Benoît Delépine sur la suppression des Guignols: «Ça vient de Sarkozy»

Delépine voit dans la volonté de Vincent Bolloré, patron de Vivendi, de supprimer l’émission historique une manœuvre politique, actionnée par Nicolas Sarkozy.

Les Guignols sont menacés de disparition. Votre réaction ?

Pour l’instant, je n’y crois pas. Et j’ai du mal à y croire. Je suis encore sous le coup. Il y a une réunion de la direction ce vendredi. Ça me paraît tellement dingue. Six mois après l’attentat de Charlie Hebdo, le jour de la mort d’Alain De Greef, on apprend ça. Si c’est de l’humour, il est de très mauvais goût. C’est aberrant.

Et si ça devait être confirmé demain ?

J’attends de voir. Mais si demain il devait y avoir une décision officielle, bien sûr que je me lancerais dans une grande mobilisation.

La volonté de Vincent Bolloré serait de resserrer les boulons, de policer l’esprit irrévérencieux ?

Si c’est le cas, ça ressemble surtout à la proximité de l’élection présidentielle, avec Sarkozy. C’est une évidence totale. Or, c’est le genre de choses qu’ils ne pourraient pas faire l’année prochaine, parce que là ça se verrait trop, et ce serait un peu trop énorme. Et il y aura les primaires, avant ça. Si c’est le cas, ça me paraît une décision politique.

Bolloré déclare qu’il préfère « quand les Guignols sont dans la découverte que dans la dérision »…

J’espère que là aussi, c’est de l’humour. Mais je pense aux millions de personnes qui ont manifesté en France en janvier pour défendre le droit à la caricature, en disant que c’était un des piliers de la démocratie et que c’était en ça qu’on était Français par rapport à d’autres pays, parce qu’on a droit chez nous à de la caricature poussée. C’est notre spécificité… depuis la Révolution d’ailleurs. Si c’est ça qui devait être remis en cause, ça va beaucoup plus loin que le fait d’arrêter une émission. Qui est à sa façon une entreprise. Les Guignols, c’est une émission qui continue à marcher, et qui a surtout une grande importance démocratique. L’idée de pouvoir supprimer ça, ça paraît quand même hallucinant.

Groland est-il menacé ?

Disons que si cette disparition des Guignols devait être confirmée, si c’est aussi violent que ça, je ne vois pas comment on n’en ferait pas partie. Ce serait la fin d’un esprit. Je ne sais pas jusqu’où ça va aller. On est tous un peu concernés. Le Petit Journal, le Grand Journal, c’est cet esprit-là. Et donc s’ils veulent faire une chaîne avec seulement du foot, des films et du porno, puis revendre ça comme le font tous les grands capitalistes, ben voilà…