Des «tutos» avortement contre la loi chilienne anti-IVG

Comme pour apprendre à natter vos cheveux, les techniques pour avorter se trouvent désormais sur Youtube, dans des séquences filmées en mode amateur et qui mettent en scène des jeunes filles avides de partager leurs stratégies. L’ONG Miles a voulu frapper fort. C’est pour soutenir le droit à l’avortement, passible de cinq ans de prison au Chili, qu’elle a réalisé cette série de « tutoriels » volontairement fort dérangeants.

« Salut les filles, comment ça va ? Je vais vous expliquer comment on fait. Premièrement, il vous faut toutes aller acheter ces chaussures dont vous avez toujours rêvé. Ces chaussures de princesse à talons hauts, comme celle-ci ». C’est face caméra, que l’actrice s’adresse à aux internautes, l’air à la fois pimpant et grave.

« Une fois de retour, assurez-vous d’être seule, puis rendez-vous dans la cuisine à la recherche d’un bon couteau comme celui-ci ». La jeune femme poursuit calmement, avec la diction et les temps de pause typique des tutoriels. Elle explique alors comment fendre un talon, de manière à ce qu’il soit mobile sans pour autant se désolidariser de la chaussure.

La leçon se poursuit en rue. Talons aiguilles aux pieds et caméra en main, l’objectif tourné vers son visage, l’actrice insiste sur l’importance de la seconde étape. « Une fois que tu es dans la rue, marche tranquillement, calmement, car le talon ne doit pas se rompre avant que tu ne trouves une borne incendie ».

On aperçoit la borne en question un peu plus loin.

« Une fois que tu en vois une, et que tu te trouves à un mètre d’elle, commence à tordre ta cheville, et mets tout ton poids sur ce pied-là, parce que le talon doit rompre. Quand ça arrivera, tu dois tomber sur la borne incendie. Mais il est très important que tu la percutes avec ton estomac, et avec le plus de force possible ».

Elle chute, mouvements de caméra, cris de douleur et vue du ciel. Puis ce message : « Au Chili, l’avortement accidentel est la seule forme d’avortement qui n’est pas considérée comme un crime ».

Le Chili possède l’une des législations les plus restrictives au monde en matière d’avortement. Il n’est autorisé sous aucune condition et relève du crime à l’exception des « avortements accidentels », à savoir causés par un accident grave.

Le coup du talon n’est pas la seule option suggérée par l’ONG. Pourquoi ne pas tomber dans les escaliers.

Ou se faire renverser.

Car il faut bien frôler la mort pour être reconnue innocente.