Le CDH, «entre la brutalité de la droite et le conservatisme de la gauche»

Benoît Lutgen, président du CDH, assure qu’il n’a « aucun regret de ne pas être monté dans la majorité fédérale ». Entretien.

Cheffe Bruxelles Temps de lecture: 6 min

Voici un an, Benoît Lutgen bouclait une campagne électorale marquée par un ton très ferme à l’égard de la N-VA.

Mercredi soir, Charles Michel a dit « je me suis trompé avec la N-VA ». Vous aussi ?

On a tous pris des engagements à l’égard des électeurs qui se basaient sur le programme politique et les déclarations de la N-VA. Jusqu’ici, elle ne les a pas reniés. Et je ne suis pas d’accord avec le Premier ministre quand il dit qu’il n’y a pas de communautaire dans ce gouvernement : plein de dossiers ont un potentiel communautaire. Et il dit qu’il s’est rendu compte, après les élections, qu’il n’y avait pas d’institutionnel ? Mais enfin : l’article 195 de la Constitution n’était pas ouvert à révision ! Et ça, c’était avant les élections, mais peut-être que cela avait échappé à la vigilance de Charles Michel. Du reste, plusieurs partis flamands, dont le CD&V, avaient dit qu’il fallait d’abord se concentrer sur la sixième réforme de l’État. Donc, venir dire que c’est une grande victoire qu’il n’y a pas d’institutionnel, il faut oser !

C’est de la mauvaise foi ?

C’est faire apparaître une évidence comme une victoire ; c’est magnifier le rôle de quelqu’un.

Le CDH avait été un des plus durs à l’encontre de la N-VA, traité de parti raciste…

… le MR a dit la même chose.

Je vous parle du CDH !

Quand Monsieur De Wever traite les Wallons de junkies, c’est quoi ? Je rappelle la définition du racisme : s’attaquer de façon frontale, agressive et continue à une communauté. C’était le cas avec ces déclarations.

Bart De Wever a tenu récemment des propos très clairs sur la collaboration.

Je m’en réjouis, je salue ces déclarations. C’est un virage extrêmement important de la N-VA. Mais Monsieur De Wever n’est pas seul à la N-VA. J’espère que l’ensemble des membres de la N-VA auront la même attitude. Il faudra le vérifier. Je rappelle quand même qu’en octobre, Monsieur Francken, après avoir prêté serment chez le Roi, est allé fêter ça avec des collaborateurs notoires. La politique vit aussi de symboles et de comportements. Ceci étant dit, moi, je n’ai jamais voulu stigmatiser la Flandre : il y a eu des collaborateurs et des résistants des deux côtés de la frontière linguistique. Et je trouve insupportable que certains se mettent à évoquer leur grand-père… On est en 2015, ce qui importe, c’est d’être dans la reconnaissance des erreurs de l’histoire, mais surtout des valeurs d’aujourd’hui.

Au fond, vous ne regrettez pas de ne pas être monté dans la majorité fédérale ?

Ouf non ! Alors là, aucun regret. Le « je me suis trompé » de Charles Michel, c’est en réalité du renoncement absolu.

Par rapport aux promesses électorales ?

Évidemment ! Je le dis très calmement, je ne veux pas être dans la polémique. Mais il faut quand même être drôlement culotté pour transformer le renoncement à ses engagements en courage politique. Ce qu’il dit, c’est « je n’ai pas eu le courage de le dire avant les élections, mais j’ai eu le courage de le faire après les élections ». C’est quoi ça ? Il fallait avoir le courage de le dire avant les élections !

Donc, vous persistez : il a menti. Vous ne dites pas : « je me suis trompé en le traitant de menteur » ?

Je vois que cela a touché sa sensibilité, j’y suis sensible. Je vais donc le dire autrement et utiliser un langage qui est moins le mien, sans doute plus châtié, pour éviter toute blessure à son égard : il n’a pas dit la vérité. Moi j’ai tendance à dire que quelqu’un qui ne dit pas la vérité, c’est quelqu’un qui ment. Mais si ça plaît davantage, je vais passer au langage politiquement correct. Mais sur le fond, ça casse le lien de confiance entre la population et les élus. Ça casse aussi la confiance entre francophones.

Y a-t-il vraiment une volonté, dans votre chef, d’apaiser les relations ?

Charles Michel et moi, on a une façon radicalement différente de faire de la politique. Pour moi, la politique, c’est d’abord une histoire de conviction et d’engagement. Ce n’est pas être au pouvoir à tout prix, à n’importe quel prix, en faisant passer l’intérêt particratique ou personnel avant l’intérêt général. Quand il dit qu’il a davantage confiance en Bart De Wever qu’en moi, je le prends pour un compliment. Ceci dit, il y a aussi une volonté d’occupation du pouvoir à gauche.

A l’automne, vous disiez que le MR, seul parti francophone, ne pourrait pas résister aux demandes flamandes. Vous avez encore cette crainte ?

Ils sont faibles !

Ils, c’est qui ? Tous les ministres MR ?

Je ne vais pas tomber dans les bons et mauvais points. Mais je trouve que la politique des Affaires étrangères est menée avec compétence et justesse, je salue le travail de Didier Reynders. Dans son comportement, il y a de la tenue, de la retenue et de la compétence. Par contre, Mesdames Galant et Marghem… Ceci dit, il y a de l’excès dans le chef de l’opposition fédérale. Quand j’entends que, pour eux, il suffirait de supprimer tout ce qu’on a fait ces huit derniers mois, et revenir aux anciens conservatismes, pour que le pays aille mieux ! A mes yeux, faire de l’opposition, ce n’est pas simplement insulter, injurier, critiquer. Nous, nous allons déposer des propositions, notamment pour l’égalité hommes/femmes.

Si vous reveniez au pouvoir, vous ramèneriez l’âge de la pension à 65 ans ?

Le véritable objectif, c’est de relever l’âge effectif de la pension. Je ne me lance pas dans un débat sur 63, 65, 67 ; puis le PTB va dire 55… Aujourd’hui, la réalité est qu’on part à 59,5 ans. Et le gouvernement fait le travail à l’envers : il fallait d’abord définir les mesures pour les métiers lourds ou pénibles. Mais non : on dit 67 ans pour tout le monde et puis on négocie les exceptions. Dans ce dossier, que voit-on ? La brutalité de la droite, le conservatisme de la gauche.

Donc, pas de retour à 65 ans ?

C’est impraticable.

Le CDH est au pouvoir dans les entités fédérées… On n’entend pas beaucoup les gouvernements régionaux ?

L’agitation au fédéral a pris l’essentiel de l’expression. Mais si vous posez la question, c’est qu’il y a du travail à fournir en termes de lisibilité du projet ; on doit pouvoir entendre cette remarque, de façon positive.

Le PS voudrait deux heures de cours de citoyenneté, l’accord de gouvernement n’en prévoit qu’un.

Dans le cours de citoyenneté, il y aura les droits et les devoirs. Or, lorsqu’on passe un contrat, la moindre des choses, c’est de le respecter, de ne pas tout le temps le remettre en cause. Chacun doit pouvoir dépasser ses convictions personnelles pour se retrouver sur l’essentiel : les valeurs universelles et la manière dont cela peut être appris puis défendu par tous les élèves. Personne ne peut utiliser le cours de citoyenneté pour tenter d’imposer sa croyance ou sa non-croyance.

>>> Lire notre article: L’égalité salariale hommes/femmes, une priorité pour le CDH (abonnés)

>>> Lire la partie d’interview relative à Marghem: «Elle doit être déchargée du dossier nucléaire» (abonnés)

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