Que s’est-il passé dans la tête d’Alexis Tsipras ces 48 dernières heures?

Tsipras a demandé aux Grecs de voter non au référendum mais semblait prêt à accepter les propositions des créanciers.

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Le ton est direct, le regard droit et l’intervention… laconique. Alexis Tsipras s’est adressé solennellement à la nation hier après-midi pour appeler de nouveau les Grecs à voter « non » au référendum du 5 juillet prochain. C’est-à-dire « non » aux mesures d’austérité proposées par les créanciers le 25 juin.

Et pourtant depuis hier le Premier ministre grec avait rejoint la table des négociations et se disait prêt à accepter, à quelques amendements près, les propositions des créanciers de la semaine dernière, en échange d’un nouveau prêt de 30 milliards et d’une renégociation de la dette publique grecque. Pendant 48 heures, l’ensemble du gouvernement avait mis en sourdine la rhétorique pour le « non », attendant une réponse, notamment de l’Allemagne et de la France.

« Il a ajusté son texte en fonction de ce qu’a dit Merkel »

« Il a attendu assez tard mercredi pour faire sa déclaration car il voulait voir d’abord ce qu’allait dire Merkel », explique une source gouvernementale grecque. Alors que l’allocution d’Alexis Tsipras était annoncée comme imminente dès le début de l’après-midi, elle n’a en effet eu lieu qu’après le discours de Mme Merkel. Nous ne saurons jamais ce que Tsipras s’apprêtait à dire avant mais «  il a ajusté son texte en fonction de ce qu’a dit Merkel », croit savoir notre source. La chancelière allemande a notamment annoncé catégoriquement qu’il n’y «  aurait aucune discussion avant la fin du processus de référendum ».

Quelques heures plus tôt pourtant à Bruxelles on laissait entendre que si Alexis Tsipras appelait à voter « oui », alors sa demande pour un nouveau plan serait examinée dans les toutes prochaines heures. Et François Hollande avait même déclaré qu’il était temps de trouver «  un accord rapide ».

Las… sonné par la fermeté de Mme Merkel le Premier ministre a donc choisi d’insister sur le « non » en repoussant, lui aussi – dans un effet de miroir saisissant pour qui a écouté les deux déclarations l’une après l’autre – à l’après-référendum la conclusion d’un accord. «  Alexis il vous écoute, discute calmement et avec courtoisie mais si vous atteignez ses limites, c’est fini », explique l’un de ses proches.

« Nous avons très bien compris l’intervention de Merkel et Alexis n’est pas dupe. Il a suffisamment été berné ces dernières semaines, ajoute une autre source. Elle table sur le fait que nous perdrons au référendum et demandera ensuite, comme le font déjà de manière décomplexée les partis d’opposition ici mais aussi le président de l’Eurogroupe Jeroen Djissenbloem, que nous cédions notre place. » Tsipras avait pourtant ces dernières 48 heures personnellement multiplié les initiatives pour tenter d’arracher avant la fin de la semaine un accord et affirmait que « le référendum n’était qu’un pas de plus sur la voie de la négociation ».

« Alexis croit au processus de consultation populaire »

Portée par le vice-président du gouvernement Yannis Dragassakis, cette idée que le référendum n’était qu’un moyen de pression supplémentaire pour influer sur les négociations et obtenir à tout prix dans les tout prochains jours un meilleur accord que celui proposé la semaine dernière – quitte à annuler le référendum en cas de compromis – semblait mercredi avoir fait long feu.

« Ne résumez pas cependant l’initiative du référendum à un seul coup de pression car Alexis croit profondément au processus de consultation populaire, prévient-on dans son entourage. Il y a un défaut démocratique en Europe et Alexis montre l’exemple. »

Depuis les dernières élections européennes de mai 2014, au cours desquelles il avait été désigné candidat de la gauche européenne, Alexis Tsipras se vit comme le fer de lance du renouveau démocratique en Europe. « La voie du changement ne pourra venir que de la gauche », répétait-il à l’époque. Une conviction fondatrice chez cet homme de 40 ans et qui explique aussi en partie son geste politique aujourd’hui.

En moins de trois jours en tout cas les Grecs sont passés par de véritables montagnes russes. Rupture des négociations à Bruxelles, annonce du référendum, fermeture des banques, reprise des négociations, nouvelle rupture… Ils restent étrangement calmes et, selon les derniers sondages, s’apprêteraient – à ce jour – à voter majoritairement en faveur du « non » à l’accord des créanciers.

Les Grecs ne se déchirent pas – ils en ont vu d’autres – mais ils débattent sans cesse et s’accusent mutuellement de mener le pays à la ruine.

Au parti de la gauche radicale Syriza mercredi, peu de membres souhaitaient commenter la tactique d’Alexis Tsipras. L’heure était plutôt à la discrétion, «  nous sommes dans une négociation brûlante, laissez-nous deux minutes pour réfléchir. Alexis a besoin de notre soutien et de notre… silence » , estimait ainsi un député du parti mais certains de ses collègues avouaient quand même avoir le tournis et ne pas vraiment comprendre ce que faisait Tsipras.

Après la décision unanime de l’Eurogroupe mercredi soir (réunion des 19 ministres des Finances de la zone euro) de repousser à l’après 5 juillet la reprise des négociations, la Grèce a cessé de croire à un accord de dernière minute et se préparait, stoïque, au référendum de dimanche. Tour à tour acteurs enthousiastes ou otages impuissants de la croisade pour «  la dignité et la démocratie » lancée par le chevalier Tsipras.

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