Marghem rassure sur la pénurie d’électricité

Les prévisions alarmistes sur le risque de black-out l’hiver prochain ont été revues à la baisse. Simple effet d’annonce ou la donne a-t-elle réellement changé ? Décodage.

Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 4 min

Qui a parlé de risque de pénurie d’électricité l’hiver prochain ? Qui nous a rebattu les oreilles depuis des mois avec un risque de black-out ? Les politiques ? Les médias ? Le gestionnaire de réseau Elia ? Oui, tout ce petit monde !

Eh bien figurez-vous que tout va mieux. En tout cas en apparence. Ce lundi, lors d’une conférence de presse, la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem, accompagnée par Elia, a présenté les nouvelles prévisions pour l’hiver. Alors qu’on cherchait encore 2.750 MW en décembre dernier, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires, il n’y aurait aujourd’hui plus de problème (à 54 MW près). Pourquoi ce changement de discours ? Quid de ces nouvelles prévisions surprenantes ? Décodage.

1 Retour des centrales classiques d’Electrabel. On annonçait la fermeture de plus de 1.600 MW de centrales classiques entre l’hiver dernier et celui à venir. Mais Electrabel a changé d’avis pour quelques centrales (Drogenbos, Herdersbrug, Les Awirs) et quatre turbojets (lire Le Soir de vendredi). Au total, c’est 863 MW qui reviennent sur le marché, soit l’équivalent des réacteurs de Doel 1 et 2. Une décision à contre-courant, car la tendance est plutôt à la fermeture des centrales traditionnelles, faute de rentabilité.

Electrabel ne croirait-il pas au retour des réacteurs nucléaires microfissurés de Doel 3 et Tihange 2 dès l’hiver ? Ou de Doel 1 et 2 ? Certains l’affirment. Une chose est sûre, alors qu’on chiffrait la perte de capacité à 1.600 MW l’an dernier, on n’en perdra finalement que la moitié. Une semi bonne nouvelle pour notre sécurité d’approvisionnement.

2 Flexibilité. Nouveauté dans les prévisions d’Elia : le gain potentiel lié au « comportement citoyen » est chiffré. En gros, grâce aux campagnes incitant à la réduction de la consommation, grâce aux amendes à charge des fournisseurs instaurées en cas de pénurie, tout le monde aurait appris la leçon. Lors des pics de consommation, on pourrait donc tabler sur une réduction de consommation de l’ordre de 600 MW, selon Elia.

D’où vient ce chiffre ? D’études relativement complexes, paraît-il. Mais hier, ni Elia ni le cabinet de la ministre n’étaient en mesure de nous détailler le calcul de ces 600 MW salvateurs pour la sécurité d’approvisionnement. Elia devrait organiser dans les prochaines semaines une séance explicative pour la presse. On tâchera d’y éclaircir ce point.

3 Retour de Doel 1. La ministre Marghem part du principe que Doel 1 et Doel 2 fonctionneront l’hiver prochain. Elle l’a répété à plusieurs reprises lors de son intervention. Or Elia avait estimé, dans son évaluation de décembre, que Doel 1 ne serait pas en service pour l’hiver. On gagne donc 433 MW supplémentaires.

Plusieurs interrogations demeurent : l’Agence de contrôle nucléaire aura-t-elle donné son feu vert d’ici là ? N’imposera-t-elle pas certains travaux avant la relance ? La convention négociée avec Electrabel sera-t-elle signée ? Malgré les inconnues, la ministre se montre optimiste. D’ailleurs, elle n’a pas prévu de solution alternative permettant de compenser l’éventuelle absence de Doel 1 et 2 cet hiver.

4 Nouvelle réserve stratégique. Cette réserve, c’est le dernier rempart avant le délestage (coupure volontaire de courant). La Belgique dispose depuis l’année passée de 750 MW de réserve stratégique (les centrales au gaz de Seraing et de Vilvorde), qui sont mises à disposition de l’Etat tout l’hiver, moyennant rémunération.

Et cette année, 800 MW supplémentaires viendront gonfler la réserve, à condition que le gendarme de l’énergie (Creg) valide les offres reçues par la ministre Marghem (la Creg doit vérifier que ces offres sont raisonnables financièrement parlant).

Cette réserve permet de récupérer environ 500 MW de centrales traditionnelles ayant annoncé leur fermeture (lire point 1). À côté de cela, elle compte un peu plus de 300 MW de « gestion de la demande » ; autrement dit, des industriels qui sont prêts à réduire leur consommation électrique sur demande aux heures les plus froides de l’hiver, là aussi en échange de quelques euros.

5 Le ton a changé, pas la situation. En 2014, à la même époque, Melchior Wathelet et Elia publiaient des prévisions similaires. On y apprenait qu’il manquait 350 MW de capacité dans la réserve stratégique pour éviter tout risque de délestage. Un an plus tard, alors qu’on a perdu des centrales au gaz, alors qu’il y a une incertitude sur le sort de Doel 1, alors que les Français s’attendent eux aussi à une pénurie d’électricité, les prévisions d’Elia sont moins défavorables. C’est à y perdre son latin…

Elia explique avoir déjà tenu compte de la fermeture de vieilles centrales dans ses calculs, l’an dernier. Certaines nouvelles hypothèses faites par la société, comme le potentiel de flexibilité par exemple, réduisent aussi le risque. « Dans nos calculs probabilistes, on n’est pas à 100 MW près », nuance Frank Vandenberghe, l’un des directeurs d’Elia. Selon lui, le risque de pénurie est en « statu quo » par rapport à l’année passée. Seul le ton a changé. Après l’alarmisme des derniers mois, la ministre et Elia semblent donc vouloir jouer la carte de l’apaisement.

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