Une hilarante partie de ping-pong au KustenFestivaldesArts

Énorme coup de cœur pour « Las Ideas » de Federico León. Notre critique.

Temps de lecture: 3 min

Le KunstenFestivaldesArts bat son plein ce week-end avec, notamment, « Las Ideas » de l’Argentin Federico León. Énorme coup de cœur pour ce regard autocritique et hilarant sur la création artistique. Ou comment une partie de ping-pong fait rebondir les idées les plus folles.

À rebours de son image sobre et pas franchement rigolarde, le KunstenFestivaldesArts a largement déridé ses spectateurs ce vendredi soir lors de la première mondiale de Las Ideas. Rien à voir avec les effluves de marijuana généreusement partagées avec le public de cette pièce argentine, mais tout à voir avec la mise en abyme astucieuse de Federico León pour décortiquer la genèse d’une œuvre. Les idées fusent du tac au tac, logique dans un décor qui se résume à une table de ping-pong multifonctions, à la fois bureau, écran de projection, tableau noir et autres déclinaisons dont on vous laisse la surprise.

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Un brainstorming aux allures de joyeux foutoir

Autour de cette table de jeu, deux artistes se creusent la cervelle pour imaginer la matière de leur prochaine création, dans un « brainstorming » qui a d’abord des allures de joyeux foutoir. Vidéos absurdes sur Youtube, divagation sur le potentiel métaphorique d’une bouteille de whisky comme synthèse entre réalité et fiction au théâtre, délires philosophiques dans les volutes de joint, conversation intime au téléphone entre improvisation scénique et vraie dispute amoureuse. On a même craint pour notre intégrité physique lorsqu’un ordinateur manque de prendre feu et qu’un ballon géant menace d’exploser. Bien sûr, ce chaos apparent est hyper contrôlé avec quantité d’effets spéciaux, de références croisées et un travail vidéo sophistiqué comme un miroir diffractant ces artistes qui créent en se regardant créer.

Une expérience vertigineuse

Las Ideas est une avalanche de scènes cocasses, un emboîtement de « rushes » comme on dit au cinéma, d’essais-erreurs qui témoignent du processus de création artistique avec une bonne dose de réalisme mais surtout beaucoup d’ironie. Toutes ces improvisations qui d’habitude finissent à la poubelle, deviennent ici le sujet même du spectacle. Jusqu’à l’absurde. Une conversation anodine sur les frais de réparation d’un projecteur dérive vers d’autres circonvolutions autour de la manipulation, de l’illusion, du vrai sur un plateau de théâtre. Tout cela aurait pu être affreusement sérieux mais Julián Tello et Federico León jouent d’une indolence irrésistible et fertile. Pour les deux pongistes, il n’y a pas de balle perdue. On ne verra plus jamais une table de ping-pong de la même manière tant celle-ci ricoche dans d’inépuisables directions, encore démultipliées par une caméra d’illusionniste. L’expérience est vertigineuse. Artistes de tous les pays, filmez-vous et ne jetez rien !

Jusqu’au 30 mai au Kaaistudio’s, Bruxelles. www.kfda.be

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