Que fera le roi du Maroc de la pétition qu’il a reçue?

La grève de la faim d’Ali Lmrabet commence à faire du bruit. Notre confrère marocain, qui se bat pour obtenir le renouvellement de ses papiers d’identité, a cessé de s’alimenter (sauf en eau sucrée) le 24 juin dernier. Il observe cette grève de la faim devant le bâtiment des Nations unies à Genève, en Suisse, où il reçoit moult témoignages de soutien.

Des articles et tribunes dans des journaux prestigieux comme Le Monde ou El Païs, une pétition signée par plus de 170 personnalités : le Maroc continuera-t-il encore longtemps à soutenir contre toute évidence que l’intéressé dispose « de toutes les possibilités de contester la décision administrative » qui le concerne ?

Les autorités marocaines nient à Ali Lmrabet sa domiciliation chez son père à Tétouan et le privent ainsi d’un certificat de résidence dont il a besoin pour renouveler ses papiers (sa carte d’identité lui a été arrachée de force par des inconnus et son passeport est venu à expiration).

La ficelle administrative semble grosse et pourtant c’est de cette manière que notre confrère est empêché de relancer un journal comme il souhaite le faire. Or Ali Lmrabet, au Maroc, n’est pas n’importe qui. Il figure en bonne place parmi la poignée de journalistes locaux courageux qui n’entendent pas jouer à « la voix de leur maître », à savoir le roi Mohamed VI.

En avril dernier, notre collègue avait fini de purger une peine inventée pour lui, une interdiction de… dix ans de pratiquer le journalisme (ce qui ne l’avait pas empêché de continuer à travailler sur un site hébergé à l’étranger et toujours actif, demainonline.com). Son tort, en 2005 ? Avoir affirmé que les réfugiés sahraouis à Tindouf (Algérie) n’étaient pas des « séquestrés » comme l’affirme la propagande du régime. Deux ans auparavant, il avait déjà été condamné à trois ans de prison pour « outrage au roi », puis gracié quelques mois plus tard.

Image dégradante

Le texte de la pétition, une « Lettre au roi » (1), observe que « la liberté d’expression et la critique sont des instruments fondamentaux pour la consolidation d’un État démocratique et actif contre l’obscurantisme et l’intolérance », et que « toute tentative d’entraver la liberté d’expression est dégradante pour l’image du Maroc et pour sa crédibilité d’engagement dans la voie d’un État de droit ».

Cosignataire de la lettre, Reporters sans frontières a commenté l’affaire par la voix de Christophe Deloire, son secrétaire général : «  En refusant de mettre à jour les papiers administratifs d’Ali Lmrabet, les autorités marocaines cherchent à l’empêcher de créer son journal. Le journaliste a toujours été dans le collimateur des autorités marocaines, qui doivent mettre fin au plus vite à une situation de plus en plus dangereuse pour la vie du journaliste. Les autorités ne peuvent plus faire la sourde oreille face à la demande légitime d’Ali Lmrabet  ».

Fait rare dans le Maroc de 2015 : une petite centaine de personnes a osé manifester vendredi devant le parlement à Rabat aux cris de « Solidarité avec le journaliste Ali Lmrabet ! », « Non aux attaques qui visent Ali Lmrabet », « Nous sommes tous Ali Lmrabet ».

Son comité de soutien commence à s’inquiéter pour sa santé. « Je suis inquiet car il est déterminé à aller jusqu’au bout. Il ne demande rien d’autre qu’un droit des plus élémentaires, a déclaré à l’AFP l’ancien détenu politique Ahmed Marzouki, responsable du comité. Il n’est pas question de bras de fer. Nous voulons simplement alerter sur la gravité de la situation. »

(1) Les signataires belges : Sfia Bouarfa, François Dubuisson, Olivier Corten, Luc Dardenne, Eric David, Christophe Doulkeridis, Arnaud du Bus, Josy Dubié, Patrick Dupriez, Isabelle Durant, Mohamed el-Battiui, Ahmed el-Khannous, Isabelle Emmery, Zoé Genot, Henri Goldman, Ricardo Gutierrez, Véronique Jamoulle, Jean-Jacques Jespers, Zakia Khattabi, Christophe Marchand, Daniel Menschaert, Thomas Pierret, Hélène Ryckmans, Simone Susskind.