Les propos du patron de la sûreté nucléaire enflamment la classe politique

Jan Bens, le directeur de l’agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) – institution dont on attend les balises de sûreté en vue de la prolongation des réacteurs nucléaires de Doel 1 et Doel 2 exploités par Electrabel – évoque dans nos colonnes (abonnés) la «  corruption invraisemblable » au Kazakhstan en 1995 où il était en mission pour Tractebel, au cours de laquelle il a lui-même «  proposé à d’autres » des enveloppes. «  Le Kazakhstan, c’était une économie de cash. Un jour, on a même retrouvé un mec planqué dans une armoire qui espionnait notre réunion », se souvient Jan Bens.

► Le volet corruption

Ces aveux ont suscité des réactions de l’opposition. Le député Jean-Marc Nollet (Ecolo) a annoncé une interpellation du ministre de la Sécurité Jan Jambon, le gouvernement ayant mis son sort entre les mains de l’AFCN pour la gestion des impératifs de sûreté rendus nécessaires par la prolongation de Doel 1 et Doel 2. «  Peut-on encore avoir totale confiance en Jan Bens ? », se demande Jean-Marc Nollet sur Twitter.

Selon le chef de groupe Ecolo-Groen, Kristof Calvo, les propos du patron de l’AFCN, «  mettent en doute la crédibilité du régulateur ». Spécialiste du secteur énergétique, le professeur de l’ULg Damien Ernst estime «  quand même dingue que le patron de l’AFCN parle du fait qu’il a été impliqué dans de la corruption ».

Le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur Jan Jambon demande, de son côté, au Conseil d’Administration de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) de faire toute la lumière sur les déclarations de son directeur général Jan Bens. «  Le ministre a demandé au président du Conseil d’administration de l’AFCN de faire le plus rapidement possible toute la lumière sur ces déclarations, conformément à la loi du 16 mars 1954 relative au contrôle de certains organismes d’intérêt public », selon un communiqué envoyé par son cabinet. «  La crédibilité de l’AFCN et de son directeur est cruciale, a fortiori à l’heure où l’agence doit prendre position sur le redémarrage et la prolongation de plusieurs centrales nucléaires », a précisé M. Jambon.

► Le volet de la prolongation des réacteurs de Doel

Sur le fond du dossier, Jan Bens rappelle au Soir que l’AFCN ne donnera «  pas le feu vert si Electrabel ne s’engage pas à réaliser » les travaux nécessaires au prolongement de la vie de Doel 1 et Doel 2. Il redit par ailleurs tout le mal qu’il pense de la loi que s’apprête à voter la Chambre jeudi à cette même fin. «  J’aime la clarté. Et cette loi est une acrobatie juridique un peu bizarre », indique-t-il.

Karine Lalieux pour le PS a à nouveau demandé au gouvernement, sur Twitter, le retrait du projet de loi.

► Deux morts à Fukushima

Le patron de l’AFCN tient également d’autres propos qui ont été allègrement commentés, notamment ceux qui limitent à deux le nombre de morts à Fukushima, un, tombé d’une grue, l’autre noyé. Il critique également son ex-employeur. «  Avant, Electrabel, c’était une boîte d’ingénieurs où la technique primait. On construisait de belles centrales qui fonctionnaient bien. Maintenant, le plus important est de faire de l’argent. Cette fierté n’y est plus », constate-t-il.

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