Une mise sous tutelle de 50 milliards d’actifs grecs pour arracher l’accord allemand

Les ministres des Finances de la zone euro seraient en train de finaliser un projet d’accord préliminaire sur l’ouverture prochaine de négociations avec la Grèce pour un nouveau plan de sauvetage du pays. Après une première partie de réunion extrêmement difficile samedi, l’Eurogroupe planche sur une série de conditions très strictes auxquelles la Grèce devrait consentir pour que, dans quelques jours, les 19 consentent à ouvrir ces fameuses négociations. Outre des réformes additionnelles, et le vote de certaines d’entre elles déjà cette semaine, on imposerait à la Grèce l’idée qui a été émise vendredi dernier et défendue à l’Eurogroupe par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble : la création d’un fonds, sous administration européenne, auquel la Grèce apporterait des actifs publics d’une valeur de 50 milliards d’euros.

Une mise sous tutelle européenne

Ce fonds, conçu sur le modèle du Treuanstalt créé après la réunification allemande pour privatiser les actifs de l’ancienne Allemagne de l’Est, serait basé à Luxembourg, et vendrait ces actifs afin de rembourser une partie de la dette publique grecque. « Ce serait une façon de mettre ces biens grecs sous tutelle », expliquait un diplomate européen au courant des discussions en cours.

Côté allemand, où cette idée a pris forme, l’objectif politique est très simple : une grande partie des députés CDU-CSU, le parti d’Angela Merkel, ne fait absolument plus confiance aux Grecs, et la promesse de privatisations ne leur suffira plus pour ratifier, comme la loi allemande le prévoit, l’ouverture de négociations sur un nouveau programme d’assistance à la Grèce. La mise sous tutelle européenne – une quasi expropriation – de ces biens grecs serait la seule façon qui permettrait à la chancelière de faire voter par ses députés l’ouverture de ces négociations.

Cette idée avait été mise sur papier par le cabinet du ministre allemand des Finances, et envoyée aux autres ministres de la zone euro vendredi dernier. Arguant que les propositions grecques de réformes sont désormais insuffisantes, ce « non paper » (un document officieux exprimant la position d’un gouvernement) proposait deux pistes alternatives : la création de ce fonds, ou une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro, le temps qu’elle se réforme et réduise sa dette. Selon plusieurs sources, notamment une source allemande entendue par Le Soir, ce document aurait recueilli le consentement d’Angela Merkel avant d’être transmis aux autres pays de la zone euro.

Le Grexit temporaire n’a pas été évoqué

Le second scénario (le Grexit temporaire) n’a aucunement été évoqué en réunion par Wolfgang Schäuble : ce qui donne à penser qu’il a figuré dans le « non paper » plutôt comme épouvantail, pour la Grèce comme pour les autres membres plus « doux » de la zone euro, afin de faire passer celui du « Treuanstalt ».

Un autre point des conditions auxquelles la Grèce devrait se soumettre est le maintien d’un objectif d’excédent primaire (cad. sans compter la charge de la dette) à 3,5 % du PIB en 2018. Cet objectif faisait partie du projet d’accord négocié avant la rupture des négociations et l’instauration du contrôle des capitaux, qui a brutalement et durablement endommagé l’économie grecque. Or dans leur rapport présenté samedi aux ministres des Finances, les trois institutions chargées d’évaluer la demande d’aide de la Grèce indiquaient que cet objectif n’était plus réaliste, vu la détérioration de l'économie et du système financier helléniques : il devrait être revu à la baisse, ou s’il était maintenu, il impliquerait la nécessité de trouver d’autres mesures d’économies supplémentaires.

Si les partenaires de la Grèce concluent leurs réunions du jour – l’Eurogroupe puis le sommet de la zone euro – sur des conclusions dans le sens indiqué ici, on peut se demander comment Alexis Tsipras et son ministre des Finances Euclide Tsakalotos réussiront à vendre aux partis politiques et à l’opinion publique grecque des conditions aussi draconiennes, dont une mise sous tutelle immédiate de 50 milliards de biens publics.