Le carnet de Pierre Bouillon: «Et en voiture Simone!»

Ce samedi, notre journaliste épingle le piétonnier bruxellois.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Causons du piétonnier que Bruxelles vient d’inaugurer au cœur de la ville. On en parlera à l’aise : on n’y a pas foutu les pieds et ce n’est pas demain la veille. On les connaît trop, ces froids boulevards désormais réservés au bipède. Pour le dire aimablement : ce n’est ni Sienne, ni Salzbourg. Leur intérêt est moyen.

Passée la surprise, ce piétonnier va-t-il continuer à attirer la foule ? Nous n’avons pas d’avis. Va-t-il étouffer ou vivifier le commerce ? Nous n’avons pas d’avis. Désormais isolés du monde mobile, les riverains vont-ils déserter les lieux ? Nous n’avons pas d’avis.

On se dit juste que la ville y est allée vite. Et fort – clairement, le bourgmestre Yvan Mayeur (PS) a exagéré l’étendue de l’affaire pour pouvoir décréter qu’il s’agit là du plus grand piétonnier d’Europe (il est coquin.)

C’est le nerf du problème : le projet divise et, s’il agace, c’est notamment à cause de son promoteur nº1. L’homme est abrasif, un rien vif et souple comme une barre à mine. Et on tique en l’entendant dire que le projet sera évalué dans 8 mois et que, avant, on ne touchera à rien. Huit mois. Cela veut dire que, dès septembre, quand l’estivant reprendra le collier (et le volant), les artères périphériques vont saturer à mort. Deux fois par jour, cinq fois par semaine, et jusqu’en févier, des milliers de piégés auront l’occasion de se rappeler que l’enfer est pavé de bonnes intentions (et, aussi, de rêver à une offre de transport public qui pourrait les sortir de là et qu’ils n’ont pas toujours en fait.) Piégés. Pendant ce temps, le maire ne lèvera pas le petit doigt. Il attendra février pour adapter le projet (s’il faut l’adapter.)

Bizarrement ficelé.

N’empêche…

Il l’a fait.

Il a eu ce culot.

Et ce culot tranche bellement avec ce que l’on sait trop de la politique. Les décideurs sont si souvent pusillanimes, ennuyeux de prudence, immobiles, lâches parfois, réformateurs à petits petons. Parce qu’il y a les électeurs, parce qu’il y a les lobbies, parce qu’il n’y a pas de réflexion. Voyez par exemple, et pour rester sur le thème de l’automobile, le refus de la N-VA, du CD&V et du VLD de réviser (ne fût-ce que d’atténuer) l’avantage fiscal consenti aux voitures de société. Le plus sottement du monde, l’Etat encourage une consommation nuisible en termes de santé, d’environnement et de mobilité. Et l’évidence est niée. Parce que la toto est sacrée. Parce qu’il y a l’électeur. Parce qu’il n’y a pas de culot. Parce qu’il n’y a pas de vision.

Michel Audiard avait décrété que les « cons, ça ose tout. » Faux. Les cons n’osent rien.

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