Le médecin ne peut être confiné dans son cabinet

L’édito de Frédéric Soumois.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

J’ ai attendu plus de trois heures avant de passer devant le médecin, et je ne suis resté que douze minutes, paiement et prescription compris. » « Je ne prends plus de nouveaux patients, Madame, je suis désolé. » « Si votre médecin ne répond pas, il faut aller aux urgences, Monsieur. » « Comme généraliste, je suis censé coordonner votre chimio, mais j’attends les résultats de l’hôpital depuis deux mois. »

Ces morceaux de réalité, tous authentiques, les experts de la santé publique ou certains médecins les nient souvent en les broyant sous les pourcentages de réduction du budget des soins de santé ou sous les slogans, comme « il n’y a pas de pénurie de médecins ». Les chiffres dévoilés aujourd’hui par l’Inami montrent pourtant qu’en dix ans seulement, le Belge a perdu un quart de la possibilité de voir un médecin venir le soigner à domicile. Bien entendu, il y a pu y avoir des abus. Celui qui peut se déplacer aisément ou dont la maladie n’est pas urgente n’a pas besoin d’un médecin à domicile. Mais si les urgences des hôpitaux croulent sous la demande, ce n’est pas seulement sous les assauts des malades imaginaires ou abusifs, mais aussi sous la pression des parents inquiets d’une fièvre subite, des patients confrontés à des listes d’attente de huit mois pour voir un spécialiste ou d’un aîné qui ne se souvient plus du nom du Premier ministre et dont la famille voudrait être sûre que cela n’indique rien de grave.

Toutes les visites à domicile n’étaient pas nécessaires ? Soit. Mais dans un monde de la médecine largement abandonné aux règles d’un « quasi-marché », il ne suffit pas de brandir qu’il faut contrôler les dépenses pour éviter que des besoins essentiels, primaires, vitaux soient négligés. Ce n’est pas parce que certains nagent dans une piscine que d’autres ne peuvent pas mourir de soif à leur porte. « Visiter un patient, c’est souvent comprendre comment il vit, quelles sont ses valeurs et aussi ses ressources. Mon diagnostic ne change évidemment pas, mais souvent ma manière d’aborder les solutions, surtout avec les malades chroniques. Je regrette de devoir réserver ces visites aux malades incapables de se déplacer, faute de temps », témoigne un généraliste.

Toutes les visites à domicile ne sont peut-être pas nécessaires, mais il est essentiel que les généralistes puissent en garder la possibilité, sans être bientôt contraints à de la médecine « à la chaîne ». Pour cela, il faut leur laisser du temps, de l’oxygène et un peu de vie privée. Parce que la très réelle pénurie ne doit pas transformer ce métier, qui est certes souvent aussi un apostolat, en travaux forcés à perpétuité. Sinon, les premières victimes risquent d’être les patients. C’est-à-dire nous et ceux que nous aimons.

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