Godinne, le nouveau réveil de Gaëtan Colin

Trente-sept ans est un bel âge, finalement, pour changer de vie. C’est ce que s’est dit Gaëtan Colin, chef bruxellois étoilé, au moment où il a jeté son dévolu sur Le Richmond, une imposante bâtisse du XVIIIe siècle flanquée en bordure de Meuse, à Godinne.

L’achat de cette demeure, qui fut jadis la résidence secondaire de Paul-Henri Spaak, s’est fait en… quatre jours. « J’ai vu la maison sur internet, se souvient aujourd’hui Gaëtan Colin, ancien chef du célèbre Jaloa (revendu il y a deux mois, en même temps que la brasserie du même nom). J’avais eu une mauvaise journée, je voulais lever le pied, trop de problèmes avec le personnel. Le clou de mon cercueil… »

Gaëtan et Isabelle Verjans, sa compagne qui lui donnera bientôt un fils, n’hésitent pas longtemps en effectuant la visite à Godinne. « Tout nous a immédiatement attirés, insiste le chef. Le lieu, la façade, l’endroit, l’excellent état dans lequel se trouvait la maison… On a la Meuse d’un côté et ce magnifique jardin de l’autre. Franchement, on est super heureux ici. C’est l’endroit où je me retrouve et qui me permet, notamment, de retrouver mes enfants (NDLR : il a trois filles d’une première union). Je refais des “trucs” avec elles. C’est super… »

Car Gaëtan Colin n’y va pas par quatre chemins pour expliquer ce repli en bord de Meuse, loin de l’agitation bruxelloise où il a toutefois gardé deux établissements : le Oude Pastorie, ouvert il y a quatre ans, et le Château Jourdain, qu’il a repris il y a neuf mois et où sont organisés des cérémonies et des séminaires. Les deux établissements sont situés à Crainhem. « J’ai voulu aller trop vite en besogne, analyse sans regret Gaëtan Colin. J’ai ouvert trop de restaurants en même temps alors que je n’avais pas les épaules assez solides. Le Richmond me permet de retrouver les fourneaux et le goût pour la cuisine. Car être chef aujourd’hui, c’est avant tout être un chef d’entreprise plutôt qu’un chef de cuisine. Je vais tous les jours au Oude Pastorie mais je m’occupe de la composition des menus, des tâches administratives et du contact avec les fournisseurs, rien de plus. »

L’homme ne recule devant aucun sacrifice pour mener sa nouvelle vie. Ainsi, il se lève tous les matins à 5 h 30 pour rejoindre Crainhem et, une semaine sur deux, l’école de ses filles située elle aussi dans la capitale. Sa compagne se lève même deux heures plus tôt et prend, elle aussi, la direction de la capitale, puisqu’elle anime tous les matins le Réveil Duroy sur NRJ.

Au moment du rachat, le Richmond était déjà une chambre d’hôtes proposant cinq chambres. Gaëtan et Isabelle se sont uniquement occupés de la partie « déco » des lieux avant d’ouvrir les réservations. « Le produit était quasiment fini, raconte Isabelle Verjans. Nous avons mis notre touche personnelle en introduisant un peu de modernité par-ci par-là. Les carrelages ont été gardés car ils font partie intégrante de la maison. »

L’entretien du jardin, c’est l’affaire de Gaëtan Colin. Outre sa dextérité lorsqu’il s’agit de manier les instruments de cuisine, l’homme a également la main verte. Quand il rentre le soir après sa journée de travail à Bruxelles, il enfourche son tracteur pour couper le gazon ou manipule avec plaisir son taille-haies. « J’aime ça, même si le jardin fait tout de même 80 ares, avoue-t-il sans détour. Ici, je propose, sur demande, une cuisine sans prétention car mon intention n’est pas de cuisiner du une étoile. Mais c’est une cuisine de qualité malgré tout, faite à base de produits du terroir. Et quand on est invité chez des amis, on prévient les clients et ils vont manger dehors. Les bons restos ne manquent pas dans le coin ! »

L’homme pense notamment à l’Eau Vive, le deux étoiles tenu par Pierre Résimont à Rivière, un village voisin de Godinne. « On lui envoie nos clients et il nous rend la pareille quand ses chambres sont pleines. »

La cuisine du Richmond est simple mais pratique. « La hotte est à changer car elle n’aspire pas suffisamment, explique le chef. Un jour, on l’agrandira peut-être un peu, histoire de la professionnaliser davantage, mais elle est déjà très fonctionnelle comme ça. Il y a aussi une véranda à prévoir, histoire de pouvoir manger dehors même quand il fait moins beau. »

Depuis la réouverture du Richmond, les clients ne manquent pas, surtout les week-ends. « Grâce au réseau booking.com, on a un peu de tout, expose notre hôte. On a par exemple des Russes, des Chinois ou des Sud-Coréens qui viennent visiter la Belgique. Mais aussi des Belges qui viennent se reposer le temps d’un week-end. »

A l’instar de la Meuse que l’on peut admirer devant l’établissement namurois, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de Gaëtan Colin. « Si je me plante, je transformerai le Richmond en restaurant car je n’aurai pas le choix mais je ferai tout pour que ça n’arrive pas, conclut-il. Je veux que ça reste un endroit de rencontres et de plaisir, avec le petit côté exclusif en plus… »