Marre de travailler pour l’État? Faites donc la fête jeudi…

Le « Tax Freedom Day » est fixé au 6 août. Le billet de Dominique Berns.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 3 min

Dès samedi, on fait la fête ? D’accord, on prend un peu d’avance. Puisque c’est jeudi que nous serons enfin libres de dépenser l’argent durement gagné comme bon nous semble.

Qu’après plus de sept mois d’esclavage, nous cesserons de trimer pour un État spoliateur ; de nous serrer la ceinture pour gaver une bureaucratie envahissante autant qu’inefficace.

On se moque ? Un peu.

Mais tout le monde ne plaisante pas avec le « jour de la libération fiscale ». Imaginé en 1948 par un homme d’affaires de Floride, un certain Dallas Hostetler, le Tax Freedom Day se colporte bien.

Aux États-Unis, la Tax Foundation perpétue la tradition : cette année, elle a annoncé l’Independance Day fiscal le 24 avril.

En Europe, l’Institut Molinari, un think tank libéral franco-belge, s’essaie à l’exercice depuis quelques années.

Comment ? En calculant un taux de pression fiscale et parafiscale sur le « salarié moyen », obtenu en rapportant le total des charges et impôts (impôt sur le revenu, charges sociales patronales et salariales, TVA,…) au « salaire complet » (qui inclut charges sociales patronales et salariales). Une simple règle de trois suffit alors pour convertir ce taux en nombre de jours.

Ce qui donne ? Que le Belge serait, cette année comme les précédentes, le dernier des Européens à être « libéré », quelques jours après le Français (29 juillet), presque un mois plus tard que l’Allemand (10 juillet) et trois que l’Anglais (9 mai).

Et… so what  ? Les taxes et impôts sont élevés ? Fameux scoop  !

On peut reprocher bien d’autres choses encore à ce « jour de la libération fiscale ». Notamment que le « salarié moyen » n’est personne. Et que la moyenne donne (faussement) l’impression que tous les contribuables sont « au même tarif » – alors que les taux de taxation varient fortement selon la source des revenus.

Mais on va faire comme si…

Disons donc que le « Belge moyen » travaille 217 jours pour l’État.

Pour financer les retraites, les allocations sociales, les allocations familiales, etc. : 80 jours.

Pour payer les infirmiers et infirmières, pour assurer le fonctionnement des hôpitaux, permettre le remboursement des médicaments et des opérations… : 32 jours.

Pour financer les mesures de soutien et de contrôle de l’économie : 27 jours.

Pour rémunérer les enseignants et à assurer le fonctionnement des écoles : 25 jours.

Pour la justice, la police, la défense nationale, la culture, l’aménagement du territoire, l’environnement… : 22 jours.

Pour permettre le fonctionnement des administrations : 19 jours ; et pour payer les intérêts de la dette publique : 12 jours.

Américain, vous auriez la liberté de vous endetter (lourdement) pour payer vos études (ou celles de vos enfants). Ou de ne pas souscrire une assurance santé (privée, comme il se doit).

C’est qu’on ne peut confronter les taux de prélèvement sans tenir compte des dépenses publiques qu’ils permettent de financer – du coup, même la comparaison entre pays européens est biaisée.

On entend la rengaine : nos services publics sont trop cher payés. En d’autres pays, les « prestations publiques » seraient de meilleure qualité. Outre-Rhin peut-être, où les infrastructures publiques sont en souffrance après des années de sous-investissement ?

Qu’on se comprenne. Les Belges ont le droit d’interpeller leurs élus sur la gestion des deniers publics. Sur les piètres résultats des élèves de la Communauté française aux tests Pisa. Ou encore sur le caractère inéquitable et inefficace du système fiscal.

Des questions comme cela, il y en a des centaines. Mais les prosélytes du « jour de la libération fiscale » s’en moquent. Ils ont un message : moins d’État, c’est toujours mieux. Un message simple, mais faux.

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