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Réforme des pensions: pas sûr que le problème du financement soit réglé

Selon le bureau du Plan, le coût du vieillissement représentera une économie de 6 milliards d’ici 2060. Mais pour Frank Vandenbroucke, président de la commission de réforme des pensions, ces calculs se basent sur une « hypothèse optimiste ».

Chef du service Politique

Par Bernard Demonty

Temps de lecture: 6 min

C’était le mardi 7 octobre 2014. Les Belges se lèvent par une belle journée d’automne. Les négociations pour la formation d’un gouvernement avancent et une coalition est annoncée à très brève échéance ; rien ne semble devoir perturber une actualité prévisible.

Mais très vite, l’information serpente de site internet en réseau social, puis fait l’objet de toutes les conversations : le gouvernement fédéral va bel et bien reporter de deux ans l’âge légal de la retraite, alors que tous les partis de la coalition avaient défendu l’idée contraire lors de la campagne électorale. Un des plus gros tabous sociaux de Belgique vient de tomber.

66 ans en 2025, 67 ans en 2030

L’information est confirmée quelques jours plus tard dans l’accord de gouvernement, daté du 11 octobre : « Afin d’assainir le système des pensions à moyen et long terme, des réformes structurelles de pension sont nécessaires, comme le recommande la Commission de réforme des pensions. L’âge légal de la retraite est porté en 2025 à 66 ans et en 2030 à 67 ans, conformément au rapport du groupe d’experts. Les modalités concernées feront l’objet des concertations dans le Comité national des Pensions. »

Le phrasé est pesé : le gouvernement s’appuie très lourdement sur un rapport d’experts, daté de juin, qui avait travaillé sur une hypothèse de report de l’âge légal. Mais ce qui n’était qu’une piste de travail devient une « recommandation » dans l’accord de gouvernement, au grand dam des scientifiques de la commission de réformes. Mais que s’est-il passé au juste ? En réalité, soucieux de donner des gages de réformes structurelles à l’Union européenne, les partis de la coalition ont sauté sur l’occasion du rapport d’experts. L’idée : obtenir une certaine clémence de la commission sur l’assainissement budgétaire en annonçant une mesure très symbolique, et utile pour assurer le financement des pensions.

« Seuls 5 à 10 % des travailleurs concernés »

Très vite, le nouveau ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, tente d’éteindre le feu social qui prend. Il déclare à chaque interview et à la Chambre : « Dans les faits, seuls 5 à 10 % des travailleurs seront concernés par cette mesure », pointant par-là les nombreux mécanismes de départ anticipé qui subsisteront.

La mesure passe évidemment très mal auprès d’une grande partie de la population et aura, à elle seule, contribué largement à la mobilisation sociale de la fin de l’année 2014. Les syndicats jugent la mesure injuste, estimant que l’espérance de vie en bonne santé dépend aussi de la classe sociale, et la jugent aussi inutile, vu le faible taux d’emploi des plus de 65 ans.

Le gouvernement, lui, ne fléchit pas et maintient la mesure. Elle devrait être votée cet été encore au Parlement.

En prenant cette décision, la Belgique rejoint un mouvement en cours en Europe. Les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont pris des décisions similaires. Les institutions internationales, comme la Commission européenne et l’OCDE ont salué les efforts de la Belgique. « Le report de l’âge de la retraite et de l’âge de la pension anticipée sont des pas dans la bonne direction », indique l’OCDE dans son dernier rapport.

Quid du financement  ?

Le financement des pensions est-il assuré pour autant ? En d’autres termes, est-on convaincu que le seul objectif de cette mesure douloureuse sera rencontré ? Au sein du gouvernement, on en est convaincu. D’autant plus que le bureau du Plan, le conseiller économique de la coalition, vient de sortir un rapport qui estime que le coût du vieillissement va baisser de près de 1,5 % du produit intérieur brut d’ici à 2060 avec la réforme des pensions. Au PIB actuel, c’est donc une économie de plus de 6 milliards à l’horizon 2060. L’effort à réaliser pour financer le vieillissement serait donc réduit d’un tiers. Mesure utile et efficace, donc ? Pas sûr. Car en dehors du gouvernement, des scepticismes s’expriment. C’est le cas au sein même de la Commission de réforme des pensions.

« Les calculs du bureau du Plan se basent sur une hypothèse optimiste, estime Frank Vandenbroucke, le président de la commission de réforme des pensions. Ils postulent que toutes les personnes qui partaient à 65 ans vont partir à 67 ans. Et que le taux d’emploi des 65 ans sera désormais celui des 67 ans. Mais une autre hypothèse est possible : que les gens, dans la perspective d’une pension légale à 67 ans, s’organisent pour prendre leur pension anticipée beaucoup plus qu’aujourd’hui. » Jean Hindriks, un autre membre de la commission et auteur d’un ouvrage sur le financement des pensions, partage ce doute sérieux. « Sur la base des calculs du bureau du Plan, on économise 1,5 % du PIB à l’horizon 2060. Il ne reste donc presque plus rien à financer. Cela m’inquiète. Comme si le vieillissement allait disparaître tout seul. »

La commission de réforme des pensions avait, elle, émis un scénario moins optimiste et avait pris en considération le fait que le marché de l’emploi des personnes de 65 à 67 ans allait s’éroder. Certains pourraient prendre leur retraite anticipée davantage que ce qui se pratique aujourd’hui. Et d’autres pourraient tomber en maladie-invalidité. Pour les experts de la commission de réforme des pensions, donc, le report de l’âge de la retraite ne résout pas à coup sûr le problème du financement. Il pourrait même l’aggraver : car les personnes qui partent à la retraite deux ans plus tard auront deux années de carrière de plus et donc une pension plus élevée… Pas sûr que l’Etat soit gagnant !

Etudier davantage la question

Fallait-il pour autant renoncer au report de l’âge de la retraite ? Les experts ne vont pas jusque-là. « Dans notre rapport, nous avons consacré 40 pages à cette question, dit Frank Vandenbroucke. Si nous avions été sûrs que c’était inutile, nous y aurions consacré une page. Et si nous avions été sûrs que c’était utile et que cela financerait les pensions, nous aurions écrit une page également. En réalité, ce que nous préconisions et recommandons encore, c’est d’étudier la question davantage en profondeur avant de rendre cette mesure effective. »

Michel Jadot, président des Mutualités socialistes et spécialiste reconnu des pensions, va même plus loin. « La pension à 67 ans en 2030 ? Fantastique ! Mais inutile ! Car en 2030, l’effet du baby-boom sera passé. Si on voulait augmenter l’âge, il aurait fallu le faire beaucoup plus tôt. »

Un argument que partage Jean Hindriks. « C’est vrai. En augmentant l’âge à si long terme, on exonère complètement la génération du baby-boom du financement des pensions. Je suis partisan d’aller beaucoup plus vite. De cette façon, nous dirons à nos enfants : vous allez devoir payer davantage pour les pensions, mais nous vous aidons un peu en travaillant un peu plus, tout de suite. »

On le constate, les avis sont partagés, les hypothèses assez peu sûres. Sur le fond, personne ne remet vraiment en cause le report de l’âge de la pension, même si certains, comme Michel Jadot, auraient préféré qu’on allonge les carrières sans parler d’âge. Mais ce qui perle de manière généralisée, c’est un reproche de précipitation dans le chef du gouvernement. L’effet de symbole a fonctionné, mais il semble à présent urgent d’évaluer ces politiques pour éviter, dans le pire des cas, d’aggraver la situation…

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