La condition N-VA au tax-shift: des économies dans la Sécurité sociale

La N-VA négociera l’opération de réduction des charges sur le travail à deux conditions : la classe moyenne ne peut être le pigeon du tax-shift et des économies doivent être réalisées dans la Sécurité sociale.

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La N-VA a choisi ce week-end de planter ses chapiteaux à Boom, sur le site de « Tomorrowland », un des plus grands festivals de musique électronique au monde. La formation jaune et noire y a fêté la journée des familles en célébrant le premier anniversaire de sa victoire, celle qui allait pour la première, sous le label N-VA, leur ouvrir les portes du pouvoir fédéral. En tête d’affiche, Bart De Wever n’a rien perdu de sa popularité.

Ovationné par plus de 3.500 de ses ouailles, agitant autant de drapeaux au lion flamand, il a fait monter l’ensemble de ses ministres sur le podium pour une opération de marketing politique aussi rodée qu’une production de Jean-Michel Jarre. Son discours est élogieux pour l’action gouvernementale : croissance deux fois plus élevée ces deux prochaines années que sous la législature Di Rupo, création de 200.000 emplois selon le bureau du Plan, retour des investisseurs étrangers, hausse de nos exportations, balance commerciale redevenue positive. Dithyrambique pour ses ministres, sans pitié pour l’opposition francophone (lire ci-contre), confiant dans l’avenir, sans nier que l’arrivée n’était pas encore en vue : « Le moteur a redémarré, la voiture est repartie. Mais nous ne sommes pas arrivés à destination. Les forces de l’immobilisme et les grèves continueront à jouer contre nous. »

Pas un mot, en revanche, emprunté à la piste communautaire, sinon à l’ultime phrase du discours : « Nous devons construire la confiance pour réaliser l’ensemble de notre programme. La N-VA se bat pour une Flandre accueillante, prospère et autonome. » On l’avait presque oublié… Mais Bart De Wever nous le rappellera plus tard : « Je suis loyal et n’ai qu’une parole. Sous cette législature, le programme est socio-économique. » Et contient un chapitre essentiel pour le gouvernement : la réalisation du tax-shift.

Dans la guerre des nerfs qui oppose les partis de la majorité – et singulièrement la N-VA et le CD&V- sur la manière de financer la baisse des charges qui pèsent sur le travail, le chef des nationalistes a clairement rappelé la position de son parti : elle passe pour lui par des économies dans le fonctionnement de la Sécurité sociale. Une très grosse pierre dans le jardin du CD&V qui se profile comme la formation « sociale » de la majorité, la seule qui dispose d’un lien étroit avec les syndicats et les mutuelles.

1.Pourquoi réaliser des économies dans la Sécu ? « Il faut être aveugle pour ne pas constater que la hausse constante du budget de la Sécurité sociale, dans l’entité 1 (celle de l’Etat fédéral, NDLR) va finir par étrangler financièrement tout l’appareil de l’Etat » nous confiait Bart De Wever. Quelques dizaines de minutes plus tôt, le chef de file de la N-VA avait pointé les deux exigences de son parti à la mise en place d’un tax-shift. Primo. « La classe moyenne ne sera pas le dindon de la farce. Les Flamands qui travaillent, les petits épargnants, les propriétaires et les locataires ne paieront pas d’impôts réclamés aux hauts revenus. » Secondo : « Le tax-shift n’est possible que si les impôts sont déplacés et diminués. Nous devons donner plus que nous ne prenons. Et cela signifie que nous devrons inévitablement épargner davantage encore dans les dépenses de l’Etat. Notre système de Sécurité sociale est un monument de redistribution et de justice sociale. Mais il reste trop d’inefficacités dans le système : trop de moyens vont vers les structures au lieu d’aller vers les gens qui en ont vraiment besoin. » Bart De Wever prend l’exemple de la réforme des pensions décidée par le gouvernement pour affirmer que l’opération d’assainissement de la Sécu est réalisable. « L’augmentation inévitable de l’âge de la pension permettra de diminuer de moitié le coût du vieillissement de la population à l’horizon 2060. Mais il reste une moitié d’économies à débusquer. » La cible est toute trouvée à la N-VA : le fonctionnement de la Sécu.

2. Comment les réaliser ? Hendrik Vuye, le chef de groupe N-VA à la Chambre, évoquait, dans nos dernières éditions, une « réorganisation du système. » Sa vice-présidente, Veerle Wauters ajoutait : « Il y a trop d’étapes dans le système : il doit être possible d’en supprimer pour le rendre plus efficace. ».

La N-VA reconnaît la justification historique des mutuelles et des syndicats mais en fait d’autant moins l’apologie aujourd’hui que le parti n’aime pas les corps intermédiaires, d’autant moins s’ils sont à leurs yeux inefficaces et coûteux. Il va donc faire réaliser une étude par un bureau extérieur afin de déterminer les moyens de réaliser des économies dans le système. Dans le collimateur des nationalistes flamands : les mutuelles et les syndicats. Et « leur corporatisme » nous précisait ce week-end Bart De Wever.

3. Comment réagira le gouvernement ? Cette nouvelle condition émise par la N-VA à la mise en place d’un tax-shift provoquera-t-elle un nouveau bras de fer entre le CD&V et la N-VA, les deux frères ennemis de la suédoise ? Le premier freinera, avec le syndicat chrétien, des quatre fers en agitant l’épouvantail d’un recul social, le second l’accusera de gaspiller les deniers de l’Etat. En filigrane, se profile aussi le risque d’un démantèlement de la Sécu, un des derniers ciments de solidarité de l’Etat, même s’il a déjà été entamé par la communaurisation des allocations familiales. A la N-VA, on réaffirme que les économies ne toucheront en aucun cas aux allocations sociales. Et au MR, on prend acte sans se crisper. Il est vrai qu’en mars 2014, Daniel Bacquelaine, le futur ministre des Pensions, affirmait sa volonté d’économiser 200 millions dans les frais administratifs des mutuelles.

 

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