Jean-Marc Vandenbroucke: «Les politiques font du tort aux TEC»

Le directeur général des bus wallons dénonce les « déclarations matamoresques » des politiques sur le dos de son entreprise. Il ne mâche pas ses mots. Entretien.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Dans Le Soir de mercredi, Pierre-Yves Jeholet (MR) dénonçait l’attitude du CDH à propos d’un « non-débat » parlementaire sur les grèves aux TEC. Il en profitait à nouveau pour critiquer le fonctionnement de la société de transport en commun et pour émettre de nouvelles propositions à propos des arrêts de travail sauvages et de l’organisation de l’entreprise, fustigeant au passage l’inaction de la majorité PS-CDH. De quoi faire sortir de ses gonds Jean-Marc Vandenbroucke, directeur général des TEC.

A lire: Pierre-Yves Jeholet (MR) : « Marre des effets d’annonce du CDH ! »

Ce n’est pas la première polémique autour des TEC. Pourquoi réagir cette fois ?

Je ne veux pas m’immiscer dans le débat politique. Les TEC ne sont pas l’enjeu réel de ces polémiques. Celles-ci relèvent du positionnement politique majorité contre opposition. Mais je regrette que notre entreprise soit victime de ces combats de coq. Tout cela nous fait du tort. Ces joutes se pratiquent sur notre dos. Nous valons mieux que cela : être une toile de fond à des querelles entre partis.

Pourquoi tant de passion autour de cette société ?

Nous avons bien sûr nos défauts, je souhaite qu’on en parle. Mais j’assiste à des échanges qui sont l’inverse du débat de fond que notre entreprise et notre métier méritent. Je sais bien sûr que toute polémique sur les bus a une grande résonance dans l’opinion et que cela compte pour des élus. Mais du coup, il devient difficile d’avoir une discussion objective. Cela devient caricatural. Avec une motion comme celle du CDH et la réplique du MR, on est dans les effets de manche.

Mais de vraies questions sont soulevées : les grèves sauvages…

Parlons-en : elles sont en forte diminution d’année en année… Cela reste un vrai sujet de discussion, je suis d’accord. Mais ne pensez-vous pas que ces bons résultats sont d’abord le fruit d’un dialogue de qualité entre l’entreprise et les syndicats ? Il est question de sanctions individuelles, d’inscrire celles-ci dans le contrat de gestion entre la société et le gouvernement. Absurde : pour régler ce problème, il faut une solution paritaire, négociée en interne. Le dialogue social a atteint un haut niveau de maturité chez nous. C’est très éloigné des déclarations matamoresques encore entendues ces derniers jours !

Le MR a mis à nouveau la question des structures sur la table. Pierre-Yves Jeholet réclame la fusion des six entités qui composent la société…

On revient toujours avec cette comparaison ridicule entre le nombre de dirigeants des TEC et celui de la RATP, qui transporte plus de dix fois plus de personnes par an à Paris. Je dis à M. Jeholet qu’à ce train-là, sa commune de 17.000 habitants est dirigée par 33 élus et que Paris devrait donc compter un maire, 909 adjoints au maire et 3.243 conseillers pour administrer 2,4 millions d’habitants. Arrêtons, s’il vous plaît, ces attaques gratuites et non argumentées…

Donc pas de fusion ?

Non ! Les TEC doivent fournir un service de proximité, à la dimension des bassins de vie qui ont chacun leurs particularités. Pour réaliser l’intégration au sein du groupe et mener des économies d’échelle, une structure qui couvre tout le territoire s’impose. Mais pour l’exploitation, je plaide toujours pour le principe de subsidiarité. Nous avons trouvé le bon équilibre. En Flandre, De Lijn est plus centralisé, mais je note que des voix s’élèvent pour que les communes disposent d’un pouvoir de décision plus large pour l’organisation des services. Qui dit cela ? Le bourgmestre de Malines, Bart Somers, un libéral…

Dans six mois, vous partirez en retraite. Pierre-Yves Jeholet réclame une objectivation des nominations à la tête des TEC. Fait-il allusion à votre succession ?

Son discours est général, mais je ne le comprends pas : depuis 2012, la procédure est très rigoureuse. Je le dis à l’aise : dans le passé, ce n’était pas le cas… Aujourd’hui, pour ma succession, c’est un jury qui est en charge de la procédure : il est présidé par un académique et est composé de deux personnalités du monde de l’entreprise et d’un représentant des quatre partis politiques. Il remettra une liste de trois noms au gouvernement, qui fera son choix. Je lis aussi que la procédure devrait s’appuyer sur le Selor et que le lauréat devrait disposer du certificat de management public. Mais quelle erreur, là encore ! Nous sommes une entreprise, certes publique, mais une entreprise, pas une administration.

Tous partis confondus mais dans des sens divers évidemment, la question du service minimum revient souvent dans l’actualité. Enervé, là aussi ?

Oui, et pourtant je ne suis pas un râleur… Mais je vois que le gouvernement fédéral envisage d’y travailler pour la SNCB : que l’on mette cette solution en œuvre et nous y serons attentifs ! Plus sérieusement : sur ce sujet aussi, les politiques wallons utilisent les TEC comme prétexte à leurs batailles. L’entreprise et ses travailleurs valent mieux que cela. C’est contre-productif. Je refuse que la société que je dirige soit l’otage ou le terrain de jeu de ces querelles.

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