Philippe Moureaux: «On attaque Emir Kir pour ses origines» (vidéo)

Invité du Grand Oral La Première/Le soir, le socialiste Philippe Moureaux, ex-bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean s’énerve et s’emporte contre ce qu’il considère être un climat de « bashing », de lynchage médiatique, à l’égard d’Elio Di Rupo. Il ne répondra pas à la question de savoir si l’ex-Premier ministre est encore l’homme de la situation pour emmener le parti socialiste. En guise de réponse, il dénonce l’attitude des médias dirigés, dit-il, par le monde de la finance. Autre « bashing » dénoncé dans l’émission : celui dont serait victime Emir Kir, le bourgmestre de Saint-Josse, absent lors de la minute de silence observée au Parlement pour dénoncer le génocide arménien. Il voit, dans les critiques adressées à Emir Kir, une volonté de nuire, de « démolir » un homme d’origine étrangère qui assume des responsabilités politiques importantes.

On attaque Elio Di Rupo sur tout et n’importe quoi

Elio Di Rupo aurait-il dû laisser la présidence du parti socialiste à quelqu’un d’autre après avoir exercé le rôle de Premier ministre ? La question est souvent posée et a trouvé une nouvelle acuité après les derniers sondages d’intentions de vote qui font état d’un recul du parti socialiste. Philippe Moureaux ne se prononcera pas sur cette question et laisse cette responsabilité à Elio Di Rupo. Mais elle a eu le don de le faire sortir de ses gonds. « Il y a une tentative de « bashing » contre Elio Di Rupo que je ne supporte pas. J’ai des critiques à lui faire, c’est vrai, mais je les ai exprimées avec modération. Aujourd’hui, on cherche tout et n’importe quoi. On l’attaque maintenant parce que son neveu a fait un accident de voiture. C’est un scandale et ça, c’est parce que la presse est entièrement manipulée par les partis de droite et par les forces de l’argent. »

C’est une accusation grave ! Avez-vous des exemples concrets ? Par ailleurs, on a décidément l’impression, quand on entend Elio Di Rupo se plaindre du manque de relais dans les médias, que le PS a mal à la presse.

«  Je n’ai pas mal à la presse. Je dis une réalité incontournable : vos patrons sont des gens de la finance. Je ne vous le reproche pas et je ne le leur reproche même pas, mais il y a eu un énorme changement à travers les décennies. Il y avait naguère une petite presse qui était peut-être peu lue mais qui obligeait à avoir un discours plus ouvert. Pour le reste, je ne vous donnerai qu’un seul exemple : lorsque le MR a embrassé la NV-A, le parti de Bart de Wever est tout d’un coup devenu (dans la presse) un parti sympathique. Autre exemple : le succès de Podemos en Espagne. Ils ont dû faire une campagne de rue parce qu’ils n’avaient pas de relais dans les médias. Je crois que la sociale démocratie doit aujourd’hui se rendre compte qu’il y d’autres moyens de se faire entendre que par la presse et les médias. Il faut retourner vers les gens, retourner dans la rue !  » (L’échange est animé avec les trois journalistes en studio qui contestent la vision de leur interlocuteur sur l’indépendance et la légitimité de leur travail)

Emir Kir : certains essayent de le démolir en raison de ses origines

Autre objet d’énervement pour Philippe Moureaux : la polémique sur l’absence d’Emir Kir à la minute de silence observée par le Parlement pour dénoncer le génocide arménien. L’interview a été réalisée avant l’annonce de l’exclusion par le CDH de la députée Mahinur Özdemir, pour absence, elle aussi, lors de la minute de silence. Philippe Moureaux s’étonnait du peu de cas fait autour des autres députés mais il rappelle surtout, en tant que professeur d’histoire, combien il faut être prudent en ce domaine et se méfier de l’utilisation de l’histoire pour accabler des populations. « Personnellement, mais je n’ai pas une connaissance suffisante pour être totalement affirmatif, je pense qu’il y a eu volonté de génocide. Cela étant dit, demander aux autres de penser exactement la même chose que moi sur des faits qui ont eu lieu il y a cent ans, ce n’est pas possible. Ce doit être un dialogue. J’ai voté, à l’époque, au Sénat, une motion sur le génocide. Mais je ne vais pas demander, pour autant, à mes amis qui sont dans une situation délicate sur le plan humain de nécessairement crier : il y a eu génocide ! Je voudrais plutôt qu’on essaye de se rapprocher par le dialogue. Ce serait la sagesse, mais pour le moment on instrumentalise ça pour mettre sur le banc toute une population. Quant à Emir Kir, c’est un homme qui a été plébiscité par sa population, donc certains essayent de le démolir. Il a été un excellent ministre, il est un excellent bourgmestre, là-dessus on ne sait pas l’avoir. Donc, on essaye de s’attaquer à lui sur d’autres critères parce que certains ne supportent pas que quelqu’un qui a des origines comme les siennes soit à un poste de responsabilités. »

Le PTB ? Il cherche la pub plus que le fond

Interrogé sur la place que prend le PTB sur l’échiquier politique belge, Philippe Moureaux pose un regard bienveillant sur le parti d’extrême gauche, tout en le qualifiant aussi de «  tristounet ».

«  Je dois vous avouer que je ne suis pas de ceux qui les méprisent, pas du tout. C’est une formation politique respectable pour moi et, là, je sais que je suis en désaccord avec certains de mes amis. Reconnaissons qu’ils ont un certain succès. Enfin, que la droite leur fait un certain succès. Mais sur certains dossiers, je les trouve tristounets. Quand on parle des problèmes extrêmement délicats comme l’intervention d’un de leurs grands soutiens qui a accepté d’accueillir la femme de Dutroux (NDLR : Christian Panier), ils sont très mal à l’aise. Ce sont des sociaux-démocrates qui cherchent la pub plus que le fond. »