Désamorcer la confrontation des peuples

Alexis Tspiras a gagné son pari et largement. Avec près de 60 % des voix en faveur du « non », le leader grec se présentera ce lundi devant les instances européennes paré d’une légitimité plus forte qu’elle ne l’a jamais été. En Grèce.

Pour défendre quoi ? L’Europe, mais l’Europe autrement, si l’on s’en tient à son interprétation. Un peu, beaucoup, à la marge ? C’est le Premier ministre grec qui va décider de la tactique qu’il va mener et du niveau d’exigence qu’il va imposer ou proposer – encore un autre choix – pour la négociation d’un nouveau plan. L’arrogance sera mauvaise conseillère.

Mais là où le leader grec vient de gagner son pari, commence celui des dirigeants européens. Vont-ils maintenir l’idée de Jean-Claude Juncker qu’un « non » au référendum est un « non » des Grecs à l’Europe ? Qui va prendre ce risque plutôt que de tenter d’éviter le chaos consécutif à un Grexit que prédisent certains, en se remettant à négocier ? Mais comment faire admettre par d’autres opinions publiques (les fameuses « 18 démocraties contre une ») que l’on va accorder aux Grecs des « largesses » après qu’ils eurent défié les « terroristes » européens ? La renégociation d’un nouveau plan et l’obligation de le faire approuver par les Parlements nationaux, pourraient provoquer la confrontation directe des démocraties européennes, l’allemande, la slovaque, la bulgare,... et la belge contre la grecque ? Comment refuser à ceux qui le souhaiteraient et en ont la possibilité, de s’exprimer eux aussi par référendum ? La volonté du peuple doit être respectée, dira ce lundi Tsipras aux patrons de l’Europe. Mais ce concept qu’il a fait sortir de sa boîte autrement que par une élection, postule un extrême danger s’il aboutit à dresser des peuples, et non plus des politiques, l’un contre l’autre. C’est le terrible dilemme auquel est soumise l’Europe : trouver un accord avec Tsipras au risque de provoquer des déchirements internes gravissimes dans les pays membres amenés à se prononcer sur ces « largesses », ou signifier aux Grecs qu’ils ont provoqué le destin et qu’ils ne pourront rester dans la zone euro qu’à condition d’en respecter les règles.

L’idéal serait de trouver une manière de sortir par le haut de la confrontation Grèce-Europe, pour élaborer une solution pour l’ensemble et non pour le cas particulier. En organisant cette conférence de la zone euro sur la dette, proposée par Piketty et d’autres, façon après guerre ? « Un ajustement en faveur des jeunes générations » non pas seulement grecques, mais d’Europe. L’idée a surtout pour mérite de chercher à resolidariser les liens entre les peuples européens et de trouver une manière de mettre fin au chacun pour soi.