Un radieux bilan… totalement prématuré

Charles Michel parle de la N-VA comme d’un parti sage et solide. Qu’est-ce qu’il en sait ? Le carnet du samedi de Pierre Bouillon.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

La politique, c’est comme la tragédie grecque ou les séries amerloufoques. Ce sont des histoires chargées de faux amis, de kilos de menteries et de coups de canif dans le dos (et dans le contrat).

Au concours des trahisons, retenons cette toute mignonne : le 31 janvier 1986, PRL et PSC signaient un « pacte de loyauté » scellant leur destin pour huit années – à la Région wallonne et la Communauté française. Un an plus tard, le PSC glissait sa menotte dans celle du PS. La trahison fit bramer le PRL mais la colère se dissipa assez vite pour aller s’assoupir dans les livres d’histoire.

Vite oublié.

C’était ainsi, avant. Mais ça n’est plus comme ça.

Autrefois, la presse passait vite « à autre chose » – obligé. Désormais, il y a le Web. Il a de la mémoire et de la rancune. Voyez le mariage MR-N-VA, négocié à l’été, scellé à l’automne. Parce que Charles-avant-scrutin avait excommunié les nationalistes flamands, Michel-post-scrutin fut gratifié d’un nez de menteur. Et l’image tourne encore en boucle, aujourd’hui, sur les réseaux sociaux. Inlassablement. Répétitivement. C’est ça, l’élément neuf. Rien ne s’oublie. La presse traditionnelle se répète peu. Internet rabâche, radote, colle aux fesses. Il y a une rémanence, activée ou entretenue par les partis, leurs militants et quelques tâcherons salariés pour coloniser forums et réseaux sociaux, chargés qu’ils sont de moquer l’ennemi et, sans répit, de le rappeler à ses bourdes et mensonges.

Avant, on oubliait. Désormais, le moindre de vos méfaits est une balle de jokari qui vous revient sans cesse à la figure.

C’est ça que Charles Michel, jeudi, a tenté de neutraliser. Il a dit : « Sur la N-VA, je me suis trompé. »

Fabuleux. Et rare, aussi. Un politique ordinaire se serait entortillé. Il aurait validé le positionnement du jour (je gouverne avec la N-VA) tout en essayant de valider le propos d’hier (la N-VA n’est pas un partenaire possible pour le MR, sur le plan institutionnel comme sur le plan socio-économique). Oiseux. Impossible. Donc, ce coup génial : le Premier ministre efface l’ardoise. Il se dédouble. Michel-post-scrutin dit que Charles-avant-scrutin s’est trompé – lui et « les observateurs. »

Adroit.

Sauf que :

Petit a. les observateurs n’ont jamais dit que la N-VA, une fois au pouvoir, sauterait sur la table du 16, sabre au clair, en criant : « Séparons-nous ! Séparons-nous ! » On a supposé que la N-VA serait un partenaire impossible, rétif, faussement collaborant. On a supposé qu’elle feindrait de jouer le jeu fédéral. On a supposé qu’elle chercherait, sournoisement, à affaiblir l’Etat pour en établir l’obsolescence.

Petit b : jeudi, Michel-post-scrutin a causé comme un Premier ministre dépose son bilan de fin de législature.

Tu vas trop vite, garçon.

On a voté en mai 2014. On est en mai 2015. Le gouvernement est en selle depuis le 11 octobre (sept petits mois). Et il reste quatre longues années à la N-VA pour, l’air de rien, millimètre par millimètre, donner raison à Charles-avant-scrutin.

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