Grippe: vers la pénurie de vaccins

Un vaccin, l’Alpharix Tetra, fonctionne contre quatre souches au lieu de trois. Certains craignent une ruée… au point qu’il manque de doses pour des malades prioritaires.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Se dirige-t-on vers une pénurie de vaccins contre la grippe ? Malgré la surmortalité importante enregistrée l’hiver dernier, entre 4.000 et 6.000 personnes, la prochaine grippe pourrait apparaître comme encore bien lointaine. Pourtant, c’est sous le soleil de l’été que les pharmaciens doivent confirmer aux producteurs de vaccins sur le marché en Belgique les quantités qu’ils désirent proposer à leurs clients au début de l’automne. Or, cette année verra l’arrivée d’une nouveauté, un vaccin quadrivalent, l’Alpharix Tetra, produit par le belge GSK. Jusqu’à présent, les vaccins contre la grippe ne contenaient que trois souches de virus inactivé, des souches qui changent hélas chaque année, ce qui oblige à refaire un vaccin, la protection apportée n’étant pas continue dans le temps.

1 Qu’est-ce qui est neuf ?

Le premier vaccin quadrivalent présent en Belgique contient deux souches de la lignée B du virus. Les vaccins traditionnels contiennent toujours deux souches de la lignée A (une H1N1 et une H3N2) et une de la lignée B. Or, il existe deux grandes catégories de cette lignée B, celle dite de Yamagata et l’autre dite de Victoria. Pour des raisons techniques, on ne pouvait pas mettre quatre souches de virus dans un vaccin. Si la souche B en circulation cette année-là n’était pas celle comprise dans le vaccin, le vaccin était donc inefficace contre ce virus spécifique.

Comme c’est aujourd’hui possible, on peut désormais placer les deux souches de virus de lignée B dans le vaccin et éviter ce risque. Théoriquement, cela devrait donc augmenter globalement la protection contre le virus de la grippe. Le prix étant comparable (une dizaine d’euros, partiellement remboursés) et les effets secondaires, jugés très rares et faibles, étant identiques, il est donc probable que la plupart des patients qui veulent se faire vacciner choisiront le vaccin quadrivalent.

Au risque… qu’il n’y ait pas de vaccins pour tous ceux qui le désirent. Les vaccins traditionnels seront évidemment toujours disponibles, mais il est difficile pour les producteurs de ces vaccins d’anticiper la « part de marché » qui va se déplacer vers le vaccin quadrivalent. Or, comme il faut des mois pour fabriquer un vaccin, on ne pourra fabriquer en octobre ou en novembre des doses supplémentaires.

2 Pourquoi une pénurie ?

Un « risque » que le producteur du vaccin quadrivalent assume : « Nous disposons d’un stock très important pour l’introduction de ce premier vaccin quadrivalent. Bien entendu, nous ne pouvons savoir quelle part des deux millions de vaccins anti-grippe administrés en Belgique se fera en quadrivalent. Je peux vous confirmer que nous disposerons de plus d’un million de doses et que d’autres stocks sont mobilisables au cas où, puisque le vaccin est déjà commercialisé en Allemagne, Grande-Bretagne et en Italie », explique Elisabeth Van Damme, porte-parole de GSK. Qui reconnaît pourtant que le vaccin quadrivalent n’offre de surplus de protection que les années où les prévisionnistes choisissent en février de mettre dans le vaccin la souche de grippe de type B qui ne circule finalement pas majoritairement. Une situation qui ne s’est pas présentée chaque année.

3 Quelle est la situation où le quadrivalent aurait une efficacité ?

C’est dans le cas d’un « mismatch » des souches B, une « mauvaise correspondance », quand la souche B qui est la plus répandue n’est pas dans le vaccin. Mais pour avoir un effet bénéfique, il faut aussi que la souche B soit largement représentée cette année-là dans les souches circulantes. Parfois, la souche B représente quelques pour cent des grippes, mais aussi parfois la moitié des malades.

Il n’empêche : pour le grand public, disposer d’un vaccin qui offre potentiellement davantage de protection, sans coûts ni risques supplémentaires, risque d’offrir un attrait majeur et de créer un appel d’air… donc un risque de pénurie si les stocks ne suffisent pas. Une pénurie qui pourrait se présenter aussi en 2016 si les demandes de vaccins trivalents s’effondrent fin 2015. Pour les pharmaciens, en tout cas, c’est le casse-tête : « Certains patients ont leurs habitudes avec une marque et ne désireront pas changer, mais d’autres seront sensibles au gain de protection espéré. Certains écouteront plutôt le choix de leur médecin. Mais les généralistes à qui j’en ai parlé sont eux-mêmes perplexes. Cela rend l’anticipation de la demande très complexe. Car les vaccins que nous ne vendons pas restent à notre charge », témoigne l’un d’eux. A tel point que des pharmaciens demandent aux généralistes de prescrire le vaccin sans préciser la marque, ni le caractère trivalent ou quadrivalent, afin de pouvoir délivrer ce dont ils disposent.

4 A combien peut-on estimer ce gain de protection ?

Impossible de l’estimer précisément. Le Conseil supérieur de la santé, habituellement en charge des recommandations vaccinales, ne rendra pas d’avis à ce sujet avant fin 2015. Signe que la question est controversée… « Même si la question du gain exact de protection est une question ouverte, choisir un quadrivalent ne semble présenter aucun inconvénient. Le patient n’est pas moins protégé contre les autres souches. On peut effectivement penser que beaucoup de gens se tourneront vers le quadrivalent », explique le professeur Yves Van Laethem, infectiologue à l’hôpital Saint-Pierre et membre du groupe Vaccins du Conseil supérieur de la santé.

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