Des experts attaquent la pension à 67 ans

La pension à 67 ans a fait couler beaucoup d’encre et continuera à en faire couler. Une trentaine de professeurs universitaires dont Patrick Deboosere, démographe à l’ULB, et Mateo Alaluf, sociologue également à l’ULB, livrent une analyse très sévère au Soir de la réforme des pensions voulue par le gouvernement fédéral. Leur message principal ?

Le gouvernement a une vision trop restreinte. « C’est une approche purement comptable. On se prépare à voter sans qu’il y ait eu le moindre débat de fond. Les conséquences de ce que l’on va voter n’ont pas été mesurées. On veut résoudre le problème de société le plus important par un calcul comptable », détaille Mateo Alaluf. Patrick Deboosere, démographe à l’ULB, enchérit : « La réforme des pensions mérite un débat de société étendu et transparent. Minimiser les éléments les plus importants de la réforme des pensions crée un déficit démocratique gigantesque. »

10 points problématiques

Les scientifiques identifient dix points problématiques dans la réforme voulue par le gouvernement emmené par Charles Michel. « Travailler plus longtemps, c’est un choix, pas une obligation », dénonce le collectif, composé principalement de démographes, sociologues et politologues. Ils craignent aussi une augmentation du nombre de chômeurs à cause de la réforme des pensions. « Aujourd’hui, en Belgique, il y a 600.000 chômeurs. Augmenter l’âge effectif de la retraite de deux ans, cela signifie qu’il y aurait 300.000 postes de travail en moins », argumentent les universitaires.

Ensuite, ils attaquent la réforme sur le principal argument brandi par le gouvernement : les économies qu’elle va générer. Le Comité d’étude sur le vieillissement estime que si l’on ne change rien, le coût budgétaire du vieillissement sera de 4,2 % du produit intérieur brut. Les universitaires estiment que le passage à la pension à 67 ans « ne permettra pas du tout de compenser ce coût ».

Une alternative

Partant de tous ces constats, les scientifiques ouvrent leur réflexion pour proposer une alternative à notre modèle sociétal. Et proposent notamment de mieux partager le travail. « Notre industrie manufacturière est de plus en plus robotisée. Pour l’avenir, nous ne devons pas mettre davantage de personnes sur le marché du travail, mais nous devons réfléchir à la manière de mieux partager le travail. La recherche d’un travail convenable et le maintien de la pension à 65 ans sont liés. Nous travaillons tout de même pour rendre notre vie et celle de nos enfants agréables, et non l’inverse. »

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