Arnaud Feist (Brussels Airport): «Notre dividende passera les 100 millions d’euros pour 2014»

Arnaud Feist, le patron de Brussels Airport, est un homme pointilleux. Tant lorsqu’il s’agit de son apparence – il est, sur notre plateau, tiré à quatre épingles- que lorsqu’il doit aborder son secteur d’activité et ses (nombreux) enjeux. Entre vols de nuit, l’année record de Zaventem et les conflits avec son confrère régional, le CEO pose, avec habilité, ses cartes sur la table.

2014, une année excellente sur le plan des résultats… L’effet Ryanair ?

Une année exceptionnelle. Au niveau du nombre de passagers, mais aussi de notre chiffre d’affaires qui était de 500 millions d’euros en 2014. Il y a effectivement un effet Ryanair. La compagnie est arrivée à Zaventem fin février 2014 et a transporté un demi-million de passagers. Mais l’espagnol Vueling a aussi doublé ses activités chez nous. Et puis il y a Brussels Airlines qui a connu une belle croissance. Pour 2015, une croissance de 15 % des passagers également est au programme ?

Nous bénéficierons de l’effet année pleine de Ryanair qui n’a presté que 10 mois en 2014. Mais nous prévoyons un niveau de croissance plus raisonnable, de 4 à 5 %.

La barre des 25 millions de passagers va-t-elle être franchie prochainement ?

Dans les 2 à 3 ans.

Cela veut dire que le dividende va suivre ?

Le dividende sera plus élevé pour l’année 2014, il dépassera les 100 millions (NDLR, il était de 60 millions d’euros en 2013), en fonction de nos résultats. L’État belge possédant encore 25 % de Brussels Airport, c’est tout bénéfice pour lui.

La transition est trouvée : une bonne chose que l’État soit toujours votre actionnaire ?

Un aéroport est un actif stratégique pour un pays, il me semble donc logique que l’État ait encore une participation dans la société qui le gère. De notre point de vue, c’est très positif, car cela nous permet une balance entre actionnaires privés et intérêts publics. Nous sommes tout à fait demandeurs que l’État reste actionnaire.

Autre sujet mais toujours d’actualité, la panne chez Belgocontrol, vous l’avez comprise ?

Il s’agit d’un incident grave et d’une première dans le monde aérien belge. Un audit va être effectué, ce qui pour nous est indispensable. Il faut analyser les causes en profondeur.

On peut parler d’accident ou d’incompétence ?

Il est trop tôt pour le dire. Objectivement, ce qu’on lit dans la presse, que la prise au sol n’aurait pas été branchée, cela me paraît un peu simpliste.

Le téléphone a dû chauffer ce jour-là…

Oui ! Nous nous sommes retrouvés avec 25.000 personnes bloquées à l’aéroport, sans savoir si la panne allait durer une heure ou deux jours.

N’y a-t-il pas toujours un plan B voire un plan C pour empêcher une panne…

Le problème est qu’ici, c’est le système de secours qui a déraillé et qui a fait sauter le système principal ! C’est le pire scénario. Un autre système d’urgence a heureusement permis d’évacuer le ciel belge très rapidement.

Cela se terminera en justice ?

Il y a effectivement certaines compagnies aériennes ou associations qui réfléchissent à porter plainte contre Belgocontrol. Elles ont perdu pas mal d’argent. Nous ne comptons pas porter plainte de notre côté, mais nous voulons la garantie que cela ne se reproduise plus.

Vous aviez déclaré : « La concurrence est faussée entre Charleroi et Bruxelles ». Vous regrettez ces propos ?

Non. Je persiste et je signe. Il y a une concurrence faussée. D’ailleurs, la Commission européenne a déclaré qu’une partie des subsides touchés par l’aéroport de Charleroi(NDLR, BSCA, Brussels South Charleroi Airport) ne sont pas compatibles avec le droit européen.

