Liège: un nouveau centre d’accueil pour les toxicomanes

Genève. Non loin de la gare, un bâtiment d’un vert flash capte le regard. C’est le « Quai 9 », un centre d’accueil pour les toxicomanes qui comprend – entre autres – une salle de consommation de drogues. À l’intérieur, six places pour les injections, quatre pour les fumeurs, quatre pour les « sniffeurs ». Ici, les personnes dépendantes viennent sans crainte. Anonymat garanti, aucune exclusion, aucun contrôle. Deux critères importent : être consommateur de drogue et être majeur.

« Nous voulons être visibles, détaille la directrice du « Quai 9 », Martine Baudin. Nous avons un bâtiment vert, situé au centre d’un grand carrefour. Nous sommes près de la gare car c’est là que sont les consommateurs. »

Le canton finance totalement le centre, à hauteur de 2,5 millions d’euros par an. Cher ? Tel est le prix pour stabiliser les personnes dépendantes à la drogue, leur rendre un semblant de dignité, espérer leur faire entamer le début d’un processus de réinsertion.

Cette grande idée de salle de consommation est chère à Liège. La Ville et la Province ont d’ailleurs tenu un collège commun. Tous espèrent que les deux propositions de loi du député-bourgmestre Willy Demeyer – reprise du projet Tadam et salle de consommation – aboutissent. Les chances sont très faibles. Dès lors, les autorités misent sur un centre sociosanitaire.

Comme l’explique la députée provinciale en charge de la Santé, Katty Firquet, « les personnes défavorisées et/ou les toxicomanes pourraient recevoir des soins, prendre une douche… Il y aurait aussi de la distribution contrôlée de méthadone pour les consommateurs, de la fourniture de matériel stérilisé, etc. Et si les deux projets de Willy Demeyer devaient aboutir, ils pourraient y être intégrés. »

Genève : 30 ans d’avance sur Liège

D’où cette visite à Genève, où le Quai 9 est une référence dans le domaine. Là-bas se tient un pôle de réinsertion sociale, où l’on tente de faire participer les toxicomanes à des ateliers, des stages. Genève possède aussi son « Tadam ».

À la grande différence de ce qui fut pratiqué en Cité ardente, le but recherché n’est pas le sevrage. Tous les spécialistes helvétiques rencontrés sur place sont unanimes : c’est impossible. L’idée de traitement assisté (héroïne ou méthadone) et des salles d’injection est de permettre aux personnes de sortir du circuit clandestin.

Et les résultats sont là : moins de drogue circule, les transmissions du VIH sont en chute libre. Tout comme la criminalité liée aux stupéfiants, qui est en forte baisse. Sans parler des problèmes sanitaires, que l’on réduit drastiquement.

Genève a 30 ans d’avance sur nous dans le domaine, c’est un fait incontestable. Une question de choix politique. Même si les élus liégeois des différents groupes semblent, eux, résolument en faveur de ces procédés. « Je suis convaincu par ce côté social, en avance sur nous, dans le respect des personnes, sans jugement », détaille Joseph Spitz au nom du CDH.

Marc Hody, pour Écolo, renchérit : « On croit que pour sauver une personne, on doit la sevrer. Or, ce n’est pas ça le but. Le but, c’est de les stabiliser, de leur rendre une dignité. »

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