Chez les Petta, tout le monde entreprend!

Qui a dit qu’il n’y avait pas d’entrepreneurs en Wallonie ? Du côté de Herve, nous avons trouvé l’exception qui confirme la règle : tout le monde, mais absolument tout le monde, est entrepreneur de père en fils et de mère en fille – et par contrat de mariage ! – chez les Petta.

Le mouvement a démarré avec les grands-parents, agriculteurs qui ont quitté le sud de l’Italie (la province de Molise) fin des années 60 pour trouver un avenir meilleur en région liégeoise. La « nonna » y deviendra une figure du commerce local. Et cela se poursuit avec le petit-fils Guillaume, 19 ans, qui, avec sa sœur Pauline (23 ans), a lancé il y a quelques mois Localisy, un annuaire/moteur de recherche qui donne la primauté aux commerçants locaux. La start-up, sur le créneau convoité de l’e-commerce de proximité, vient d’engager son premier employé.

Sur trois générations, cette famille italo-belge hors du commun a déjà produit au moins neuf entrepreneurs, dans la foulée d’une aïeule qui a visiblement su transmettre le goût d’entreprendre et le sens du commerce à toute sa descendance. Aujourd’hui, le « Groupe P » représente plus de 230 emplois.

Commençons les présentations par les enfants : Lucia, l’aînée, doit figurer quelque part dans les statistiques de l’Inasti comme la première Belgo-italienne à avoir créé son entreprise dans le début des années 70. Comme elle n’avait pas encore 18 ans, une procédure spéciale d’émancipation avait dû être enclenchée pour elle. Elle dirigera plusieurs entreprises de confection, employant jusqu’à 40 personnes et marquera durablement ses frères. Notamment Silvio, le conseiller financier de la famille, fondateur du bureau comptable et fiscal Cabinet Petta & Associés, à Herve, arrivé à Beyne-Heusay à l’âge de 6 ans.

Mais aussi Dominico, l’aîné des frères, le patron de 4m Group, un spécialiste européen de revêtements de sols industriels en résine. Il aura l’idée de se lancer dans ce créneau après avoir importé et ouvert divers points de vente dans le secteur du textile, pour des marques comme Benetton et Esprit. 4m Group, basé à Battice, est devenu une holding de 11 sociétés, qui emploie près de 150 personnes. Dont son fils Loris, diplômé en gestion de Solvay, qui est un peu « l’innovateur » de la famille et confronte ses idées en matière de gestion aux « anciens », pour l’essentiel formés sur le tas. Il se considère pleinement comme un « intrapreneur » dans la société familiale, avec de nombreux défis d’expansion à l’étranger.

La fratrie se complète avec Emilio, entrepreneur multi-facettes actif entre autres dans l’hôtellerie, puisqu’il est l’administrateur délégué et copropriétaire, avec Silvio, du Domaine des Hautes Fagnes, un hôtel quatre étoiles et centre de séminaires (le plus haut de Belgique, à Ovifat) que les Petta ont racheté sur faillite en 2009 et redynamisé. La galaxie Petta comprend également plusieurs sociétés immobilières et de construction.

Nous avons évoqué la relève, Guillaume et Pauline, et allions presque oublier leur maman, Dominique (épouse de Silvio), qui gère fièrement, depuis 30 ans, une boutique de lingerie bien connue à Herve.

Bien que le « Groupe P » ne soit pas formalisé, les différents membres de la famille se voient au moins une fois par mois. Silvio assure la comptabilité de la plupart des sociétés et les liens d’association sont nombreux. « Tout est lié », nous dit-il. Il est le seul à avoir goûté – pendant un an et demi – au statut de salarié. « Et encore, c’était dans l’usine de ma sœur », dit-il, provoquant l’hilarité générale lors du « conseil de famille » informel qui nous a accueillis. « Chaque fois que l’on se voit, forcément on parle de nos affaires. C’est tout naturel, cela fait partie intégrante de nos vies à tous », embraie son épouse Dominique. Au moins, tout le monde se sent concerné, vu que chacun travaille d’ailleurs régulièrement pour les autres.

« On se soutient les uns les autres »

Les plus jeunes nous affirment qu’ils n’ont jamais ressenti de pression pour devenir indépendant. Une question de gènes sans doute. La seule exigence des anciens est que les jeunes profitent des différentes entités et métiers du groupe pour apprendre et se former à la (dure) réalité du business. Parallèlement à son association avec Guillaume dans Localisy, Pauline est, par exemple, en charge du recrutement au Domaine. « Du coup, certains nous considèrent comme des “fils ou filles de”, privilégiés, mais je peux vous dire que ce n’est pas le cas », affirme-t-elle. Et même si elle se sent parfois comme une « alien » aux yeux du monde extérieur, elle ne se verrait pas travailler en dehors du milieu familial. « On ne supprimera jamais une certaine solitude de l’entrepreneur lors de choix difficiles, mais on se soutient les uns les autres », souligne Loris pour la jeune génération.

« Nous avons tous dû faire beaucoup d’efforts, mais il faut reconnaître qu’il était plus facile de se lancer il y a 15 ou 20 ans que maintenant », fait remarquer Emilio, même si dans le secteur textile en particulier, la situation est loin d’avoir été toute rose. « Les mises en liquidation, cela arrive », philosophe Silvio, qui, sans en exagérer la portée, épingle tout de même la « grinta » de la diaspora italienne. « Tout émigré a un énorme besoin de reconnaissance, une envie de faire quelque chose de sa vie. Et puis, nos parents étaient des agriculteurs, un vrai métier d’entrepreneurs. »