Tiziana mène l’enquête, al dente

Tiziana Dallavera est la plus sympa des flics du Brabant wallon, c’est sûr. Et une des plus douées aussi. Même si elle doit encore gravir quelques échelons pour diriger une enquête. Mais elle a le feeling, la « touch », l’art de poser la bonne question, de remarquer les indices, de consulter des listes et des listes pour dénicher un nom, une date, un lieu. C’est une battante. Et une jolie femme. Il n’y a sans doute qu’en amour qu’elle est moins déterminée, mais la fin de ce roman-ci présage d’autres lendemains…

Et puis Tiziana, son nom l’indique, est entourée d’une extraordinaire famille italienne. Son jeune frère Lorenzo, qui sait tout ou presque, ses parents et sa Nonna, qui ne cesse de faire manger des pâtes al dente à toute la famille. C’est fou ce que de bons rigatoni apaisent l’esprit au cours d’une enquête.

On croit que la vie est calme à Rebecq, dans ce Brabant wallon tranquille. Mais Tiziana a déjà dû résoudre deux affaires criminelles avec Le jour du tiramisù et Cappuccino Blues. Et voilà qu’une autre mort survient. Le médecin du village, qu’on retrouve pendu à une grue. Un suicide ? Mais comment aurait-il pu manœuvrer la grue ? Un meurtre, oui. Puis c’est le pharmacien, retrouvé mort et ligoté sur les rails du chemin de fer… Un tueur en série sévit-il à Rebecq ? Tiziana enquête, avec le commissaire Desquières et l’inspecteur Chevalier ; elle, elle n’est qu’aspirant inspecteur (aspirante inspectrice ?).

Une enquête difficile, sinon il n’y aurait pas de roman. Et qui devra se tourner vers le passé. Comme souvent dans ce genre d’affaire, c’est le passé qui va expliquer le présent, les zones troubles du passé.

Enlevé et ingénieux

Sarah Berti mène son livre avec l’enthousiasme de Tiziana. C’est frais, même si les dossiers sont morbides. C’est enlevé, avec juste ce qu’il faut de lenteur pour faire un peu mariner le lecteur. C’est ingénieux. Et c’est plaisamment écrit. On est donc heureux de retrouver la fringante Italienne, sa famille un peu extravagante et les lasagnes de la Nonna. Comme les personnages qui gravitent autour d’elle au commissariat : le ventru commissaire, l’intelligent inspecteur, la râleuse Jacqueline, toujours la main dans un paquet de chips. Et puis les personnages éphémères de cette enquête, comme cette famille marginale, Gérard, sa fille Jessy, nombril piercé au milieu d’un ventre déjà gras, qui ne s’inquiètent aucunement de la disparition de la compagne de Gérard, femme à tout faire de la famille. Sarah Berti a l’art de camper ses personnages. Et on a envie de les retrouver. Vite.