Copenhague neutre en carbone? Pas si simple, disent les écolos

La capitale danoise a lancé son Plan climat en 2009, à l’occasion de la conférence sur le climat de l’ONU dont elle était alors l’hôte.

Un parc éolien emblématique de cette ambition, au large de ses côtes, s’impose au regard des voyageurs à l’aéroport de Copenhague.

Une fois au sol, c’est l’un des réseaux de métro les plus modernes qui transporte les touristes vers le centre-ville, où des hordes de cyclistes sillonnent les nombreuses voies cyclables.

Si la conférence de 2009 sur le climat s’est soldée par un échec, Copenhague a jusqu’ici dépassé ses propres objectifs. La diminution de ses émissions de carbone, qui devait être de 20 % en 2015, avait déjà atteint 31 % en 2014, cela malgré une croissance de 15 % de sa population.

Cette performance est en partie due à une succession d’hivers exceptionnellement doux, diminuant les besoins en chauffage. Un nombre de journées de vent plus grand qu’anticipé a aussi aidé les éoliennes.

« Les grands changements surviendront entre 2016 et 2018. C’est à ce moment-là que nos centrales énergétiques passeront du combustible traditionnel au combustible sans fossile », explique l’adjoint au maire chargé de l’environnement, Morten Kabell.

Plus de trois quarts des réductions d’émission proviendront du passage aux énergies vertes : 43 % de la réduction totale du remplacement du charbon par des déchets et de la biomasse, principalement du bois, comme combustibles dans les centrales énergétiques, et 42 % de l’ajout d’éoliennes au réseau électrique.

Neutre, la biomasse ?

Des experts critiquent toutefois ces deux choix.

L’UE considère que la biomasse du bois est neutre car les arbres nouvellement plantés absorberont à terme les émissions de carbone générées par la combustion d’autres arbres.

Encore faut-il replanter et laisser s’écouler du temps, qui peut atteindre 100 ans, avant que la « dette » de carbone soit neutralisée par les nouveaux arbres. Dans l’intervalle, la combustion contribue à l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone, à forte raison si le bois est transformé en granules expédiés sur de longues distances.

Klaus Illum, consultant en énergie et ardent critique des objectifs de 2025 de Copenhague, parle même de « falsification des comptes ».

L’adjoint au maire, M. Kabell, s’est dit personnellement défavorable à l’utilisation de biomasse dans ces objectifs, même si la ville s’assure que le bois provient de forêts faisant l’objet d’une gestion durable.

L’autre pilier de la conversion de Copenhague aux énergies propres implique de bâtir plus de 100 éoliennes dans et autour de la ville. Les jours de vent, Copenhague pourra vendre son surplus d’énergie à d’autres régions du Danemark, compensant ses émissions de carbone à partir de 2025.

Mais le Danemark a pour objectif d’être entièrement passé aux énergies renouvelables en 2035, date après laquelle il n’y aura donc plus de compensation possible avec un client danois.

« Tout l’exercice de comptabilité ne fonctionne que si les autres utilisent toujours les combustibles fossiles que l’énergie éolienne imprévisible de Copenhague pourra remplacer », affirme dans une tribune Bjorn Lomborg, chercheur connu pour ses positions pro marché sur les changements climatiques. Il qualifie le Plan climat de Copenhague de « projet vaniteux et dispendieux ».

Réduire la consommation

Certains environnementalistes voient l’expression « neutre en carbone » comme trompeuse, car elle exclut des sources d’émission comme l’alimentation, l’aviation et la consommation de biens fabriqués en dehors de Copenhague, soit presque tous ceux vendus en ville. Par ailleurs, elle inclut l’énergie éolienne que la ville prévoit de produire à la campagne.

« Si Copenhague peut devenir “neutre en carbone” en investissant à l’extérieur des limites communales, tout le Danemark peut faire de même en investissant dans d’autres pays », remarque M. Illum.

Les écologistes reprochent aussi au Plan de ne pas accorder suffisamment d’importance à la diminution des émissions par une réduction de la consommation.

Enfin, une taxe sur la circulation automobile initialement prévue a été retoquée par le gouvernement danois en raison de son impopularité, révélatrice des réticences des Danois à changer certaines habitudes.

Même si les objectifs de 2025 sont atteints, le groupe de consultants Niras estime que l’empreinte carbone des habitants de Copenhague n’aura diminué que de 20 % en 20 ans. Les 80 % restants sont la conséquence de leur « demande en produits en services », selon un rapport publié l’an dernier.

« Ces choses ne font pas partie de celles que nous, en tant que ville, pouvons réglementer », estime M. Kabell. « Nous devons être clairs sur le fait que nous ne pouvons régler qu’une partie du problème. »