group (ULg) et neurologue au CHU de Liège. Et ce ne fut pas de tout repos. Lundi et Mardi, de 8 heures à 20 heures, celui que l'on surnomme « l'homme le plus heureux du monde » a dévoilé son intimité cérébrale en entrant plus d'une dizaine de fois en méditation dans le laboratoire du neuro-scientifique.

Mais il faudra faire preuve de patience pour des résultats accompagnés de chiffres et de graphiques. Le Pr Laureys estime à un mois la durée nécessaire à son équipe pour analyser les données, enlever les artéfacts, et peut-être tirer les premières conclusions. « Il nous faudra du temps pour analyser les mesures effectuées, insiste le Pr Laureys. Par ailleurs, pour tirer une conclusion scientifique, il nous faudra étudier le cerveau d'autres moines, afin d'avoir un panel d'observations représentatif.» Tout au plus sait-on que l'imagerie médicale a révélé des différences entre cerveau de Matthieu Ricard au repos et en méditation.

Toutes les méditations ne se ressemblent pas

Aussi, il serait erroné de croire que toutes les méditations se ressemblent. Lors de cette expérience, « nous avons regardé mon cerveau lors de méditation liée à la présence ouverte, à la compassion. Nous avons aussi réalisé quelques tests d'attention focalisée, explique Matthieu Ricard. Lundi et mardi, à la fin de chaque session de la même pratique, j'ai noté la qualité de mon ressenti sur une échelle allant de 1 à 9. Cette dernière permet, tant bien que mal, d'expliquer à l'extérieur les caractéristiques de cet état, selon différents critères (est-ce spontané ? A-t-on été envahi par des pensées ? etc). Mon ressenti a varié entre 6 et 9, en fonction de l'heure du jour, du moment et de ma fatigue. Lorsque les résultats seront connus, cela me permettra de voir si mon rapport subjectif correspond aux mesures. Et d'ajouter, « nous avons aussi tenté des états que l'on ne fait jamais en méditation, à savoir essayer de réduire le niveau de conscience, comme créer de la torpeur induite ou de l'opacité cognitive. »

Pour étudier le fonctionnement du cerveau et comprendre cet état de réalité physiologique particulier qu'est la méditation, différents outils ont été utilisés. Parmi ceux-ci, des mesures de flux électriques cérébraux (ou ondes cérébrales) et des mesures de la consommation de glucose dans le cerveau via PET-Scan. « Cela permet de mettre en lumière comment des années de pratique méditative influencent la consommation d'énergie dans le cerveau. On a également réalisé des stimulations magnétiques d'une partie de la matière grise. Et cette partie expérimentale équivaut à marcher sur la lune : ça n'a jamais été fait auparavant », explique le Pr Laureys. Quant à l'IRM fonctionnelle, elle pointe les endroits du cerveau où de l'oxygène est consommé, permettant de visualiser en temps réel les zones du cerveau qui sont activées.

Pour comparer les résultats expérimentaux collectés durant les états méditatifs, le cerveau au repos du moine bouddhiste a aussi été largement scanné. Cette démarche devrait révéler la capacité de repos d'un cerveau de méditant entraîné. En effet, est-il autant au repos que celui d'un quidam ? On espère le savoir bientôt.

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