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Charles Michel: «En neuf mois, on a changé le moteur économique du pays»

Après une folle semaine, le Premier ministre se livre. Il défend les zones d’ombre de son tax shift et se félicite de l’absence du Parti socialiste.

Temps de lecture: 7 min

C’est un Premier ministre fier et souriant qui nous a reçus ce vendredi, dans sa résidence du Lambermont. Il a deux bonnes raisons d’avoir le sourire : l’assainissement budgétaire est bouclé, et le tant attendu « tax shift » (glissement fiscal) aussi. D’ici 2018, c’est 7,2 milliards qui seront dégagés pour renforcer le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises.

Est-on sûr qu’il va créer de l’emploi, votre tax shift ?

Ce qui est certain, c’est que ne rien faire, c’est la garantie de perdre des emplois. Ne rien décider, c’est la garantie de ne pas être en mesure de financer notre sécurité sociale à l’avenir. Dans aucun pays du monde, il n’y a un paradis social quand il y a un désert économique. La formule résume parfaitement la situation. Moi, la solidarité, je ne me contente pas de la proclamer, j’agis pour la rendre effective.

Mais pour créer de l’emploi, les employeurs devront jouer le jeu…

Je suis convaincu qu’un chef d’entreprise, quel qu’il soit, veut faire grandir son entreprise. Donc créer de l’emploi. Le raisonnement inverse, disant qu’il faut une conditionnalité (n’appliquer la baisse des charges qu’aux entreprises qui génèrent réellement de l’emploi, NDLR), est totalement absurde. Si on imposait une conditionnalité, on ne baisserait les charges que dans les secteurs qui se portent suffisamment bien. C’est une fausse bonne idée.

Vous avancez l’objectif chiffré de 100 euros par mois en plus pour les bas revenus. Mais pas de chiffre pour l’emploi ?

Il faut être un peu sérieux. Ne comparez pas les 100 euros avec un pronostic sur l’emploi. La création d’emploi, elle dépend des mesures que l’on prend mais aussi du contexte économique européen et des entreprises. Lancer un chiffre ne serait pas sérieux. Par contre, pour les 100 euros, l’engagement est pris, les enveloppes sont là. La question, c’est sur le chemin technique à prendre pour y arriver. On connaît déjà les pistes. Certaines ont un impact sur le financement des Régions, d’autres pas. Nous ne voulons pas une négociation avec les Régions sur ces 100 euros, mais je veux avoir l’élégance de leur présenter les différentes pistes pour analyser avec elles l’impact sur leur financement. Au passage, d’autres mesures ont un effet positif pour les Régions, comme la baisse massive de charges patronales. Je devrais même recevoir des applaudissements de leur part.

Comment pouvez-vous estimer le gain à 100 euros si les mesures sont toujours à l’état de pistes ?

On connaît le volume financier dont on a besoin pour donner 100 euros nets par mois. On a donc dégagé une enveloppe de 1,7 milliard. Qu’on l’utilise via le bonus à l’emploi, via un relèvement de la quotité exemptée d’impôts, via la suppression de la tranche à 30 %, ou via un mix des trois -et ce sera certainement un mix –, on arrive à 100 euros par mois.

Vous n’avez pas peur que la Région wallonne soit peu constructive ?

Peu importe. Je n’ai pas besoin de la Région wallonne, car le fédéral peut décider seul. Mais je suis de bonne volonté pour dialoguer.

Allez-vous mesurer les créations d’emploi ?

Oui, c’est un des points de l’accord. Par le passé, on était dans une logique comptable, budgétaire. Cela ne me satisfait pas. Pour moi, il faut mesurer les réformes, pour voir les effets des décisions que l’on prend. Et les amender si elles n’ont pas les effets escomptés.

La hausse de la TVA sur l’électricité fait beaucoup de bruit. Le MR avait fortement défendu la baisse à 6 % en 2013…

A l’époque, le gouvernement (Di Rupo, NDLR) n’avait pas la capacité politique d’augmenter le pouvoir d’achat. Donc on a fait cette baisse de la TVA. Mais l’impact sur le pouvoir d’achat était très limité, de l’ordre de 10 euros par mois.

Un impact annulé par le retardement de l’indexation des salaires que cette baisse de TVA engendrait…

C’était un second effet. Mais le premier but, c’était de rendre du pouvoir d’achat. A l’époque, on a dit que c’était pour deux ans. Puis il fallait évaluer la mesure en termes d’effets retour éventuels, et de coût budgétaire. On y est. Cette hausse de la TVA, nous la prenons dans le cadre d’un glissement de la fiscalité, pas pour éponger un budget. La mesure sur l’électricité, elle coûte 100 euros par an. Ce sont les chiffres de l’opposition. Dans le même temps, la mesure ciblée sur les bas et moyens salaires ramènera 10 fois, même 12 fois plus. Ceux qui critiquent la hausse de la TVA vont devoir être plus convaincants.

