Jacques Zegers: «Ma chanson a sauvé l’oncle d’Amélie Nothomb»

Comment est née « Avanti la vie » ?

À Florence, en traversant la rue, les feux de signalisation affichaient « Avanti », pour indiquer aux piétons qu’ils peuvent traverser. Avec mon ami compositeur Henri Seroka, on a travaillé une chanson à présenter à RCA, notre maison de disques. Et elle a décidé de m’envoyer en présélection Belgique. Si je me souviens bien, on était à douze.

Vous gagnez cette présélection et représentez la Belgique…

Je suis parti au Luxembourg avec une petite mise en scène, à mon avis, ratée. J’étais comme un oiseau en cage, entouré de quatre jolies choristes, dont deux chantaient bien et deux chantaient mal. On a donc dû trafiquer leurs voix.

Pourquoi « Avanti la vie » ?

C’est un titre qui me ressemble. Parce que les gens sont tellement pessimistes. Moi je suis pour faire avancer la vie. Beaucoup de gens sont pessimistes, mais beaucoup font aussi avancer la vie : les ONG, les asbl, qui défendent la nature, la lutte contre le cancer… Il y a plein de gens de bonne volonté. C’est à eux de montrer l’exemple en espérant que l’exemple soit suivi par le reste de la population.

On vous parle encore souvent de cette chanson ?

Oui et j’en suis très étonné. Je reçois des témoignages, des mails. La plus belle histoire que j’ai avec « Avanti la vie », c’est une rencontre avec l’oncle d’Amélie Nothomb. Il avait subi une très grave opération et était entre la vie et la mort. Il a entendu cette chanson à la radio et ça lui a mis du baume au cœur. Il s’en est sorti et m’a invité à boire un verre chez lui à Ixelles. J’y ai fait la connaissance d’Amélie Nothomb, petite jeune fille, avec ses parents. J’étais très étonné parce qu’elle parlait parfaitement japonais. Cette chanson a servi à quelque chose, ce qui n’est pas toujours le cas de beaucoup de chansons.

Quel souvenir gardez-vous de votre participation ?

Des voyages et des rencontres. La Turquie, le Portugal… J’ai été chaleureusement accueilli. Quand je suis arrivé au Portugal, je dis à mon épouse de l’époque : « Il y a sûrement quelqu’un de connu dans l’avion ! » Les gens agitaient des bouquets de fleurs et des pancartes devant l’aéroport. Quand on est sorti, je me suis rendu compte que c’était pour moi. J’étais nº1 au hit-parade au Portugal et je ne le savais pas. C’était merveilleux !

Qu’avez-vous fait après l’Eurovision ?

Depuis 1975, j’étais publicitaire pour « Le marché/ De markt », un magazine pour hommes d’affaires. J’ai été licencié au début de l’année 1985 à cause de la chanson. J’étais cadre supérieur. L’entreprise a jugé que la chanson me prenait trop de temps. Or, j’ai pu prouver que ce n’était pas le cas et que mon chiffre d’affaires était très stable. Et j’ai gagné mon procès contre mon ancien employeur. Je suis ensuite devenu responsable de la publicité du guide Henri Lemaire, un guide gastronomique, où je suis resté pendant 13 ans, avant de devenir consultant en marketing pour plusieurs sociétés.

Que devenez-vous ?

J’ai 67 ans. Je suis remarié avec une Anderlechtoise. Depuis plus de 25 ans, j’ai une vie commune avec celle qui est devenue ma nouvelle épouse. On vient de fêter nos 11 ans de mariage. Joëlle a 48 ans et est prof à l’ULB. Mon fils vit au Canada et travaille dans l’hôtellerie, l’une de mes deux filles travaille dans un hôtel étoilé près de Bruxelles, et l’autre est conseillère juridique. J’ai deux petits-fils : Alexandre (6 ans) et Adrien (3 ans).

Et vous n’avez pas abandonné la chanson !

En effet, j’ai écrit des chansons pour Megan Giart ( » The Voice Belgique »). Elle est jolie, gentille et talentueuse.

Qu’est-ce qui vous rend heureux aujourd’hui ?

L’écriture, je viens de terminer un roman. Et mon superbe jardin, plein de lilas, qui regorge de fleurs, de senteurs… C’est vraiment mon grand plaisir ! Je ne veux pas oublier mon chien Chiffon, qui a 16 ans, auquel moi et mon épouse tenons beaucoup.

Propos recueillis par Nicolas Dewaelheyns

Dans « Le Soir Magazine » de cette semaine, retrouvez l’interview de Mélanie Cohl. En 1998, la chanteuse, originaire de la région de Tournai, représentait notre pays avec la chanson « Dis oui ». Pour élever ses enfants, elle a mis sa carrière en parenthèses. Notre journaliste l’a retrouvée.