Wouter Beke (CD&V): «La suédoise assure l’avenir et rassure les gens»

Le président du CD&V applaudit le bilan du gouvernement, un an après les élections. Entretien.

Temps de lecture: 7 min

Le président du CD&V applaudit au premier bilan du gouvernement. Il pointe ses réformes majeures : saut d’index et report de l’âge de la pension. Au passage, Wouter Beke recale Elio Di Rupo : le PS ne trouvera pas d’alliés pour revenir à la pension à 65 ans.

Les élections ont eu lieu voici un an. Un gouvernement inédit a vu le jour. Comment vous y sentez-vous ?

Le CD&V s’y sent bien parce que ce gouvernement fait le nécessaire pour assurer l’avenir. C’est-à-dire payer les pensions, sauvegarder la sécurité sociale et surtout créer des emplois. Le Bureau du Plan a estimé qu’avec les mesures prises, 200.000 emplois seraient créés. C’est essentiel. En janvier 2014, lors d’une interview commune avec Charles Michel , j’avais recensé les préoccupations du CD&V. Chaque mot reste valable.

Mais à l’époque, on envisageait plutôt une nouvelle tripartite, pas la suédoise…

Pour moi, le contenu est essentiel. Et ce contenu doit être socio-économique, pas institutionnel. A l’époque, l’incertitude portait sur la position de la N-VA sur le communautaire. J’avais dit aussi que nous irions aux élections les mains libres. On a vu les résultats : le score gigantesque de la N-VA en Flandre, les résultats en Wallonie et leurs conséquences.

Quel a été l’élément déclencheur de la suédoise : le choix du CD&V de s’allier à la N-VA ou celui du PS de conclure des majorités régionales avec le CDH ?

Il y avait un engagement clair après les élections : d’abord négocier le fédéral. Mais dix jours après le scrutin, le PS et le CDH annonçaient qu’ils commençaient les négociations pour la Région wallonne. Cela a changé beaucoup de choses.

Vous êtes toujours déçu que le CDH ne soit pas entré au gouvernement fédéral ?

Oui, mais c’était le choix du CDH et je le respecte. Mais comme démocrate chrétien, j’aurais voulu que le CDH en soit. Cela aurait été plus stable du côté francophone et aussi pour l’agenda socio-économique.

Aujourd’hui, vous vous sentez un peu seul sur les dossiers socio-économiques ?

Je ne veux pas dire ça. Sur beaucoup de thèmes, le MR est sur la même ligne que nous. Comme sur la concertation sociale et beaucoup de mesures socio-économiques. Nous ne sommes pas un parti libéral, mais un parti qui fait la synthèse entre le progrès économique et la sauvegarde de notre système social. Pour sauver l’essentiel, il faut réformer le système. Sinon, on sera contraint de dire à beaucoup de gens qu’ils devront payer eux-mêmes et aux autres qu’ils bénéficieront d’un système minimal. Une privatisation des pensions et de la Sécu, je n’en veux pas.

Ça vous énerve quand on dit que le CD&V est le parti de gauche du gouvernement ?

Nous ne sommes pas un parti de gauche. Pour nous, le dialogue social est très important. J’étais en Allemagne il y a trois semaines, et on me posait trois questions : Primo : le socio-économique est-il la priorité et non les discussions institutionnelles ? Oui . Secundo : allez-vous diminuer les charges sur le travail ? Oui. Et tertio : y a-t-il un dialogue social ? Oui. Pour beaucoup d’investisseurs, la paix sociale est une condition sine qua non.

En novembre et décembre, le climat social n’était guère positif…

Non, c’était une très mauvaise situation. C’est pour cela aussi que Kris Peeters s’est investi durant des semaines pour renouer le dialogue social.

Vous voulez être le visage social de ce gouvernement ?

Oui   : il faut réformer, tout en conservant un visage social.

Avec sa campagne de la main tendue, la N-VA n’essaie-t-elle pas de vous concurrencer sur ce terrain ?

J’aime mieux ça qu’une campagne thatchérienne ! Cela nous aide en fait : si d’autres partis veulent aussi concrétiser dans des lois cette synthèse entre progrès économique et protection sociale, je ne peux qu’applaudir.

Pourtant, c’est entre le CD&V et la N-VA que les conflits sont les plus fréquents ?

Sur les thèmes socio-économiques, N-VA et VLD sont à droite et libéraux. Pas nous.

Les tensions sont plus vives avec la N-VA, non ?

Ça dépend des sujets.

Le tax shift, par exemple…

Oui, mais c’est un sujet essentiel. On veut réaliser une diminution des charges qui pèsent sur le travail. Des mesures ont déjà été prises, comme le saut d’index qui réduira les charges patronales à hauteur d’1 milliard en 2016. Le Conseil du Travail considère que cette mesure nous permettra de gommer notre handicap salarial avec les pays voisins. Une première depuis 1996. Mais il faut faire plus. Et donc réaliser ce tax shift. C’est un engagement qu’a pris la majorité envers les partenaires sociaux. Il figure dans l’accord de gouvernement et il constitue une obligation à l’égard de la Commission européenne.

