Pierre-Yves Jeholet (MR): «Marre des effets d’annonce du CDH!»

Le chef de groupe MR au parlement wallon réclame un large débat sur l’efficacité des transports en commun. Et propose un plan en quatre points.

Cheffe adjointe du service Politique Temps de lecture: 5 min

ENTRETIEN

Lundi, la commission Mobilité du parlement wallon devait examiner une proposition de résolution de députés CDH, demandant au ministre… CDH de la Mobilité, Carlo Di Antonio, de responsabiliser (comprenez : sanctionner) les responsables de grèves sauvages dans les transports en commun. « Faute de temps », officiellement, le débat a été reporté à quinzaine. Mais le MR ne croit pas à l’excuse temporelle : il voit plutôt dans ce report la preuve d’une bisbille entre partenaires PS et CDH de la majorité, le premier ne voulant pas du texte du second et ayant fait pression pour retarder le débat…

Le chef de groupe libéral à Namur en a marre : il réclame un large débat sur les TEC, son parti proposant un plan en quatre points pour réformer la société de transports. Mais avant de le détailler, il s’en prend vertement aux humanistes.

Le report du débat, lundi, en commission, vous a manifestement énervé…

Parce qu’il s’inscrit dans un contexte politique plus large, celui des effets d’annonce du CDH et de ministres CDH qui roulent un peu des mécaniques dans différents dossiers (privatisation des zonings, des autoroutes, des maisons de repos…), profitant peut-être d’un coup de mou du PS pour se « déscotcher ». Et quand on regarde le nombre de dossiers sur lesquels PS et CDH s’opposent : CoDT (Code du développement territorial), éoliennes, primes énergies, garantie locative… Il y a juste un volet sur lequel ils s’entendent : l’attribution des fonds Feder, pour le saupoudrage de la manne entre amis et la politisation des dossiers !

Vous y allez fort contre le CDH…

Car le CDH fait de grandes déclarations, puis se dégonfle ! C’était le cas lundi, sur la sanction des grèves sauvages, mais ce n’est pas la première fois ! Voici dix ans, André Antoine (alors ministre des Transports) promettait déjà, dans une interview, la mise en place d’un service minimum. Sous la précédente législature, Maxime Prévot déposait une proposition de décret en vue de la mise en place d’un service minimum… qui a été débattue en commission mais jamais votée en plénière. En septembre dernier, Carlo Di Antonio annonçait au « Soir » la mise en place d’un service minimum sanitaire ; sans suite. Et le mois dernier, après la grève sauvage à Charleroi où les grévistes ne savaient pas eux-mêmes pourquoi ils faisaient grève, Carlo Di Antonio a annoncé des sanctions plus lourdes pour les grèves sauvages. Depuis dix ans, il y a donc des annonces sans le moindre effet. Chaque fois le CDH se dégonfle et les Wallons sont toujours en attente d’un service de transports en commun de qualité.

Vous proposez quoi pour arriver à un service de transport en commun de qualité ?

Un plan en quatre axes. Un : garantir, dans le contrat de gestion des TEC, la continuité du service public, que l’on peut appeler service minimum. En prévoyant des sanctions contre les auteurs de grèves sauvages, car aujourd’hui, des sanctions sont prévues à l’égard des sociétés d’exploitation, pas des vrais responsables. Et je rappelle que 400 millions d’euros sont alloués chaque année au Groupe TEC. C’est aux TEC de garantir cette continuité du service. Le MR a déjà déposé une proposition en la matière ; elle a été débattue mais la majorité tergiverse.

Vous proposez des sanctions financières contre les chauffeurs ?

Oui, il faut faire en sorte que les chauffeurs soient sanctionnés financièrement. Car aujourd’hui, cela n’impacte que la société de gestion. En 2009, on a mis en place une amélioration du dialogue social, mais ce sont les grèves sauvages, sans préavis, qui posent le plus de problèmes et le dialogue social n’a pas eu de prise sur ces grèves-là. Il faut faire en sorte que les vrais responsables soient sanctionnés, financièrement ou aussi par la réduction du crédit d’heures pour les permanents syndicaux

Vous voulez aussi revoir la structure des TEC ?

Oui, c’est notre deuxième axe : fusionner les six structures actuelles (SRWT, TEC Liège-Verviers, TEC Namur-Luxembourg, TEC Brabant wallon, TEC Charleroi et TEC Hainaut). Cela permettrait des économies substantielles de gestion. Je rappelle qu’il y a aux TEC 85 administrateurs, 11 directeurs généraux, 6 directeurs financiers, 6 directeurs techniques, 7 directeurs d’exploitation… Tout cela pour 262 millions d’usagers. A Paris, pour 3 milliards d’usagers par an, la société a 27 administrateurs. Si on copiait à Paris le système wallon, ils auraient 973 administrateurs et 126 directeurs ! Nous déposerons cette proposition cette semaine.

Et vos deux derniers axes ?

Objectiver les nominations des dirigeants des TEC. Nous déposerons aujourd’hui une proposition de décret pour que la procédure de nomination passe par le Selor et que l’on désigne des candidats ayant obtenu le certificat de management public –- aujourd’hui, c’est le CA de la SRWT qui décide et, in fine, le gouvernement wallon. Enfin : augmenter l’efficacité des TEC par un plus grand recours aux services privés, que l’on appelle les loueurs. Aujourd’hui, 35 % des transports sont organisés par des loueurs, par exemple des navettes dans les zones rurales. Et ils sont 30 % moins cher en coût d’exploitation, plus flexibles – il n’y a jamais de grève sauvage –, et ont une réactivité plus grande par rapport aux changements. Nous voulons une concession accrue au privé. Nous déposerons une proposition en ce sens cette semaine.

Vous réclamez donc un débat global, et une large refonte des TEC

Il faut débattre, sans tabou, de l’efficacité des transports en commun. Il est trop facile de faire des effets d’annonce puis de se dégonfler. Nous demandons d’aller beaucoup plus loin que des intentions. Le MR pousse, mais pour le moment il n’a pas beaucoup d’alliés…

 

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