Mons: ouvrir les murs pour mieux respirer

Une exposition montre l’impact de la destruction des remparts en 1865.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Quel aurait été le destin de Mons si une loi votée en 1861 n’avait pas autorisé la démolition des fortifications hollandaises qui confinaient la ville dans un espace réduit ? En 1865, les travaux de démolition étaient achevés (il y a donc 150 ans) et une nouvelle vie commençait pour une cité à laquelle on donnait le droit de respirer. D’où le titre de l’exposition que propose « Sauvegarde et Avenir de Mons » dans le cadre de Mons 2015 : « Ouvrir les murs » (1).

Le chef-lieu du Hainaut n’a pas fait table rase de son passé militaire. Les casemates de la place Nervienne sont connues. Mais beaucoup découvriront avec stupéfaction la reconversion du toit de la boulangerie militaire en jardin suspendu ou celle du manège de Sury qui abrite l’exposition Atopolis avant de s’ouvrir aux jeunes créateurs d’entreprises.

Mais l’essentiel du décor qui faisait de Mons une véritable place forte a disparu. Il suffit de lire Victor Hugo pour s’en convaincre : « Mons est une citadelle, et une citadelle plus forte qu’aucune des nôtres. Il y a huit ou dix enceintes avec autant de fossés autour de Mons. En sortant de la ville on est rejeté pendant plus d’un quart d’heure de passerelles en pont-levis à travers les demi-lunes, les bastions et les contrescarpes. »

Deux anneaux de bitume

C’est de l’histoire ancienne. Que constaterait aujourd’hui l’auteur des Misérables  ? Sans doute que les fortifications de pierre ont cédé la place à un double anneau de bitume presque aussi infranchissable que l’enceinte hollandaise… La petite voirie et les boulevards de ceinture qui permettent de tourner à l’infini autour de la ville ancienne, comme les axes pénétrants figurant les portes d’autrefois, donnent en effet une idée assez précise des murs réels ou figurés qui séparaient le centre-ville de sa périphérie.

Pourtant, au XIXe siècle, l’idée était bien d’ouvrir la ville, de lui donner de l’air ainsi qu’à ses habitants, mais aussi de moderniser le tissu urbain, par exemple en amenant l’eau dans les quartiers les plus pauvres.

En 1861, les autorités communales avaient pris le taureau par les cornes. Elles avaient une vision très claire. L’arasement des fortifications allait libérer un espace important. Les grands boulevards furent transformés en promenade où les bourgeois de Mons passaient leur temps libre. Le moindre mètre carré fut bâti selon des principes urbanistiques très stricts qui donnent aujourd’hui encore une cohérence intéressante à la ceinture urbaine.

Au fil des décennies, les questions liées à la mobilité ont imposé des choix qui ont eu un impact déterminant sur la ville privée de ses remparts : construction de plusieurs gares successives, transformation du boulevard en autoroute urbaine, disparition du tram, mise en piétonnier du centre-ville, plans de circulation à répétition…

Aujourd’hui, Mons ne se suffit plus, elle déborde du côté des Grands Prés qui deviennent une ville à côté de la ville alors que ces vastes espaces ont été longtemps privés de projet. Commerces, centre de congrès, entreprises et laboratoires : l’avenir s’y construit désormais et la nouvelle gare doit être cette passerelle qui se moque de cette succession de voies de chemin de fer. Ouvrir les murs, on n’en sort décidément pas, 150 ans plus tard.

(1) « Ouvrir les murs », salle Saint-Georges sur la Grand-Place de Mons, du mardi au vendredi de 12 à 18h, le week-end de 14 à 20h. Visites guidées : s’adresser à VisitMons, Grand-Place, 27.

 

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