Avec «Le tout nouveau testament», Jaco Van Dormael recrée le monde à son image

Fuyez cet article. Ne le lisez pas. Ne lisez rien ! Si vous voulez rester un spectateur bienheureux d’esprit pour découvrir le film le plus barré du moment, restez vierge de tout, ne succombez à aucune tentation jusqu’au moment où vous vous engouffrerez dans une salle obscure (à l’automne prochain… ce sera votre chemin de croix…) pour découvrir, comme on vient de le découvrir en primeur à Cannes, Le tout nouveau testament. Ne soyez pas gourmand d’infos. Résistez à l’envie d’en savoir un peu, beaucoup, follement sur cette déconnade géante pleine d’invention, de noirceur, d’humanité et de poésie, inventée à quatre mains inspirées par Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig. Oui, le nouveau testament existe et ce sont des Belges qui l’ont inventé, fidèles à ce sens du surréalisme bien de chez nous.

Chacun a sa petite musique. Une petite musique intérieure qui peut aussi bien être Le carnaval des animaux, de Saint-Saëns qu’un air de cirque ou Trenet chantant « La mer ». Mais voilà, Dieu (Poelvoorde éructant) n’en a rien à foutre. Ce qui l’excite et brise son ennui, c’est de faire chier les gens. Avant la création, il s’emmerdait tellement qu’il a créé Bruxelles. Là, il édite à tour de bras de nouvelles lois d’emmerdements universels. A force, ça énerve sa gamine (épatante Pili Groyne, très cinégénique) qui, à dix ans, est arrivée à la limite de ce qu’elle peut supporter. Avec l’aval de JC, elle décide de saboter papa pendant qu’il dort (elle pirate son ordi et révèle les dates de mort du monde entier – ce qui interpelle chacun sur le reste de sa vie) et de se barrer grâce à une machine à laver. Son but : trouver six apôtres pour faire 18 comme une équipe de baseball, le sport préféré de sa mère (Yolande Moreau lunaire) qui collectionne les cartes des joueurs. Ainsi commence Le tout nouveau testament.

Les univers conjugués de Thomas Gunzig et Jaco Van Dormael donnent un cocktail détonnant et déconnant assez jouissif, absurde, cruel et poétique. Il y a quelque chose de Toto le héros comme du Plus petit zoo du monde. Deneuve couche avec un gorille, Yolande Moreau retapisse nos ciels avec des fleurs et Poelvoorde en prend plein la tronche car Dieu est un salaud qui mérite l’exil en Ouzbékistan. Cela n’empêche pas d’apprécier Haendel, Rameau, Saint Saëns, Purcell, Schubert ou de se faire une pause magique de « Kiss and cry ». Avec Gunzig et Van Dormael, pas question de génuflexion mais une cadence d’enfer où les idées fusent pour nous ramener à l’absurdité de nos vies passant bien trop souvent à côté du plus grand des commandements de Dieu mais aussi de Jaco : aimez-vous les uns les autres. Et surtout prenez le temps. Sous l’impulsion d’une enfant, hommes et femmes prennent choses en main pour réécrire un nouveau testament où l’on apprend que sans air, les oiseaux tomberaient du ciel. C’est important.

Au fait, que deviennent les enfants ? Des adultes. Et que deviennent les adultes ? Ils font parfois des enfants… A méditer.