Wallonie: l’environnement en convalescence précaire

Etat de l’environnement en Wallonie. Quelques paramètres se redressent lentement. Très lentement.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 7 min

Un frémissement ? La dernière compilation des indicateurs wallons de l’environnement à laquelle Le Soir a eu accès, semble montrer un lent rétablissement dans certains secteurs. Peut-on oser parler de redressement ? Les optimistes (béats ?) noteront une lente amélioration de la qualité de l’eau, relèveront que la plupart des polluants sont en diminution, que les gaz à effet de serre ont fléchi, que les taux de collecte sélective des déchets sont à la hausse, de même que la production bio… Les pessimistes (grincheux ?) rétorqueront que la biodiversité est en lambeaux, que la route aspire toujours autant de camions et d’autos, que le territoire se mite lentement mais sûrement, que les sols s’érodent, que la consommation d’énergie reste trop élevée, que le grand gibier menace les forêts wallonnes…

Malgré cette « dynamique d’amélioration enclenchée et entretenue ces dernières années », il reste beaucoup de points rouges dans ce rapport qui sera présenté ce 4 juin à Bruxelles. Il reste encore « des marges de progression » notent, diplomatiquement, les auteurs, manifestement priés de mentionner les intentions de l’actuel gouvernement.

Que conclure de cet instructif exercice (on attend toujours le rapport bruxellois…) ? Que la Wallonie paie toujours et paiera longtemps le passif des politiques du passé. Trop souvent on a pris des décisions en restant aveugle à leur impact sur l’environnement, donc sur la qualité de la vie et le bien-être des habitants. Mais que lorsqu’elles existent, les législations peuvent infléchir les tendances négatives (progrès manifestes dans l’épuration des eaux, meilleure maîtrise de l’azote, amélioration des pratiques agricoles, diminution des polluants dans l’air, subventions au renouvelables et au bio…).

On doit à la vérité de dire que tout n’est pas venu d’une subite prise de conscience wallonne : l’Europe force la Région à se mettre en ordre, la crise économique a causé la fermeture d’unités polluantes… Bref, si amélioration il y a, on ne peut encore affirmer qu’elle est durable. Mais le rapport wallon montre qu’en matière d’environnement, le politique doit anticiper, comprendre et prendre les problèmes à la racine sous peine d’être condamné à en éponger les conséquences à coup de milliards. Ça, ce n’est pas encore garanti.

http://etat.environnement.wallonie.be

Moins bien : un territoire sous haute pression

C’est une tendance lourde contre laquelle les autorités ont manifestement peu de prise. Ou serait-ce qu’elles n’en n’ont pas la volonté ? En tout cas, on ne peut invoquer la méconnaissance : en 2006 déjà, le premier rapport sur l’état de l’environnement posait le constat et alertait. Le territoire de la Wallonie est lentement, mais sûrement grignoté par l’urbanisation et de plus en plus « bétonné ». Les terrains artificialisés, +37,6 % en 28 ans, représentaient au moins 10,3 % du territoire en 2013. Cette évolution, se fait au détriment des terrains agricoles qui perdent Chaque année, 19 km2, soit 2.600 terrains de football. Cela « ne tend pas vers l’objectif de développement territorial durable ni vers le principe d’utilisation rationnelle des territoires et des ressources », dit le rapport. Cette évolution résulte essentiellement de l’expansion du résidentiel, dont la superficie est passée de 723 km2 à 1.042 km2 (+44,2 %). Mais aussi du fait qu’entre 1990 et 2013 la superficie résidentielle moyenne par habitant a augmenté de 23 %, passant de 238 m2 à 293 m2/hab. L’actuel gouvernement wallon veut limiter l’artificialisation à 12 km2/an d’ici 2020 et à 9 km2/an d’ici 2040. Possible alors que le nouveau Plan Marshall 4.0 promet la « mobilisation » du territoire pour le développement économique avec zonings, ports, sites en reconversion ou hall relais agricoles ? Les arbitrages seront délicats.

Outre l’imperméabilisation des sols et la fragmentation du territoire, le corollaire de l’étalement urbain, c’est le boom du transport routier. Celui des marchandises progresse au détriment du train et de la voie fluviale qui stagne. « Très peu d’évolution favorable » pour le transport de personnes : les Wallons se déplacent plus (+39 % entre 1990 et 2011) et par la route. En 2011, huit déplacements sur 10 ont emprunté un véhicule particulier.

Pas de quoi se réjouir non plus pour la biodiversité : 36 types d’habitats sur les 41 que compte la Wallonie continentale sont dans un état « défavorable ». 36 % des feuillus, 31,1 % des résineux sont défoliés. 31 % des espèces animales et végétales sont menacées de disparition, 28 de 75 espèces suivies d’oiseaux communs sont en déclin. La superficie de réserves naturelles est insuffisante, même si elle augmente. Et il faudra encore attendre quelques mois avant la finalisation du réseau Natura 2000.

