Visa pour la Flandre: «Eux à propos de nous, nous à propos d’eux»

Notre éditorialiste en chef s’est rendu à la première réunion annuelle d’« Orde van den Prins », alors que l’association qui promeut la culture néerlandophone invitait des francophones.

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A micitia en tolerantia. C’est la devise d’une société apolitique et pluraliste, qui répond au nom de « Orde van den Prins ». Elle compte 3.000 membres et a pour objet le renforcement des intérêts et du rayonnement de la langue et de la culture néerlandophone, au travers de sections locales. La Flandre regorge ainsi d’associations qui mettent en valeur le patrimoine, la langue, l’histoire de la Flandre, et dont on ne sait jamais vraiment, si les participants sont un peu, pas du tout ou très flamingants.

Samedi, la régionale Brabant flamand de l’Orde osait une première pour sa réunion annuelle à Woluwe-Saint-Lambert, en invitant des francophones parmi les orateurs de la journée, dont la ministre de la culture Joëlle Milquet. Le sujet rendait la chose incontournable : « Zij over ons, en wij over hen », « Eux à propos de nous et nous à propos d’eux. »

À l’origine de la thématique, nous précisait André Decraene, le responsable de la section Zaventem, l’accord formel de coopération récemment signé entre la Communauté flamande et la Communauté française (Fédération Wallonie-Bruxelles). « Cela semble surtout être des déclarations d’intentions. Il existe bien des formes de collaboration sur le terrain, comme à Bozar ou entre le KVS et le Théâtre National à Bruxelles, mais il existe peu de choses entre la Flandre et la Wallonie. » Et d’ajouter : « Cela a sans aucun doute beaucoup à voir avec le passé, les francophones et les néerlandophones se regardent encore trop en fonction des clichés du passé, alors que les données – politiques, économiques et sociales – ont depuis longtemps changé. Le temps est venu, non de construire de nouveaux murs, mais de démolir les existants – zij over ons en wij over hen. Nous voulons, comme Orde, voir en quoi nous pouvons y contribuer vers nos compatriotes francophones, comme vers notre propre Communauté.  »

Des déclarations d’intentions, l’accord de coopération culturelle entre les deux Communautés ? Le ministre de la culture flamand, Sven Gatz (Open VLD) précise à l’assemblée sa volonté ainsi que celle de Joëlle Milquet (qui s’est fait représenter par Julie de Groote), qu’il n’en soit rien. Il dit l’ambition de leur duo de donner à ce « papier » signé par leurs prédécesseurs, Joke Schauvliege et Fadila Laanan, du contenu concret dont une somme d’argent – modeste, il le reconnaît – mais récurrente. Les projets ? Un festival de culture digitale à l’automne à Bruxelles à Flagey et la contribution de la Communauté flamande à la renaissance du Palace, un lieu bruxellois dédié au cinéma belge. Un appel à projets communs Flandre-Wallonie, sur le modèle du « Beste Buren » qui existe entre les Pays-Bas et la Flandre, a été lancé. Le ministre précise qu’une réunion de travail réunira par ailleurs tous les trois mois leur duo de ministres de la culture avec le fédéral Reynders et le bruxellois Vervoort.

Julie de Groote salue ces évolutions récentes, dont elle souligne l’urgence pour Bruxelles : « On a rendu la vie difficile aux initiatives communes, comme le KunstenFestivaldesArts ou la Zinneke, qui doit tenir deux comptabilités ! A une époque, les réunions entre les deux commissions culturelles bruxelloises étaient interdites par les règlements. Pour les tenir, nous avons dû nous « cacher ». »

Julie de Groote l’affirme au public du jour : « Ce que MM. Gatz et Milquet font, ce n’est pas rien. » Mais elle pose trois questions pour le futur : quelle est la place du fédéral dans cette culture à soutenir, celle des acteurs culturels communaux et celle de la Région bruxelloise qui « ruse aujourd’hui avec ses compétences » pour être active dans ce domaine, via le tourisme, notamment ? « A la place de construire des murs entre nos compétences exclusives, on pourrait travailler ensemble, comme pour le musée Citroën d’art contemporain ? »

Le cap pour l’accord culturel est mis d’abord sur Bruxelles, mais l’idée est d’ensuite aller vers la Flandre et la Wallonie, remarque Sven Gatz qui cite l’événement Fabre-Rops à Namur ou l’expo Vanfleteren à Charleroi. Paul Dujardin, patron de Bozar, résume lui un peu l’idée du moment pour les acteurs culturels : « On surfe tous car c’est compliqué. »

Le public est actif, pose des questions, interpelle. Une participante, française s’étonne : « Le mot Belgique n’a pas été prononcé, il me manque. N’auriez-vous plus cette fierté belge  ? » Une participante nous prend à part à la fin du débat : « Belge ? C’est quoi être belge ? Moi je me sens flamande et puis européenne. ». Mais elle nous serre la main et nous dit surtout merci d’être venus et de lui avoir fait découvrir « zij ».

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