Bruxelles: le piétonnier poussera les loyers à la hausse

La mise en piétonnier des boulevards du centre-ville de Bruxelles n’aura pas qu’un impact sur la mobilité mais également sur la vie en ville. Partout, lorsqu’un piétonnier est créé, les prix de l’immobilier varient, que cela soit pour les loyers commerciaux, les bureaux ou le résidentiel. Le projet de la Ville de Bruxelles n’échappera certainement pas à ce phénomène.

Pour le marché des bureaux, on compte 2,7 millions de mètres carrés dans le Pentagone. Le taux de vacance y est très faible. Le dernier Observatoire des bureaux l’estime à 4,9 % pour l’ensemble du pentagone. Les entreprises et les administrations choisissent cet emplacement principalement pour son prestige et sa desserte en transports en commun. Proches des gares et des principales stations de transports en commun, les bureaux du centre-ville sont déjà très attractifs.

Une hausse des prix de vente

Du coup, les prix de vente et de location ne devraient pas exploser avec la mise en piétonnier du boulevard Anspach. Par contre, les immeubles qui datent des années 70 et ne trouvent pas preneurs sur le marché locatif pourraient être transformés plus facilement en logements car dans ce domaine, la donne risque de changer.

En effet, un peu partout en Europe et même en Belgique comme à Gand ou à Namur, la création d’un piétonnier a engendré une hausse des prix de vente et des loyers du résidentiel. De manière générale, une telle annonce attire les investisseurs qui souhaitent une rentabilité plus grande que de petits propriétaires fonciers.

Une hausse de 10 % d’ici 5 ans

Aujourd’hui, dans le quartier du boulevard Anspach, un bien se vend en moyenne entre 3.000 et 3.400 euros du mètre carré alors que dans des quartiers plus haut de gamme comme celui du Sablon, on atteint facilement les 4.000 euros. « Avec le piétonnier, si celui-ci est bien organisé, sécurisé et aménagé de manière agréable, cela ne sera que du positif, explique Eric Verlinden, président de Trévi. Je pense donc que la différence de prix pourra être compensée assez rapidement. On peut dire sans trop se tromper que l’immobilier connaîtra une hausse de 10 % dans les 4 à 5 ans à venir, surtout que nous avons un bâti de bonne qualité sur le boulevard Anspach. » Les logements de la Régie foncière bruxelloise restent plus abordables. Pour un deux chambres de 95m² boulevard Anspach, il faut compter 800 euros par mois plus les charges. Selon le cabinet de l’échevin Mohamed Ouriaghli (PS), la politique de prix ne sera pas revue à la hausse.

Un renouveau global

Les rues perpendiculaires au piétonnier devraient aussi connaître un renouveau. Une bonne nouvelle donc pour les propriétaires mais pas forcément pour les locataires. C’est une des craintes du milieu associatif. Inter-Environnement Bruxelles mettait déjà en garde dès l’annonce du projet du bourgmestre Yvan Mayeur (PS). « Ce nouvel environnement va entraîner une nouvelle dynamique sociale. Les loyers augmentent et les familles quittent le quartier, remplacées par des groupes d’habitants dont le statut socio-économique est « plus élevé » : souvent des jeunes et des expats. La particularité bruxelloise est que les abords du centre-ville sont aujourd’hui habités par des ménages précarisés qui seront éjectés, relégués dans un quartier moins accessible et moins bien desservi en services divers », explique l’association.

Reste qu’il ne faut pas non plus faire fuir les habitants, apeurés par les activités nocturnes qui pourraient se dérouler sous leurs fenêtres.

La Ville a déjà prévenu qu’elle ne permettrait pas l’installation de nouveaux commerces dans l’Horeca afin de maintenir une mixité de fonctions.

A priori, le niveau des baux commerciaux des surfaces gérées par la Régie foncière de la Ville de Bruxelles ne devrait pas changer. Par contre, pour le privé, c’est une autre paire de manche. « La Ville devra être attentive et ne pas créer une deuxième rue Neuve, précise Eric Verlinden. Il n’y a pas de place pour deux artères commerçantes si fortes dans un petit périmètre. Les grandes enseignes pourraient, dans un premier temps, être tentées de s’installer sur le boulevard Anspach où le loyer sera moins cher et délaisser la rue Neuve.

L’objectif de revitalisation serait alors raté. »