En Finlande, les seniors sont choyés

Quand la crise a frappé de plein fouet la Finlande, au début des années 1990, la société Oras, numéro un de la robinetterie dans les pays nordiques, a eu massivement recours au départ en préretraite. Pour l’entreprise basée à Rauma, sur la côte ouest finlandaise, les conséquences ont été dramatiques : affectée par la disparition soudaine de compétences, la productivité s’est effondrée. Depuis lors, la compagnie, qui compte un peu de moins de 500 salariés, soigne ses seniors.

Les seniors choyés

Ils sont régulièrement suivis par une équipe médicale. Au moindre coup de fatigue, ils disposent d’une douzaine de jours de repos annuel, offerts par la compagnie aux plus de 60 ans, en plus des congés payés. Il y a aussi le club des seniors, qui propose des activités sportives et des conseils en nutrition. Résultat : entre 1996 et 2010, l’âge effectif de départ en retraite à Oras est passé de 58 à 63 ans, tandis que l’absentéisme des plus de 55 ans est au niveau de celui des employés les plus jeunes.

La Finlande n’a plus le choix. Le pays de 5,3 millions d’habitants est celui qui vieillit le plus rapidement en Europe. « Le baby-boom d’après guerre a eu lieu plus tôt et a été plus rapide qu’ailleurs. Déjà aujourd’hui, ceux qui quittent le marché du travail sont plus nombreux que ceux qui entrent. Et c’est une situation qui va durer, car nous avons une natalité qui n’a cessé de baisser jusqu’en 1973 et reste faible depuis », explique Tomi Hussi, directeur de la santé au travail, auprès de la compagnie d’assurances retraite Etera.

Mais la Finlande est aussi le pays où le taux d’emploi des seniors a augmenté le plus rapidement, ces dernières années : alors qu’il plafonnait à 36 % en 1998, le taux d’emploi des plus de 55 ans atteint désormais 58,5 %, bien au-dessus de la moyenne européenne (51,8 %). Selon Guy Ahonen, chercheur à l’Institut de médecine du travail (TTL), « c’est essentiellement dû à une augmentation du taux d’emploi des femmes les plus âgées et à la hausse de l’âge de départ en retraite, grâce notamment à la baisse des pensions d’invalidité  ». Si les Finlandais quittaient la vie active à 58 ans en moyenne en 2005, ils restent désormais au travail jusqu’à 61,2 ans.

Travaux sur le bien-être déterminants

C’est en partie le résultat de la réforme des retraites, adoptée en 2005, avec le soutien des partenaires sociaux. Principale nouveauté : l’introduction d’un âge légal de départ en retraite flexible. Les salariés peuvent se retirer entre 63 et 68 ans. Mais ils ont tout intérêt à prolonger leur carrière : à partir de 63 ans, ils gagnent 4,5 % de points-retraite supplémentaires par an, ce qui représente 22,5 % de pension en plus, s’ils décident de rester jusqu’à 68 ans.

Le système a eu « un certain impact », reconnaît Tomi Hussi. Mais il tempère : « Si vous avez un emploi que vous n’aimez pas et qui ne vous permet pas de vous développer, alors l’argent n’y change rien. » Par contre, les travaux menés dans le domaine du bien-être au travail ont été déterminants, dit-il, citant le rôle de l’Institut de la médecine du travail d’Helsinki, «  le plus grand du monde, proportionnellement à la taille du pays ».

C’est là que des chercheurs ont développé des méthodes pour prolonger la vie au travail, sous la houlette du professeur Juhani Ilmarien, le père des « programmes de management de l’âge ». Agé de 69 ans et toujours actif, il souligne l’importance de la pédagogie auprès des patrons : « Il faut accroître leur niveau de conscience des problèmes liés au vieillissement et leur fait comprendre qu’il est possible d’agir pour maintenir la capacité des salariés les plus âgés à un niveau approprié. » Ensuite, il ne reste plus qu’à demander aux salariés comment leur poste doit être conçu et organisé pour leur permettre de travailler plus longtemps.

Pour les patrons, il n’y a que des avantages : « Mieux se portent leurs employés, mieux vont leurs affaires », résume Tomi Hussi. Mais la récession a laissé des marques : la Finlande a décidé de reculer progressivement l’âge de départ à la retraite, pour atteindre 65 ans. Pour les experts, c’est une erreur.