Piétonnier à Bruxelles: la stratégie du coup de force

Un piétonnier au forceps, manquement démocratique ou nécessité pour l’avenir ? L’édito de Béatrice Delvaux.

Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

L ’introduction, rapide, du piétonnier élargi au centre de Bruxelles pourrait être aussi importante que l’Expo 58 », ose Eric Corijn, professeur de la VUB, spécialiste de l’urbanisme et de Bruxelles. L’Expo 58, explique-t-il, était la fête jubilatoire de l’après-guerre, du productivisme, de la croissance, de la science et la technologie, de la société de consommation à venir et de leur symbole : la voiture. Le piétonnier, lui, marque l’ouverture d’une nouvelle ère qui vise cette fois d’abord la santé et la mobilité.

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La seule différence est que la mutation jubilatoire de 1958 était vécue, dès lundi, comme le cauchemar d’automobilistes qui avaient le sentiment de faire les frais d’un changement opéré à la manière d’un coup d’Etat. Ils ont raison de râler : ils ne peuvent que se plaindre de l’adaptation au forceps qui leur est demandée, en ayant de plus le sentiment d’être très seuls dans la digestion de ce changement de priorité sociétale.

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Et pourtant, il n’est pas question de changer de priorité. Parce que la problématique de la qualité de l’air est une urgence pour la santé, parce que les villes sont des moteurs d’intégration et de développement économique dès lors qu’elles sont dynamiques et « joyeuses à vivre » et parce que nous ne pouvons pas continuer à passer nos vies dans des voitures à l’arrêt, l’œil rivé sur (et le cœur menacé par) les retards accumulés. Le citoyen aurait droit logiquement à ce qu’on lui prépare une transition qui ne fasse pas du piéton l’ennemi de l’automobiliste. De manière générale d’ailleurs, on devrait le faire circuler de l’ancien univers au nouveau, avec ce naturel que nous vantent les gourous des ressources humaines, et ce qui vaut pour la mobilité, vaut aussi pour l’allongement des carrières. Mais la Belgique ne fonctionne pas comme cela : l’absence de vision partagée par les niveaux de pouvoir, l’incapacité à agir via des compromis non paralysants imposent quasi la stratégie du coup de force pour forcer au changement.

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Si on avait continué à attendre un RER, des parkings de dissuasion, une coordination communes/police/Région, le piétonnier n’aurait jamais vu le jour. Et c’est peut-être grâce à lui que tout cet arsenal indispensable devra voir le jour. Les citoyens doivent mettre toute leur énergie et leur colère du moment à l’exiger. Parce qu’ils y ont droit.

 

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