L’affaire est plus complexe…

C’est la réalité des choses. Notre objectif n’était pas de tuer Charleroi. Simplement, l’aéroport reçoit aujourd’hui environ 6,5 millions de passagers, ce n’est plus un petit aéroport régional. Il doit donc être soumis aux mêmes conditions que Brussels Airport. Nous ne recevons pas de subsides ni du fédéral, ni du régional, ni de qui que ce soit.

Il va donc y avoir du changement à ce niveau ?

Oui. Charleroi a dû revoir le loyer qu’il paie à la Région wallonne pour les infrastructures aéroportuaires qui sont mises à sa disposition. Il était de 3 millions, la Commission l’a fixé à 15 ! La question est de savoir si le BSCA arrivera à répercuter cette hausse de coûts sur les compagnies aériennes. Est-ce que Ryanair sera prêt à payer 2 euros par passager au lieu de 1 euro ?

Et chez vous, Ryanair paie combien par passager ?

28 euros ! Il y a donc moyen de trouver un juste prix à payer par les compagnies.

Vous ne passerez pas vos vacances avec le patron du BSCA, Jean-Jacques Cloquet…

Nous nous entendons très bien même s’il y a quelques points sur lesquels nous ne sommes pas d’accord.

Parlons des vols de nuit. Comment concilier intérêt populaire et développement économique ?

Nous voulons une approche équilibrée qui combine les intérêts économiques de l’aéroport, ceux des centaines de compagnies aériennes et des sociétés qui y sont attachées et ceux des riverains. Tenir compte de l’environnement est une priorité aussi. Mais le débat doit s’inscrire dans une perspective plus large. En 2000, il y avait 326.000 vols par an. Aujourd’hui, nous en sommes à 230.000, il s’agit d’une diminution de 30 %.

Mais les avions sont plus grands et mieux remplis qu’il y a 15 ans…

En valeur absolue, le nombre de vols a diminué de 30 % ! Désormais, on juge cela inacceptable mais quelle est l’étape suivante ? Est-ce que l’on veut garder cet aéroport opérationnel là où il est ? Cette évolution m’inquiète…

Le jeu politique, voir communautaire, ne complique-t-il pas la donne ?

Dans beaucoup d’aéroports, on discute du problème sonore, ce qui est déjà en soit assez complexe. Mais en Belgique, le communautaire vient encore compliquer la donne. Je plaide depuis un certain temps pour que des experts internationaux objectivent la problématique et viennent avec des propositions qui ne seront ni néerlandophones, ni francophones.

Une solution est-elle possible ?

Oui. Mais il faut une discussion franche et ouverte sur ce que l’on veut faire de l’aéroport dans les prochaines années.

Le projet d’extension de l’aéroport est important… Les vols de nuit n’arrivent-ils pas à la limite légale ?

Le cadre légal fixe 16.000 vols de nuit par an. En 2015, ce plafond sera atteint. Mais encore une fois, en 2007, nous opérions 25.000 vols de nuit. Pour l’instant, une augmentation n’est pas à l’ordre du jour. Une croissance de 2 à 3 % par an en nombre de passagers ne veut pas dire une augmentation en nombres de vols, nos avions sont plus grands et mieux remplis. Même d’ici 20 à 25 ans, je ne pense pas que nous arriverons au-dessus du niveau de 2000. Il ne faut donc pas paniquer.

Que représentera le projet d’extension au niveau de l’emploi ?

Pour l’instant, il y a 20.000 emplois directs et 40.000 emplois indirects à l’aéroport. A l’horizon 2040, l’emploi devrait avoir doublé. De notre point de vue, c’est une opportunité pour la région bruxelloise.

Vous avez donc des difficultés à comprendre les associations de riverains ?

Il ne faut pas faire d’amalgame entre les différentes associations. Certaines sont tout à fait conscientes des priorités pour l’aéroport et demandent un aménagement, ce que je peux tout à fait comprendre. Emploi et santé des riverains ne s’opposent pas nécessairement !

Au niveau des routes, quelle est la solution la plus réaliste ?

Je préfère ne pas me prononcer, c’est une prérogative du fédéral. Il faut tenir compte des densités de population si possible en évitant les préoccupations communautaires.