Mais les autres mesures fiscales, comme la hausse des accises, coûteront aussi de l’argent aux ménages ?

Au total, la pression fiscale diminue. On va prélever plus d’accises, de l’éco-fiscalité, plus de TVA sur l’électricité, mais les sommes perçues seront redistribuées de manière ciblée vers les bas et moyens salaires. On est totalement dans la démarche redistributive de l’impôt, essentielle à mes yeux.

Qu’est-ce qu’on entend par moyen salaire ?

Si je prends le chiffre du ministère des Finances, on est entre 1.800 et 1.900 euros net.

Certains disent que votre réforme fiscale n’en est pas une, ou qu’elle ne va pas assez loin.

Je constate simplement, en regardant les 20 dernières années, qu’aucun gouvernement n’a fait un tel acte sur le plan de la fiscalité. En neuf mois, on a changé le moteur économique du pays avec ces décisions. Et je suis amusé de voir que ceux qui sont les plus sévères sont les mêmes qui ont été aux commandes pendant un quart de siècle et qui n’ont pas fait le cinquième de ce que nous faisons aujourd’hui.

En campagne, le MR plaidait pour une grande réforme fiscale. Parole tenue ?

Cette promesse est réalisée au-delà de nos espérances : 7 milliards, alors qu’en campagne nous parlions de 5 milliards. Pour dire la vérité, on ne pensait pas avant les élections qu’il serait possible de faire un geste aussi fort pour la compétitivité.

Sur la taxation du capital, n’aurait-on pas pu aller plus loin ?

Nous avons fait le choix de mesures qui préservent l’efficacité économique. Dans le même temps, on a fait sur le capital ce qu’aucun des précédents gouvernements n’a fait : une taxe sur la spéculation à court terme. J’entends beaucoup de slogans dans différents partis depuis longtemps. Nous, nous l’avons réalisé.

Cette taxe rapportera 28 millions, c’est peu…

Ça montre bien qu’entre les slogans et la capacité de ramener des moyens financiers, il y a un grand écart. On est dans un système financier très international, où les capitaux mobiliers peuvent facilement circuler.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez pris de vieilles recettes pour financer le tax shift ?

Si c’est ça la critique, je ne suis pas fort déstabilisé.

550 millions pour le « redesign » de l’Etat. Vous allez licencier ?

Dans l’accord de gouvernement, nous avons décidé du non-remplacement systématique des départs naturels. Nous ne sommes donc pas dans une démarche de licenciements. La pyramide des âges nous aide. On essaye d’avoir une gestion plus innovante de la fonction publique.

Par exemple ?

La digitalisation comme tax on web. Le télétravail. Les marchés groupés. Ou la gestion immobilière. L’Etat est un gigantesque propriétaire immobilier.

Vous allez vendre des immeubles ?

Pas nécessairement. Mais on peut déjà regrouper des services. Dans les entreprises privées, on voit que le fait que les sites soient dispersés est très coûteux. On fait des économies en améliorant le fonctionnement. Il faut sortir de la gestion de routine.

Le budget 2017 prévoit une quatrième DLU (régularisation fiscale, NDLR). C’est confirmé ?

L’idée est simple : il y a des capitaux qui ne profitent pas à l’économie réelle en Belgique. Si on peut ramener des moyens financiers à la fois dans les caisses de l’Etat et dans l’économie belge, pourquoi ne pas le faire ? Je vois bien qu’il y a une dimension sensible à cela, car c’est de l’argent qui a échappé à l’impôt pendant des années. C’est pour cela que nous avons renforcé en parallèle les sanctions contre la fraude fiscale, avec quelque chose qui est assez innovant. Demain, un juge aura la possibilité, en cas de condamnation pour fraude fiscale lourde, de retirer les droits politiques au fraudeur, donc de lui interdire le droit de vote et l’éligibilité.

Vous pouvez détailler ?

Cela viendra au Parlement. Mais l’idée est que le juge pourra, en cas de condamnation pour grande fraude fiscale, assortir sa condamnation d’une peine accessoire : l’interdiction d’exercer son droit de vote ou d’éligibilité pendant X années. C’est un acte fort contre la grande fraude fiscale.

Y aura-t-il un tax shift nº3 ?

Le travail du gouvernement ne s’arrête pas. Mais, quand on vient de boucler une réforme de 7,2 milliards, ne me demandez pas de vous dire qu’on repart pour trouver 7 milliards demain.

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