Stable : agriculture et eau, doubles visages

Dans une vaste analyse, il y a souvent des raisons de se réjouir et de dramatiser. Et de nuancer. Ainsi en va-t-il du double visage de l’agriculture. Côté pile, une progression remarquable du bio. En 25 ans, le nombre d’exploitations a été multiplié par 32 : 1.195 en 2013, soit 9,3 % du nombre total d’exploitations. Les superficies concernées ont été multipliées par 98,5 : 57.427 ha en 2013, 8 % de la superficie agricole utilisée, contre 5,7 % en moyenne européenne en 2012.

Côté face, les pratiques industrielles sont loin d’avoir disparu dans l’agriculture « traditionnelle ». Alors que 90 % des superficies agricoles sont déjà en carence en matières organiques, on constate une augmentation des cultures de racines et de tubercules ensemencées au printemps. Ce sont les plus lourdes pour l’environnement : durée de protection du sol par le couvert végétal plus courte, conditions de récolte souvent moins favorables pour l’état du sol, besoins en intrants (engrais et produits phytosanitaires) qui peuvent être « conséquents ». Les cultures de pommes de terre ont progressé de 64 ha/an, celles de cultures fourragères comme le maïs de 779 ha/an.

Mais les pratiques agricoles sont plus raisonnées : même si les quantités d’azote minéral appliquées sur les sols agricoles wallons sont presque deux fois plus que la moyenne européenne, elles sont en diminution « laissant entrevoir un déstockage progressif du surplus d’azote présent dans les sols ». L’utilisation des pesticides est dans la moyenne européenne ; 90 % des principales substances actives sont utilisées dans le domaine agricole. Les quantités totales consommées présentent une tendance à la baisse « particulièrement marquée » entre 2005 et 2010.

Bilan mitigé aussi pour les eaux : 57 % des masses d’eau de surface et 40 % des masses d’eau souterraines globalement « pas en bon état ». C’est surtout le cas dans le bassin de l’Escaut et des sous-bassins mosans (Sambre, Vesdre, Meuse aval) où « la situation est difficile à améliorer ». On constate une lente évolution favorable sur les teneurs en nitrate. Le taux d’épuration progresse. Heureusement : des concentrations mesurables de pesticides sont toujours détectées dans 2/3 des sites de contrôle de la qualité des eaux souterraines.

Mieux : des progrès qui restent à confirmer

Il y a du mieux dans l’air wallon. Comme ailleurs, les concentrations des principaux polluants sont en diminution : dioxyde de soufre, oxydes d’azote, ammoniac… Les rejets de particules fines ont chuté d’environ 40 % entre 2000 et 2012. Mais il y a encore des dépassements des normes et les rejets ont augmenté dans le secteur résidentiel. Les mesures des particules les plus fines (PM2.5) restent insuffisantes.

De quoi se réjouir également devant le tableau des émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, etc.). Elles ont diminué de 34,2 % entre 1990 et 2012, même si les émissions par habitant sont supérieures à la moyenne européenne : 10,1 teq (tonne équivalent CO2) par Wallon contre 9.0 teq. La Région est en bonne voie, même si elle doit cette bonne mine à la crise économique et à la fermeture d’outils industriels très polluants. Reste que le respect des engagements pour 2020 « nécessitera des mesures supplémentaires dans les secteurs du transport et du résidentiel ».

Le bulletin wallon en matière d’énergies renouvelables est également honorable : 13,9 % de la consommation finale en 2012, même si les énergies fossiles (pétrole, gaz) monopolisent encore 70 % de la consommation finale. Celle-ci est en baisse dans le résidentiel, mais elle augmente dans le transport et le tertiaire.

Satisfaction aussi pour le secteur des déchets. En 2012, les quantités de déchets municipaux collectés en Wallonie représentaient 460 kg/hab, soit 7 % de moins que la moyenne européenne (492 kg/hab). Depuis 1997, les quantités d’ordures ménagères collectées ont diminué de 21 %. D’un autre côté, les collectes de déchets verts, d’électroménagers et autres encombrants ont progressé de 91 % pour atteindre 169 kg/hab en 2012. Preuve que les Wallons utilisent de plus en plus les parcs à conteneurs pour se débarrasser de ces déchets. Mais l’objectif du dernier Plan wallon des déchets (PWD) à l’horizon 2010, soit générer moins de 383 kg/hab de déchets municipaux, est loin d’être atteint. On produit toujours trop de déchets en Wallonie. Et des progrès dans les collectes sélectives sont encore possibles pour les déchets organiques (taux de collecte inférieur à 20 %) et dans les textiles (mois de 45 % de collecte).

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une