L’espoir de l’Europe dans une ferme de Grand-Rosière (Hesbaye)

Le terme de « phénomène » n’est pas usurpé pour qualifier l’ascension de Fabien Pinckaers et de son entreprise de logiciels pour entreprises Odoo (ex-OpenERP). Il y a eu une croissance impressionnante au niveau belge – et wallon ! – en dix ans : 250 employés dans le monde dont 120 à Grand-Rosière et Bruxelles. 550 partenaires installateurs dans le monde. Et un chiffre d’affaires en hausse de 33 %, passant de 6,3 millions à 8,4 millions d’euros en 2014. Ce qui amène à faire d’Odoo « le logiciel de gestion le plus installée au monde. » Certes, il est gratuit. Mais les services de maintenance sur lesquels se rémunèrent Odoo sont eux payants.

Après diverses récompenses – Deloitte Technology Fast50, prix Top Manager du Soir… – Odoo est à présent montrée en exemple dans les hautes sphères européennes pour démontrer que les Etats-Unis et l’Asie n’ont pas l’exclusivité des « success stories ». Dans un secteur aussi américain que le software, s’il-vous-plaît.

Le Finlandais Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission européenne responsable pour l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, et sa collègue belge Marianne Thyssen, commissaire à l’emploi et aux affaires sociales, étaient hier en visite dans la ferme hesbignonne. En compagnie du ministre-président wallon Paul Magnette, ils ont constaté de visu comment les étables et fenils avaient été transformés en bureaux pour start-up, où s’affairent derrière des PC dernier cri des employés en t-shirt fuschia. Le point presse est improvisé dans la cour intérieure. « Ce n’est pas l’environnement le plus typique pour start-up que j’ai vu dans ma vie, » déclare avec une pointe d’humour le commissaire Katainen. « Mais on sent que l’ambiance est bonne, portée par le cœur et la passion. C’est ce qui compte. Odoo est un exemple encourageant pour tous ceux qui osent entreprendre. » Marianne Thyssen a pour sa part souligné « la réussite à l’export d’une jeune entreprise innovante, qui possède des bureaux en Inde et aux Etats-Unis. Un message d’espoir pour les jeunes entrepreneurs européens. »

La visite des deux commissaires européens coïncide avec le début de l’évangélisation du « plan d’investissement pour l’Europe », cher au président Jean-Claude Junkers. L’objectif est de stimuler la compétitivité de l’Europe et donc l’emploi en injectant au cours des trois prochaines années 315 milliards d’euros d’investissement. Les fonds publics européens doivent générer un effet de levier auprès d’investisseurs privés. Le cas d’Odoo est illustratif puisque l’entreprise a gagné la confiance de la SRIW (public) avant de finaliser une levée de fonds totale en 2014 pour 7,3 millions d’euros. La SRIW a mis 2 millions et aidé à négocier le solde avec des fonds d’investissements privés.

6 à 8 embauches par mois

Fabien Pinckaers est visiblement honoré par cette visite de haut niveau, dont il ne connaît pas la genèse. « Sans doute un peu de chance », nous dit-il, amusé. C’est l’occasion pour lui de nous faire découvrir sa « ferme », qui héberge désormais 70 employés. Il nous montre fièrement la petite lucarne où était sa chambre, au début. « Je voulais quelque chose de grand et pas cher. » Le Wavrien s’est en effet vite senti à l’étroit dans la fermette où il a démarré, à Walhain. Vu le rythme des embauches – entre 6 et 8 par mois – le siège social de Grand-Rosière atteint aussi ses limites. Un projet a été déposé pour aménager le parking actuel en un ensemble de bureaux avec 130 postes de travail. Et un nouveau parking devrait être aménagé à l’arrière de la ferme brabançonne.

A Ramillies, on n’a pas fini de parler de cette ‘start-up rurale’. Et ailleurs non plus.