Le partenariat des Européens patine avec l’Est et le Caucase

Mais où donc, sinon dans ses désirs les plus chers, la Première ministre lettone Laimdota Straujuma, hôte du sommet de Riga, a-t-elle vu que la rencontre avait « donné un nouveau souffle » aux « relations stratégiques » de l’Europe avec ses partenaires orientaux et du Caucase ? Pour leur première rencontre au sommet depuis le début de la crise en Ukraine, les dirigeants de l’Union européenne et leurs six « partenaires orientaux » ont accouché d’une déclaration de treize pages, qui s’apparentent à un catalogue des réalisations passées, plutôt qu’à une feuille de route limpide pour le futur, applicable au groupe.

Sinon pour dire ceci : réformez à fond même si c’est douloureux, modernisez, commerçons, profitons-en et « ce n’est dirigé contre personne ». La prudence géopolitique envers Vladimir Poutine a bel et bien pesé – le mot d’ordre était de ne rien faire qui aurait pu raviver l’agressivité russe. Cette circonspection n’a toutefois pas empêché l’Arménie et la Biélorussie, passées l’an dernier dans le giron de l’Union économique eurasiatique créée par Moscou, et l’Azerbaïdjan, qui hésite, de se joindre à la déclaration, qui condamne, sans nommer le coupable, « les actes contre l’Ukraine et les événements en Géorgie »…

Le sommet s’est achevé en une poignée d’heures vendredi, sans éclat ni dispute, tandis que Riga bruissait de rumeurs au sujet de caucus engagés parallèlement sur le sort de la dette grecque, sur le « Brexit » agité par le Premier ministre britannique Cameron s’il n’obtient pas une Europe retaillée à sa mesure, et que l’on s’amusait des pitreries du président de la Commission Juncker… Départs anticipés, bilatérales à huis clos : tout cela semblait davantage compter que la relation avec les Six – Ukraine, Géorgie, Moldavie, Biélorussie, Arménie et Azerbaïdjan : 75 millions d’habitants au total.

C’est cruel pour les Lettons, qui voulaient à tout prix organiser ce sommet durant leur présidence semestrielle de l’UE – plus tôt donc que le délai de deux ans habituel après le précédent sommet, celui de Vilnius qui avait déclenché la crise ukrainienne. C’eût été en novembre 2015 – mais le sommet aurait alors échu au Luxembourg, qui exercera la présidence au second semestre…

Les Lettons le soulignaient : le Traité de Lisbonne offre une perspective d’adhésion à tout pays européen qui le souhaite et s’est mis « en ordre ». Pour cette ex-république soviétique jusqu’à l’indépendance en 1990, « on ne peut pas tuer l’espoir ». Las ! pour l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, qui ont fait de l’intégration européenne le but de leur politique étrangère, rien ne leur a été concédé, même si leurs « aspirations » sont à nouveau « reconnues ». Pas même, pour les deux premiers, un calendrier pour bénéficier d’une exemption de visa, un geste tant apprécié.

Le stade ultime du Partenariat se limite à l’intégration économique dans une « zone commune de démocratie partagée, de prospérité, de stabilité et de coopération accrue ». La rédaction du projet de texte entre les Vingt-Huit avait été émaillée de discussions « franches » entre partisans d’une perspective d’adhésion et ceux qui y sont opposés, confirme une source diplomatique. « Le but, c’était de parler d’une seule voix. Mais il ne faut pas se raconter des histoires : certains étaient plus enclins à faire miroiter des perspectives d’adhésion. »

Certainement pas la Belgique. « Nous avons été plusieurs à rappeler que ces pays n’ont pas pour vocation d’entrer dans l’UE. Cela a le mérite d’être franc », indique le Premier ministre Michel.

Voilà qui est au cœur du discours du Kremlin envers ces pays : « Laissez tomber l’Europe qui ne vous offre rien et venez avec nous. » Les populations concernées, elles, voient d’abord l’âpreté des réformes exigées par l’Europe et, à ce stade, toujours des tracasseries pour voyager. « Ce n’est pas juste de dire que l’on n’offre pas de perspectives », réplique Charles Michel, qui pointe le « partenariat économique » et la perspective d’un accord sur les visas. « Il est certain que l’ombre de la Russie a plané sur cette réunion », conclut le Premier ministre. Quoi qu’il en soit, pour les Belges, il faut d’abord (bien) faire fonctionner l’Europe à 28. Ou à 27, en cas de « Brexit »…