Waterloo: une reconstitution enfin impériale

De la bataille, de la vraie. Cette fois, le public y était. Le compte rendu de la soirée de samedi.

Journaliste de la cellule wallonne Temps de lecture: 4 min

Une minute de silence pour les plus de 40.000 personnes qui ont été tuées ou blessées pendant la bataille, ainsi que pour le reconstitueur canadien décédé d’infarctus dans la nuit de jeudi à vendredi. Belle initiative des organisateurs à l’entame de cette deuxième reconstitution vraiment impériale, intitulée « La riposte alliée », à laquelle quelque 68.000 spectateurs ont pris part ce samedi soir dans la plaine de Plancenoit, sur les lieux mêmes où s’est déroulée une partie des combats il y a deux cent ans.

Le premier coup de canon démarre sous la musique de Mercy in Darkness (miséricorde dans l’obscurité). Des volutes de fumée s’envolent dans le ciel à la manière des fumeurs de cigare. Amélioration notable par rapport à l’édition de vendredi soir. Cette fois, dix minutes avant la reconstitution, les troupes étaient déjà sur le terrain. Et fortement acclamées par le public, surtout quand Napoléon était venu se présenter à eux. Les troupes napoléoniennes sont également beaucoup plus proches de la cuvette.

Les organisateurs ont tenu compte des critiques de la veille, tout en veillant à assurer la sécurité des 6.200 reconstitueurs. Ce soir, c’était l’apothéose de toute une vie de plusieurs reconstitueurs qui considèrent que Waterloo est l’un des lieux où il faut être présent au moins une fois dans sa vie. Il n’était cependant pas question que certains d’entre eux prennent des risques inconsidérés et se blessent, comme l’un d’entre eux la veille pendant une charge, avec une hanche déplacée à la clé. La veille, Franky Simon, alias Maréchal Ney, était également tombé à cheval pendant l’après-midi. Ce Tubizien qui coordonne les combats depuis des années n’avait pu être sur le champ de bataille, soigné en clinique, notamment pour trois côtes cassées. Ce samedi soir, il était cependant présent sur les bords du terrain afin de mieux coordonner le placement des différentes troupes.

Des commentaires avisés

Le commentateur francophone avait également été remplacé. Il s’agissait cette fois du comédien wavrien Thierry de Coster, un spécialiste de l’improvisation qui s’est fait aider par un nouveau texte repensé pendant la nuit. Sa voix couvre bien la canonnade quand il explique des déplacements des unités. Bien sûr, la fumée masque parfois une partie des attaques, mais il faut savoir que c’était pire lors de la vraie bataille. Et les organisateurs ont veillé à ce que moins de poudre soit utilisée afin de permettre une meilleure visibilité des combats !

20 h 30, on découvre les troupes alliées qui se dirigent vers celles de l’Empereur qui s’enfoncent à pas forcés dans la cuvette, en direction de la ferme de la Haie Sainte. Les voilà qu’elles l’encerclent et forcent l’entrée sous la musique de Black Cauldron (chaudron noir). A la ferme de Hougoumont, les tirs sont nourris, tandis que les canons alliés visent la cavalerie impériale qui tente de forcer leurs lignes. La riposte est cependant immédiate, même si le commentateur explique au public qu’il faut « se remettre au pas lent des troupes de l’époque ». Des tambours, des fanions, les troupes sont colorées, mais les hommes d’alors étaient de véritables chairs à canon. Et le commentateur de coller à la réalité : « La fumée était telle que les soldats eux-mêmes étaient complètement désorientés  ! » Et c’est vrai qu’à ce moment-là, on ne voyait plus rien, exceptés les les éclairs des tirs…

La fumée se dissipe enfin. Les Anglais se mettent en carré pour faire face aux attaques de la cavalerie. « Charger au galop leur était impossible », rappelle Thierry de Coster. Mais les Garde est là pour la soutenir. Cela canarde dans tous les sens. On voudrait pouvoir avoir plusieurs yeux pour tout embrasser du regard. Un chapeau est placé sur un fusil. C’est le signe qu’il y a un blessé. Les secours le font sortir, puis un deuxième sur une civière et, plus tard, un troisième accompagné par le chirurgien et reconstitueur Jean Leguay. « La médecine n’était alors pas aussi développée, précise le commentateur. Les soldats mouraient parfois d’une simple blessure. Ils avaient juste découvert que les amputations précoces permettaient d’en sauver plus. Et cela se faisait sans anesthésie ! Et puis, ils étaient 200.000 sur le champ de bataille. Essayez donc d’extrapoler ce que vous découvrez aujourd’hui. »

Des cris de rage se font entendre, comme si les reconstitueurs s’en donnaient à cœur joie. Comme promis, les Français tentent d’arracher la victoire, pour la première fois depuis deux cents ans. Mais les Alliés assurent. Le soir tombe, l’issue de la bataille se précise. La Vieille Garde recule sous les tirs alliés – « Du moins, on essaie de voir. Regardez du côté de la Haie Sainte », reconnaît le commentateur –, alors que de grandes volutes emportent les esprits des morts, enfin en paix, qui sont tombés sur ce champ de bataille. L’Histoire aura été respectée…

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