Charleroi, entre gris clair et gris foncé

Depuis 2010, le Musée de la photo a commandé cinq missions sur la ville de Charleroi. Stephan Vanfleteren livre sa vision d’une ville qu’il aime profondément.

Chef adjoint au service Culture Temps de lecture: 4 min

U n jour ça va être notre tour. Et je dis notre car je me sens un peu carolo.  » Ainsi parle Stephan Vanfleteren, photographe flamand, qui a grandi du côté de la côte belge et apprit son métier du côté de Bruxelles. C’est à lui qu’est revenu le redoutable honneur de clôturer une série de cinq commandes lancées par le Musée de la photo depuis 2010. Bernard Plossu, Dave Anderson, Jens Olof Lasthein et Claire Chevrier avaient déjà livré leur vision de la ville. Mais contrairement à ses quatre collègues venus de l’étranger, Stephan Vanfleteren connaît Charleroi depuis longtemps, comme il le raconte joliment dans le texte d’introduction de l’ouvrage publié à cette occasion. Et il voue une véritable passion à cette ville dont il a photographié les pires moments en tant que journaliste tout en étant définitivement séduit par son paysage unique et ses habitants. Il le dit et l’écrit, sur tous les tons, évoquant aussi bien Paul Magnette que Mélanie de Biasio, le ring qui encercle la ville et les soirées du Rockerill, la reconstruction du centre-ville et les quartiers à l’abandon… Mais surtout, il le montre à travers ses photographies.

Ici le noir et blanc règne en maître. Pas seulement pour la beauté esthétique du médium mais aussi pour coller à son sujet. Le livre, dont la couverture et la tranche affichent un gris opaque, porte un titre révélateur : Il est clair que le gris est noir mais Charleroi sera blanc, un jour. C’est bien de cela que le photographe veut nous parler à travers ses images jouant magistralement avec le noir et toutes les nuances de gris en faisant surgir la lumière là où on ne l’attend pas.

Portraits et paysages composent l’essentiel de ce travail. A travers eux, Stephan Vanfleteren ne cherche ni à juger ni à défendre une ville qu’il aime. Il la montre simplement dans toute sa complexité, ses contradictions. Visages et paysages urbains se croisent, se succèdent, composant une mosaïque où rien n’est jamais figé. Un décor d’usine écrasant peut se transformer en promesse d’avenir lorsque le soleil surgit de sous les nuages. Le brouillard donne à certaines rues un côté mystérieux qui rappelle le cinéma d’antan. Vue de loin, dans une semi-brume, Charleroi a des allures romaines avec ses alignements d’arbres et ses terrils rappelant les collines de la cité éternelle. Montrant que l’industrie vit encore dans la cité, le photographe nous entraîne du côté des métallos : l’acier en fusion, les hommes casqués, les machines fumantes, impressionnantes. On croise aussi des visages marqués par la vie, ridés, déchirés, résignés. Parce qu’ils sont bien réels tout comme la pauvreté qu’il serait absurde de vouloir nier. Mais on découvre également des images du carnaval où les rires explosent de partout, des sourires de jeunes filles, deux mômes entourant un adulte sur une moto et regardant le photographe avec des yeux pétillants de malice.

Dans le Charleroi de Stephan Vanfleteren, il y a des architectures grises et imposantes, des vieilles dames qui se promènent sourire aux lèvres, un homme au visage dissimulé derrière la fumée de sa cigarette, des habitués du bistrot, des routes sur lesquelles on file à toute allure entre deux sites industriels. Mais il y a aussi des regards d’enfants et de jeunes gens. Des regards clairs, francs, directs qui semblent déjà écrire l’avenir. Et puis il y a ces terrils qui fascinent le photographe et qu’il escalade à chaque nouvelle visite de la région. « Dès ma première visite, je sentis que je devais monter sur ces sommets et ce rituel n’a jamais changé depuis lors » explique-t-il. C’est de là, sans doute, qu’il a réalisé cette image qui apparaît vers la fin de l’ouvrage. Au premier plan, occupant les deux tiers de l’espace, un sol noir et grumeleux. A l’horizon, les lumières de la ville, floues mais éblouissantes. Comme ces milliers d’étincelles voletant autour d’un ouvrier sur l’image suivante et le feu d’artifice explosant au-dessus de la cité qui clôt le parcours, comme une vision de lendemains qui chantent.

Jusqu’au 6 décembre au Musée de la photographie, 11 avenue Paul Pastur, Charleroi (Mont-sur-Marchienne). Infos : 071-43.58.10, www.museephoto.be. « Charleroi. Il est clair que le gris est noir mais Charleroi sera blanc, un jour », photographies et texte de Stephan Vanfleteren, éditions Hannibal, 256 p., 35 euros.

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