Culture: les chiffres de l’austérité

La secrétaire d’Etat Elke Sleurs a donné des chiffres précis des économies dans la culture. En cumulé, les institutions culturelles perdent 20 millions d’euros.

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Pour assainir les finances du pays, le gouvernement fédéral a décidé, lors de la négociation de l’accord de gouvernement l’été dernier, de réduire les dotations aux institutions scientifiques et culturelles du pays. L’idée : faire contribuer toutes les institutions fédérales à la réduction des dépenses publiques. Une norme avait alors été fixée pour les institutions culturelles et scientifiques. En 2015 : 4 % de frais de personnel en moins, 20 % de frais de fonctionnement en moins et 22 % d’investissements en moins. En 2016 : 2 % de frais de personnel en moins, 2 % de frais de fonctionnement en moins et 3 % d’investissements.

Il fallait encore affiner le plan d’économies pour se faire une idée précise et disposer de montants précis. C’est chose faite. Le cabinet de la secrétaire d’Etat à la politique scientifique, Elke Sleurs (N-VA), a diffusé ces jours-ci une note, reprenant des montants parfaitement clairs.

4,91 millions de dotation perdus

Résultat : si l’on compare la dotation allouée en 2014 et celle qui vaudra en 2019, les institutions culturelles perdent au total 4,91 millions de dotation, soit 16 % de leurs moyens. Ce sont la Bibliothèque royale (19,3 %) et les Musées royaux des Beaux-Arts (18,1 %) qui consentent les plus lourdes économies. Les autres institutions culturelles (Musée royal de l’Afrique centrale, Musées royaux d’art et d’histoire, Institut du patrimoine artistique et Archives générales du Royaume) cèdent, de leur côté, environ 15 % chacune. Le Ceges est un peu moins touché. (- 9,7 %).

La situation est moins pénible pour les instituts scientifiques. Si l’on prend la dotation qui était la leur en 2014 et qu’on la compare avec la situation en 2019, il y a même un gain : 1,83 million, soit 11 %. Mais la situation varie entre chacune de ces institutions. Ainsi, loin de voir ses moyens réduits, l’Observatoire d’Uccle les voit dopés, de 2,6 millions, soit… 187 %. « Il s’agit d’un transfert de fonds provenant de la politique scientifique et destinés à prévoir et mesurer les impacts négatifs des éruptions solaires », indique le porte-parole d’Elke Sleurs.

Une facture impressionnante

Les autres instituts scientifiques cèdent entre 3,7 % (Institut des sciences naturelles), 7 % (Institut royal météorologique) et 13,8 % (Institut d’aéronomie spatiale).

Si l’on cumule les montants perdus chaque année, sans tenir compte du bonus exceptionnel d’investissement de 2015 (lire plus loin), la facture est impressionnante. Le montant total des économies à réaliser par la Bibliothèque royale, les Archives générales du Royaume, le Ceges, le Musée royal d’Afrique centrale, les Musées royaux d’art et d’histoire, les Musées royaux des Beaux-Arts et l’Institut royal du patrimoine artistique grimpe alors à près de 20 millions d’euros.

Pour l’ensemble des établissements scientifiques, le montant cumulé des économies est également substantiel. Il est simplement masqué par le fait que l’Observatoire royal d’Uccle voit sa dotation augmenter de manière récurrente jusqu’en 2019. En dehors de cette exception, les autres instituts sont tous également mis à la diète. L’Institut royal météorologique d’Uccle sera privé en cinq ans d’un peu plus d’un million d’euros. L’Institut d’aéronomie spatiale perdra sur la même période 700.000 euros et l’Institut royal des sciences naturelles verra sa dotation fondre de plus de 980.000 euros.

Entre fatalisme et résignation

Une situation globalement compliquée pour ces institutions, avec une nuance. Toutes les institutions voient, en effet, leurs dotations augmenter une fois durant la législature, en 2015. Il faut y avoir l’effet de la décision du contrôle budgétaire de mars dernier, durant lequel le gouvernement fédéral a décidé d’attribuer une somme globale de 11,2 millions à ces institutions. Mais attention : cette somme n’est pas structurelle, c’est-à-dire qu’elle n’est versée qu’une année. Elle ne peut donc servir qu’à des mesures à effet unique (« one shot ») et non, par exemple, à des embauches à durée indéterminée. Plus précisément, cette injection devait servir à rattraper de gros retards d’investissements, ou permettre aux institutions d’assurer leurs missions essentielles. Pour le cabinet de la secrétaire d’Etat, ce montant n’est pas négligeable. « Et même sans ces 11 millions, la dotation prévue pour 2015 est supérieure à celles de 2014 », ajoute le porte-parole de la secrétaire d’Etat. Qui rappelle la philosophie de cet effort : « Réduire les dépenses publiques de l’Etat, en faisant contribuer tous les services publics. »

Ce mardi, les réactions au sein des différentes institutions hésitaient entre fatalisme et résignation. A la Bibliothèque royale, la plus touchée par les mesures d’économie, on soulignait qu’il faudrait désormais plancher sur « d’autres sources de financement » que les dotations de l’Etat pour compléter les collections.

Catherine Fonck : « C’est totalement démesuré ! »

La chef de groupe de l’opposition CDH, Catherine Fonck, à la Chambre dénonce des mesures entravant l’accès à la culture.

Vous avez demandé et obtenu les chiffres d’économies dans les institutions culturelles et scientifiques. Que vous inspirent-ils ?

Nous sommes devant des économies démesurées. D’après mes calculs : 12 % sur le personnel, 28 % sur le fonctionnement, 33 % sur les investissements d’ici à 2019. Et on a fait le choix d’économies linéaires. Cela signifie qu’on touche tout le monde de la même manière sans faire le tri entre les ressources et les besoins de chacun. Et tout ce que Elke Sleurs, la secrétaire d’Etat à la politique scientifique, donne comme réponse, c’est qu’elle va donner davantage d’autonomie de gestion aux institutions concernées pour leur permettre de faire face aux économies. La première question que je me pose, c’est de savoir si ces établissements vont encore être en mesure d’assurer leurs missions. Leurs responsables eux-mêmes émettent de sérieux doutes. Ensuite, je me pose des questions concernant l’accès à la culture.

C’est-à-dire ?

Prenons l’exemple des Beaux-Arts : on a doublé le prix du ticket il y a deux ans. Si les économies du gouvernement reviennent à ne plus permettre l’accès à la culture, on passe à côté d’un enjeu politique très important. Et je me pose aussi des questions sur la recherche.

Lesquelles ?

Une question simple : au-delà de la viabilité des institutions soumises aux économies, est-ce que les moyens qui vont leur rester vont leur permettre d’investir dans la recherche ? C’est fondamental pour des institutions de ce type. Et plus fondamentalement, on peut se demander si le gouvernement peut continuer à garder une politique scientifique fédérale. La question peut se poser quand on voit les choix qui sont faits aujourd’hui, ou les non-choix, et quand on voit le montant de la facture.

La secrétaire d’Etat indique que ces institutions doivent participer aux efforts de réduction des dépenses publiques et que 11 millions vont être réinjectés cette année dans ces organismes…

C’est vrai : 11 millions en 2015. Mais c’est non structurel. Cela signifie qu’on ne peut pas mener de projets de long terme. Et quand on met tout cela ensemble, la facture est vraiment salée.

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