«Fabriquer des PC ? IBM le faisait dans les années 80 !»

Jacques Platieau, CEO d’IBM pour la Belgique et le Luxembourg, connaît bien son groupe  et pour cause: il y a mené toute sa carrière et a donc connu toutes ses transformations. Car « Big Blue » a changé, au fil des ans. Si tout le monde se souvient des fameux ordinateurs IBM, l’entreprise américaine a depuis longtemps diversifié ses activités et laissé tomber les PC. Les « datas» sont désormais au centre de sa stratégie. Sa spécialité  ? Aider les entreprises a prendre le tournant du digital. Entretien.

Les derniers résultats d’IBM au niveau mondial étaient en demi-teinte... Que se passe-t-il ?

Nos revenus sont en légère diminution, mais sont restés conséquents. Simplement, tout ne va pas aussi vite qu’on l’aurait souhaité. Notre métier consiste à transformer une entreprise au niveau digital. Ce sont des adaptations parfois lourdes à réaliser.

IBM a connu beaucoup de mutations. Comment vous êtes-vous renouvelés au fil du temps ?

Nous sommes un vrai cas d’école ! IBM a fêté son centenaire il y a 4 ans… Il faut comprendre qu’aujourd’hui, ce qui nous caractérise, ce ne sont plus nos inventions ! Dans les années 60, nous étions reconnus pour nos « mainframes » (NDLR, serveurs centraux très puissants), dans les années 80 pour nos ordinateurs, aujourd’hui, pour nos solutions en entreprises. Concrètement, nous revoyons le business model et l’infrastructure IT des sociétés. IBM est l’intersection entre la technologie et le business.

Vous parlez de situation bénéficiaire confortable, vous fournissez des services à haute valeur ajoutée. Quelles sont vos marges ?

Aujourd’hui, nos marges mondiales sont de 10 à 15%.

Pas plus ?

Cela dépend des activités. Les marges de « software » ou « mainframes » se situent, par exemple, entre 25 et 30%.

Que représente l’Europe dans l’ensemble IBM, qui reste très américain, non ?

Sur les 13 sites d’IBM dans le monde, 2 sont installés en Europe. Mais le poids de l’Europe a forcément diminué ces dernières années.

Pourquoi « forcément » ?

Depuis 15 ans, la stratégie d’IBM est tournée vers les marchés émergents : l’Asie, l’Amérique du Sud, … Par définition, le poids relatif des autres zones géographiques a baissé. Les fluctuations de l’économie, comme la crise financière, ont également une influence. Mais l’Europe se rééquilibre aujourd’hui.

C’est assez rare d’entendre que l’Europe est sur la voie de la rédemption…

Nos contrats s’étalent au minimum sur 5 parfois sur 10 années ! Par définition, notre coussin d’activités est important et sécurise notre futur. Si, à côté de ce portefeuille de clients, l’économie reprend, même légèrement, cela se ressent directement dans nos chiffres.

Au niveau du « Belux », comment se porte IBM ?

Très bien. Nous avons défini de grands projets, avec le groupe Belfius, par exemple. D’ailleurs toutes les grandes banques et sociétés belges sont clientes chez nous. Ces partenariats de taille permettent à IBM Belux de focaliser des forces vives sur des sujets clés comme les solutions « cloud », la sécurisation des données, « l’analytic » ou encore la partie « social media ». En Belgique, nous nous sommes fait chantre des questions de sécurité.

Et si l’on devait traduire cela en chiffres ?

Nous ne sommes pas autorisés à donner nos chiffres par pays, mais IBM Belgique contribue de manière significative aux revenus globaux du groupe. Notre croissance était à deux chiffres en 2014 avec un chiffre d’affaires autour des 700 millions d’euros. Pour 2015, nous prévoyons de bons résultats, avec une croissance en deçà des 10% cependant.

Combien de personnes sont employées au niveau belge ?

Un peu moins de 2.000 personnes. L’effectif global en Belgique a été légèrement réduit ces dernières années (NDLR, plus ou moins 20% en 5 ans) mais il y eu des mouvements de personnel entre pays. Ces réductions en réalité, étaient presque naturelles. En Belgique, notre difficulté se situe au niveau de la pyramide des âges, avec une moyenne de plus de 45 ans chez nos employés. Nous misons donc beaucoup sur l’embauche de jeunes travailleurs. J’espère pouvoir engager d’ici la fin de l’année une petite centaine de jeunes, compensé par des départs naturels.

Avez-vous de grands projets sur la table au niveau belge ?

Nous sommes continuellement en discussion avec de gros acteurs, mais non, nous n’avons pas de grandes annonces en vue.

Vous avez signé il y a peu un accord avec Facebook. En quoi consiste-t-il ?

Tout comme avec Apple, SAP ou Twitter ! Le cœur de la transformation digitale d’une entreprise, ce sont les « datas ». Il y a 20 ans, les données des sociétés étaient extrêmement figées et limitées. Aujourd’hui, à ces données structurées, viennent s’ajouter toutes sortes d’informations non structurées en provenance du monde extérieur, comme celles véhiculées sur les réseaux sociaux. Ce sont des outils extrêmement utiles pour l’entreprise. Les utiliser, c’est le métier d’IBM.

IBM se sert donc dans les données personnelles que je sème un peu partout au quotidien ?

La sécurisation des données est ici centrale, bien sûr ! En simple, IBM a développé des outils analytiques qui permettent de traduire la masse d’informations présente sur les réseaux sociaux et de les transformer en services. Il faut penser aujourd’hui en B2I, « en business to individual ». Les gens souhaitent recevoir à tous les niveaux des services extrêmement personnalisés.

Vous développez également Watson, un programme d’intelligence artificielle. De quoi s’agit-il ?

Les ordinateurs que l’on connaît aujourd’hui arrivent à saturation par rapport à la quantité de données à traiter. Watson est la nouvelle génération d’ordinateurs  : il ne doit pas être programmé. Son fonctionnement est proche d’un cerveau humain. Watson parle l’anglais, mais très prochainement le français, l’espagnol, …

Concrètement, comment cela fonctionne ?

La machine interagit avec vous. Le champ d’application de cette technologie est très large. Prenons un exemple. Un médecin se trouve au milieu de l’Amazonie et fait face à un cas très compliqué. Il peut directement dialoguer avec Watson à propos de ce cas. Watson lui répondra sur base de toutes les données actuellement disponibles sur les symptômes du malade en question. Il faut comprendre que la fiabilité de ses réponses est au-delà de tout ce que l’on pourrait imaginer au niveau humain  ! Watson amasse continuellement des données.

Cela doit représenter un énorme travail humain en amont ?

Autour de cette technologie existe déjà tout un écosystème, de près de 4.000 start-up. Ces dernières peuvent se connecter gratuitement à Watson et développent toutes sortes d’applications. Dans quelques années, elles feront partie du quotidien. Imaginez les bouleversements que cela impliquera.