Gwendolynn Rutten (présidente du VLD) et Bart De Wever (N-VA) ont tous deux affirmé que ce tax shift ne pouvait déboucher sur une hausse des impôts. Et vous ?

Johan Van Overtveldt, le ministre des Finances (N-VA), est sur la même longueur d’ondes que moi. Il l’a dit au Parlement, rappelant que ce glissement de la fiscalité s’opérera sur les trois éléments que nous retenons : l’impôt sur la consommation (TVA), sur l’écofiscalité et sur les revenus du capital. Nous ne voulons pas augmenter la capacité fiscale globale. Le tax shift, c’est une diminution des charges salariales, pour créer des jobs.

Kris Peeters a chiffré ce tax shift à 5 milliards. C’est votre souhait ?

Oui. Nous sommes prêts à parler de cela dans le cadre du gouvernement.

Quand les propositions atterriront-elles ? Avant l’été ?

Le Premier ministre s’est engagé sur cette date à la RTBF, mercredi.

Selon Johan Vande Lanotte (SP.A), la Belgique est le pays malade de l’Europe, en termes de croissance et d’emploi…

Cela ne m’impressionne pas. Ses chiffres ne sont pas corrects. Ce gouvernement réalise des réformes importantes, comme celle des pensions, pour en sauvegarder la pérennité. Sans cette réforme, on allait tout droit vers une privatisation. Dans vos colonnes, Elio Di Rupo souligne que le coût des pensions représentera 4 % de PIB en plus en 2040. Soit 16 à 20 milliards. Mais il ne dit pas où il ira les chercher…

Le PS n’aura donc pas de partenaire pour revenir à la pension à 65 ans ?

On ne reviendra pas en arrière. Je vous livre trois arguments. Un. Cette année, la hausse du nombre de pensionnés représente un coût de 1,6 milliard, soit l’équivalent des moyens affectés à la Justice. Sous cette législature, la facture globale s’élèvera entre 8 et 9 milliards. L’ancien ministre PS des pensions, Michel Daerden, avait déclaré au Parlement qu’il ignorait si l’on serait encore en mesure de payer les pensions en 2015. Le gouvernement veut assurer le paiement des pensions, sous cette législature et après. C’est un message rassurant.

Deux. Le Bureau du Plan et le Comité du vieillissement ont calculé que la hausse du coût des pensions serait divisée par deux – de 4 à 2 % du PIB – grâce aux mesures que nous avons prises. Il faut restaurer la confiance de la population, c’est essentiel, car les gens se demandent s’ils bénéficieront encore d’une pension. Il n’y a pas d’alternative. Trois. Au Pays-Bas, sous un gouvernement avec des socialistes, l’âge de la pension passera à 67 ans en 2021. Comme en Italie, avec une coalition comprenant aussi des socialistes. En Allemagne, toujours sous un gouvernement à participation socialiste, on prendra sa pension à 67 ans en 2029. Nous disons : après une carrière de 45 ans (et des exceptions pour le travail pénible, la police…), nous voulons assurer une pension aux Belges.

A propos de toutes les mesures prises par le gouvernement, Johan Vande Lanotte parle du supplice chinois…

Cela ne m’impressionne pas. Sous le gouvernement précédent, on a modifié le calcul de l’index. Impact sur le pouvoir d’achat : 0,4 %. Nous obtenons le même chiffre avec le saut d’index parce qu’il est compensé par l’enveloppe bien-être utilisée à 100 % et l’augmentation de la déduction fiscale pour les frais forfaitaires. C’est donc presque indolore.

Des mesures ont été prises pour lutter contre la fraude sociale . Mais en fait-on autant contre la fraude fiscale ?

Ce gouvernement fait plus que le précédent contre la fraude fiscale et sociale.

Ne faut-il pas faire davantage contre la fraude fiscale ?

Je condamne fermement la fraude fiscale et nous prenons des mesures supplémentaires par rapport au gouvernement précédent.

Donc le gouvernement en fait assez ?

Oui.

Quand Bart De Wever critique la puissance des syndicats, vous êtes mal à l’aise ?

Ce n’est pas très sage. Dans l’accord de gouvernement, on a écrit à 42 reprises la nécessité de la concertation sociale. L’accord gouvernemental lui-même en souligne donc l’importance.

La ministre Marie-Christine Marghem est dans la tourmente, à propos du dossier nucléaire. Qu’en pensez-vous ?

Il aurait été plus sage de faire la clarté immédiatement au Parlement. Mais pour moi, l’essentiel est de disposer d’une sécurité d’approvisionnement.

Il ne faut pas lui retirer le dossier ?

Non.

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