La multiplication d’El Nino pourrait perturber la sécurité alimentaire en Afrique

Dans un communiqué conjoint reçu à Nairobi, des scientifiques du Groupe consultatif sur la recherche agricole (CGIAR) ont prédit que d’ici 2050, les productions de maïs et de haricots en Afrique pourraient avoir diminué de 40 % en raison de l’augmentation des températures.

« À moins que les agriculteurs de régions comme l’Afrique subsaharienne ne soient en mesure de s’adapter à l’impact des changements climatiques, nous ne parviendrons pas au niveau de stabilité et de développement durable qui est absolument essentiel pour le succès des efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre », a déclaré James Kinyangi, chef de programme du CGIAR en Afrique de l’Est en charge des changements climatiques, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire (CCAFS).

Les changements climatiques constituent la plus importante menace qu’ait jamais connue l’agriculture moderne, a souligné M. Kinyangi.

Les scientifiques ont mis en garde que des réductions substantielles de la production de fourrage ainsi que des problèmes de chaleur pourraient réduire considérablement la productivité des élevages de bétail, dont des millions d’Africains dépendent pour assurer leur subsistance.

« Et parmi les 33 pêcheries les plus exposées aux dégâts des changements climatiques, 23 sont situées en Afrique », ont-ils observé.

Le directeur du CCAFS, Bruce Campbell, a également souligné que les mises en garde récentes sur l’impact potentiel d’El Nino constituaient une triste démonstration de la rapidité avec laquelle les phénomènes climatiques peuvent affecter la production et les prix de l’alimentation, en particulier dans des régions vulnérables comme l’Afrique subsaharienne.

« Les changements climatiques rendent déjà la production alimentaire plus difficile dans de nombreuses régions d’Afrique, a-t-il ajouté, de sorte que tout impact d’un phénomène d’El Nino, phénomènes qui peuvent se développer avec une augmentation de la température en surface d’à peine un degré au-dessus de la moyenne, pourrait encore intensifier ces problèmes. »

Un phénomène climatique récurrent

Le nom d’El Nino désigne l’apparition d’une zone de température chaude à la surface de l’eau dans l’est de l’océan Pacifique, au large des côtes du Pérou et de l’Équateur.

El Nino est un phénomène climatique récurrent. Il se produit tous les quatre à sept ans environ, et dure en général de 12 à 18 mois. Toutefois, les quatre derniers phénomènes d’El Nino, y compris celui qui se déroule actuellement, ont eu lieu à des intervalles de deux à trois ans seulement.

Depuis longtemps, les scientifiques ont exhorté les gouvernements à travers le monde à accorder plus d’attention à la connexion entre le changement climatique et l’agriculture, en faisant valoir que les activités agricoles et les changements associés d’utilisation des terres contribuent pour environ un quart des gaz à effet du monde.

Ils préconisent des efforts pour aider les agriculteurs à s’adapter aux défis posés par le changement climatique et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Au cours des dix dernières années, les discussions sur les questions agricoles ont fait peu de progrès lors ses pourparlers sur le climat. Grâce à des années d’appels de la part des experts de l’agriculture à accorder plus d’attention à l’agriculture, la question sera à l’ordre du jour au sommet de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) prévu pour décembre à Paris.

M. Kinyangi a révélé que ces questions comprennent la nécessité pour des systèmes d’alerte rapide et la planification d’urgence pour des événements météorologiques extrêmes pour aider les régions qui ont subi une crise alimentaire, comme le Sahel africain et la Corne de l’Afrique.

Afin de permettre au système d’alerte précoce de prendre véritablement effet, les scientifiques de CCAFS ont dit qu’il doit être couplé avec des efforts de communication efficaces, ainsi, les avertissements peuvent être reçus dans les terres arides et semi-arides de l’Afrique qui sont vulnérables à la sécheresse.

« Nous devons nous assurer que notre assistance technique puisse produire une réponse sur le terrain parce que nous avons vu des situations avant, y compris dans la Corne de l’Afrique, où il y avait un avertissement suffisant d’un brassage de crise alimentaire, mais un retard coûteux en temps de réponse », a déclaré Kevin Coffey, chercheur à l’Université de Columbia, qui a dirigé l’examen des systèmes d’alerte précoce de CCAFS.

Selon les scientifiques, le système d’alerte précoce couplé avec des plans d’actions précoces devraient être au centre de l’agenda de l’adaptation de l’Afrique concernant les effets du changement climatique sur l’agriculture, et ils devraient être pris en charge par des protocoles spécifiques et les sources de financement établies dans les accords.