Liège: la relance des coopératives

Aujourd’hui, le vaste entrepôt de la rue Dony est un espace mutualisé. Microfolie recycle du mobilier, les studios du Horla fabriquent des décors, Salta élabore des petits plats pour les festivals et autres événements. Un soudeur, un fabricant de textile ou encore une régie de sonorisation y ont leur atelier. L’entrepôt, une ancienne imprimerie, est dans son jus, peu adapté aux normes actuelles en matière de sécurité.

La bande de Liégeois qui loue le bâtiment s’est mis en tête de le racheter et de le rénover en constituant une société coopérative baptisée « Dynamo ». Dans un premier temps, elle a bénéficié d’une bourse de 12.500 euros de la Sowecsom (Société wallonne d’économie sociale marchande) pour valider la viabilité économique du projet. Et elle s’apprête à lever des fonds, dès la rentrée de septembre.

« Nous espérons vendre 400 parts de coopérateurs à 250 euros chacune », explique Marc Moura, un des initiateurs de Dynamo. Une fois la somme réunie, la Sowecsom s’engage à doubler la mise, soit un maximum de 100.000 euros pour les coopératives à finalité sociale. Baptisé « Brasero », ce nouvel outil de capitalisation publique est initié par le ministre de l’Economie Jean-Claude Marcourt qui a présenté le dispositif au sein de l’espace mutualisé de la rue Dony. Un outil à la fois ouvert au niveau des secteurs concernés et réduit à la philosophie des sociétés coopératives où les bénéfices sont réinvestis dans l’activité au travers d’un processus de décision démocratique (lire ci-contre).

« De petites entreprises familiales pourraient survivre sur base de ce modèle qui encourage les travailleurs à prendre leur destin en main. On n’est pas loin de l’autogestion !, estime Francis Gomez, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme. Cela peut également concerner les personnes au chômage qui pensent qu’il y a autre chose que les allocations pour s’en sortir et se prendre en main ».

La démarche de Dynamo dépasse l’entrepôt de la rue Dony. « Nous voulons aider d’autres groupes d’artistes ou d’entrepreneurs actifs dans la création à acquérir d’autres lieux de travail », explique Marc Moura. Le slogan de Dynamo est d’ailleurs « par les créateurs pour les créateurs ». « En mutualisant certains espaces, on parvient à faire baisser les charges individuelles et on favorise les rencontres ».

A l’heure où la Province et la Ville de Liège entendent créer un « pôle créatif » sur le site de Bavière grâce aux fonds européens, n’est-il pas plus pertinent et efficace de soutenir les initiatives autonomes ?

« Ici, on est plus dans le partage et la collaboration de ressources tandis que l’esprit d’un incubateur créatif tel qu’il sera développé à Bavière est destiné à une autre catégorie d’entrepreneurs créatifs plus axés sur le business », déclare Jean-Claude Marcourt. « Les deux sont complémentaires. Pour que Liège soit une ville créative, il faut les deux sinon certains créatifs iront voir ailleurs ».