Jean-Yves Hayez: «Les viols entre enfants sont rarissimes»

Deux gamins de 6 et 11 ans auraient commis des viols sur des fillettes de 8 et 9 ans, à Boussu. Pour le pédopsychiatre, les enfants violeurs sont souvent imprégnés d’un climat sexualisé.

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Deux jeunes garçons de 6 et 11 ans seraient soupçonnés d’actes de viol sur deux fillettes de 8 et 9 ans. Les faits, rapportés ce lundi par La Dernière Heure, seraient survenus samedi après-midi dans le quartier de l’Alliance, à Boussu. Le journal fait était d’une agression qui aurait suscité l’intervention des forces de l’ordre et le transfert des fillettes à l’hôpital où un examen gynécologique aurait révélé l’existence de lésions imputables à un viol. Le parquet de Mons n’a pas souhaité confirmer l’information.

Jean-Claude Debiève, le bourgmestre de Boussu, a pour sa part admis avoir été informé des faits par la police locale. Selon lui, les deux gamins devraient être entendus prochainement en présence de leurs parents.

Pour le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, auteur de l’ouvrage La sexualité des enfants (Odile Jacobs), il est rarissime que des enfants pré-pubères se livrent à des violences sexuelles.

Les faits, s’ils devaient jamais être avérés, seraient-ils exceptionnels ?

« Les jeux sexuels entre enfants ne sont pas rares, quel que soit le milieu social dont ils sont issus. Et ce n’est pas neuf. La nouveauté, c’est que les enfants, ou les adolescents, poussent désormais ces jeux beaucoup loin. D’abord parce qu’ils accèdent désormais très facilement à la pornographie – ça leur donne des idées –, ensuite parce qu’ils évoluent dans un monde où le sexe est à ce point banalisé, désacralisé, commercialisé que tous les tabous leur paraissent abolis : pourquoi seraient-ils arrêtés par des considérations dont les adultes, autour d’eux, ne semblent plus faire aucun cas ? Pour autant, je pense que la violence sexuelle reste rare chez les mineurs, et même rarissime chez les enfants pré-pubères. Ce qui me paraît plus fréquent, désormais, ce sont ces situations intermédiaires – chez les 12-13 ans, notamment – dans lesquelles un enfant, à force d’insistance, parvient à contraindre un autre à des jeux sexuels dont il ne veut pas vraiment – il s’y soumet sans être, à proprement parler, consentant ».

Les enfants violeurs ont-ils des profils particuliers ?

« Chez les enfants, la violence sexuelle résulte souvent de la combinaison de plusieurs facteurs. Il s’agit généralement d’enfants très imprégnés d’un climat sexualisé – ils ont parfois été les témoins de relations sexuelles entre des adultes de leur entourage, voire entraînés eux-mêmes dans des expériences sexuellement connotées – et donc porteurs d’une certaine charge sexuelle. Il s’agit en outre, le plus souvent, d’enfants peu socialisés, qui évoluent dans des milieux qui ont peu le sens de l’autre – il n’est pas rare qu’ils aient eux-mêmes été malmenés : ils n’ont pas forcément été battus, mais ils n’ont pas été respectés et, livrés à eux-mêmes, ils ne se sont jamais sentis importants aux yeux de quiconque. Avec cette conséquence qu’ils ne sont pas arrêtés par la souffrance de l’autre. La plupart du temps, ils ont conscience de l’interdit – ils savent, de façon intuitive, que l’abus est interdit – mais ils n’ont pas intégré la souffrance de l’autre. Et l’on identifie souvent chez eux un besoin de vengeance qui s’exerce, de façon inacceptable, sur plus faible qu’eux ».

Ont-ils conscience de la gravité de leurs actes ?

« Oui et non. Comme je l’ai dit, ils ont conscience de faire quelque chose d’interdit, au même titre que celui qui vole ou qui frappe. Ce dont ils ont moins conscience, en revanche, c’est de l’ampleur du traumatisme qu’ils infligent et de la gravité sociale de leur acte ».

Comment réagir ?

« Il faut garder la tête froide. Leur acte appelle évidemment une sanction sérieuse mais elle doit être proportionnelle à l’intentionnalité – à quel point y a-t-il eu intention de détruire ? – et au préjudice subi par la victime. Il faut, surtout, qu’elle soit constructive, dans le sens où elle doit contribuer à reconstruire quelque chose qui a été mis à mal au sein de la communauté. Cette sanction doit s’accompagner d’un travail de resocialisation qui mette l’accent sur le respect de l’autre. Et, s’agissant de la sexualité, d’une éducation qui fasse clairement la part des choses entre ce qui est permis et ce qui est défendu ».

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