Le «Kazakhgate» repasse à nouveau par la Belgique: Georges Forrest est mouillé

L’enquête parisienne s’intéresse au rôle du milliardaire belge.

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L’enquête menée à Paris sur les conditions dans lesquelles la France obtint, en 2011, un marché de deux milliards d’euros au Kazakhstan – un contrat portant sur la vente de 45 hélicoptères et de deux satellites fabriqués par Airbus Group – avait déjà charrié le nom de Patokh Chodiev, l’oligarque kazakh naturalisé belge, et celui de son avocat, Armand De Decker, ancien président MR du Sénat. Leurs investigations auraient amené ces jours-ci les enquêteurs français à s’intéresser à un troisième ressortissant belge. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agirait, selon le site français Mediapart, du très controversé Georges Forrest, 75 ans, dont le groupe Forrest International s’est taillé un véritable empire minier en Afrique, et plus singulièrement au Congo où il est présent dans des activités aussi diverses que les mines, les cimenteries, l’agroalimentaire et le secteur bancaire.

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Une enquête pour « corruption d’agents étrangers » et « blanchiment en bande » a été confiée aux juges d’instruction parisiens René Grouman et Roger Le Loire qui tentent depuis deux ans de faire la lumière sur ce dossier que la presse a rebaptisé « le Kazakhgate ».

« L’usine à gaz de Sarko »

Pour obtenir la vente des hélicos et des satellites français au Kazakhstan, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a-t-il promis d’aider Patokh Chodiev, un proche du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, dans ses démêlés avec la justice belge – Chodiev faisait alors l’objet de plusieurs inculpations dans l’affaire Tractebel ? Et l’entourage de Sarkozy a-t-il à cette fin monté une « usine à gaz », mobilisant avocats et hommes d’influence, pour faire voter au pas de charge, un texte de loi élargissant la portée de la transaction pénale, cette disposition qui permet d’échapper aux poursuites pénales par le versement d’une somme négociée ?

Selon ce scénario, le Sarko aurait obtenu des deux chambres belges le vote accéléré d’une loi qui aurait permis à Chodiev de se tirer d’affaire en s’acquittant d’une amende de 25 millions d’euros dont le montant fut négocié avec le parquet de Bruxelles. Et à Sarko de vendre ses hélicos. C’est dans ce contexte qu’il fut abondamment question d’une somme de 734.346 euros versée à Armand De Decker par un bureau d’avocat niçois, celui de Me Catherine Degoul qui défendait alors les intérêts de Chodiev en Belgique.

« Des honoraires », a dit De Decker

L’ancien président du sénat a formellement nié avoir jamais hâté de quelque façon que ce soit le vote de cette loi qui servait si bien les intérêts convergents de Chodiev et de la France. Son nom, c’est un fait, n’apparaît nulle part dans le processus législatif. Cette somme de 734.346 euros ? « Des honoraires », dit-il : De Decker est l’avocat de Chodiev et il ne nie pas être intervenu, à ce titre, comme « conseiller stratégique » auprès de son client – les enquêteurs n’auraient toutefois trouvé aucune trace de ces honoraires dans la comptabilité du cabinet de Me Degoul qui, dans le cadre de cette enquête, a été mise en examen « pour corruption active d’agent public étranger et blanchiment en utilisant des facilités procurées par son activité professionnelle ».

« Des honoraires », dit Etienne des Rosaies

Et Georges Forrest, dans tout ça ? C’est nouveau. Selon Mediapart, Tracfin, l’office antiblanchiment du ministère français des Finances, aurait repéré divers versements que Georges Forrest aurait effectués en faveur de Jean-François Etienne des Rosaies, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Or, à l’époque, écrit Mediapart, Etienne des Rosaies était l’homme désigné par l’Elysée pour superviser « l’opération ‘Il faut sauver le soldat Chodiev’» dans le contexte décrit ci-avant.

L’enquête avait déjà pu déterminer que l’ex-conseiller avait perçu une somme de 800.000 euros, versée par un proche de l’avocate Catherine Degoul. Forrest, lui, aurait versé à Etienne des Rosaies un total de 95.000 euros en plusieurs versements effectués entre novembre 2013 et avril 2014.

A quelles fins ? « Des honoraires », répond lui aussi Me Pierre Kopp, l’avocat d’Etienne des Rosaies, interrogé à ce propos par Mediapart. Rien à voir avec le « Kazakhgate »  : GB Conseil, la boîte de comm’ de son client, aurait loué plusieurs fois ses services à Georges Forrest, notamment pour la rédaction de son dossier de candidature lorsqu’il sollicita (vainement) son anoblissement en Belgique.

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Entre connaissances

Les enquêteurs, eux, cherchent à savoir si ces versements ne sont pas liés au fameux dossier kazakh. Parce qu’ils n’ignorent rien, bien sûr, des liens qui existent entre les deux « rois des mines », Georges Forrest et Patokh Chodiev dont le groupe, ENRC, est le premier opérateur minier du Kazakhstan. Et parce qu’ils s’interrogent aussi sur les liens de ces deux-là avec Patrick Balkany, député-maire (Les Républicains, nouvelle appellation de l’UMP) de Levallois, ami de Nicolas Sarkozy « qui joue volontiers les entremetteurs », selon Mediapart.

Le site rappelle notamment que ses liens avec Forrest avaient, par le passé, contribué à la mise en examen de Balkany pour « corruption » et « blanchiment de fraude fiscale ». « Devant le juge Renaud Van Ruymbeke, qui enquêtait sur l’origine de la fortune des Balkany, George Forrest avait reconnu avoir versé une commission de 5 millions de dollars en 2009 au député-maire sur un compte à Singapour, en rapport avec le rachat d’une société minière en Namibie. »

 

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