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Omar Sharif s’en va, comme un prince

« Lawrence d’Arabie » et « Docteur Jivago » en avaient fait la première des stars arabes à Hollywood. A défaut d’une grande filmo, il laisse un grand style.

Journaliste au service Culture

Par Nicolas Crousse

Temps de lecture: 4 min

On était au début des années 60. Le cinéma hollywoodien ne connaissait pas la diversité. Les Noirs, les Arabes, les Chinois à l’écran étaient aussi rares que les oasis du Sahara. C’est précisément au cœur du désert, dans l’immensité des sables de l’Orient, que le monde découvrit son fier visage de prince Ali Ibn Kharish. Omar Sharif, qui vient de rendre l’âme ce vendredi au Caire, avait 83 ans.

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Sa virilité n’avait d’égale que son raffinement. Ou qu’une éducation qui en fit longtemps le prototype d’un gendre idéal, mâtiné, comble de la sensualité, d’un zeste d’exotisme. Face à Peter O’Toole, à qui il tendait la main en geste d’union politique dans Lawrence d’Arabie, le natif d’Alexandrie tenait le rôle de sa vie. Il avait alors 30 ans.

L’équipée sauvage de cet immense classique, qui racontait l’épopée des révoltes arabes de 1916 contre l’occupant turc, devint également légendaire par l’addition de ses talents : David Lean derrière la caméra, Maurice Jarre à la composition, Peter O’Toole (dans le rôle de l’officier britannique T.E. Lawrence), Anthony Quinn, Alec Guinness… et Omar Sharif devant l’objectif. Tous sont désormais passés de l’autre côté du mirage. Reste, grâce à la magie du cinéma, les envoûtantes images de leur grandeur collective.

Vedette du cinéma égyptien

Avant cette retentissante percée internationale, Omar Sharif s’était dès le milieu des années 50 fait une réputation comme vedette dans le cinéma égyptien. C’est Youssef Chahine qui le fait débuter, en 1954, dans Le démon du désert. Il abandonne pour ce faire son nom d’origine – il est né Michel Demitri Chalhoub – pour celui d’« Omar El Sharif ».

Youssef Chahine, qui lui donnera deux autres rôles (dont un pour aller au Festival de Cannes), découvre alors un jeune homme de 22 ans et de bonne famille (d’origine libanaise), élevé dans le rite catholique-grec melkite et formé au très chic et britannique Victoria College, d’Alexandrie, puis à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres.

Si la popularité d’Omar Sharif, qui se convertit à l’islam en épousant la grande actrice égyptienne Faten Hamama, se limite à son pays jusqu’au début des années 60, sa vie professionnelle et privée basculera aux lendemains de son triomphe international.

Car après Lawrence d’Arabie, rien ne sera plus comme avant. Omar Sharif quitte l’Egypte de Nasser. S’installe à Hollywood. Y signe un contrat de sept ans avec les studios de la Columbia Pictures. Rencontre une célébrité toujours plus grande. Son couple n’y résiste pas. Il divorce.

Célébrité, et même parfum de gloire. D’autant qu’en 1965, David Lean lui offre avec Le Docteur Jivago, inspiré du roman éponyme de Boris Pasternak, un autre rôle d’anthologie, cette fois dans le décor hivernal de la Russie révolutionnaire, pour lequel il obtiendra le Golden Globe du meilleur acteur.

Une carrière ronronnante

Mais il faut bien avouer qu’à l’exception de ces deux sommets, la carrière de Sharif, qui joue les jolis cœurs aux côtés de Barbara Streisand dans une comédie musicale (Funny girl), croise la route de Blake Edwards et de Henri Verneuil, ou retrouve un glaçant Peter O’Toole dans La nuit des généraux (Anatole Litvak), fut assez ronronnante.

Prisonnier à ses débuts d’une image de jeune premier et plus tard de celle d’un aristocrate vieillissant, Omar Sharif jouera souvent, tout au long de sa carrière, des rôles de gentilshommes fortunés, de leaders éclairés ou de nobles d’un autre temps : tsar, archiduc autrichien, prince arabe, conquérant mongol… Son pedigree semble le suivre partout. D’autant que, le temps passant, Omar Sharif, flambeur, frimeur en beau vieux, play-boy nonchalant, pince-fesses à ses heures, bagarreur les soirs de (mauvais ?) alcool, défraie davantage la chronique en fréquentant les grands casinos, les championnats de bridge internationaux, où il excelle, et les écuries de courses de chevaux, qui le poussèrent sur la fin de sa vie à faire de la réclame.

Un rôle, en 2003, et alors qu’il était âgé de 71 ans, viendra fort heureusement casser cette image stéréotypée : celui de l’épicier philosophe, qu’il incarnait dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron. Un rôle qui lui valut, l’année suivante, le César du meilleur acteur.

Hollywood, temple conservateur, a toujours mis un temps considérable avant d’intégrer à sa blanche histoire les communautés étrangères de la planète. Il fallut attendre la toute fin des années 50 avant de voir un acteur noir (Sidney Poitier) convoiter les premiers rôles.

Les acteurs noirs « bankables » sont aujourd’hui légion dans le cinéma commercial américain. Il n’en va pas de même pour leurs homologues arabes, plus que jamais invisibles dès qu’il s’agit de partager l’affiche avec les cadors domiciliés à Mulholland drive.

Omar Sharif fut la première des stars arabes bénies par Hollywood. A ce jour, il n’a toujours pas été remplacé.

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